‹ Le Niger, voie ouverte à notre empire africainChapitre 21 sur 81 · GG · texte numérisé non relu

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LES ANGLAIS A JLBBA.

soir, il y eut grand dîner à Gouvernement House. J'y fis connaissance de M. Wallace, ancien agent de la Niger Company, gouverneur intérimaire, qui comptait vingt-trois années de services au Niger, et que d'une frontière à l'autre ainsi que tout le long du Kouarra, les indigènes connaissent universellement sous le nom de « Wallaci ». Il fut de même en très bons termes avec nous, car les questions de territoires étant réglées, les dissentiments d'autrefois semblent s'être évanouis. A côté de moi se trouvait le major Anderson, chef de bataillon « local », qui p irle couramment le français, ainsi que presque tous ses col- Ijgues.

Les forcer du West-Afrik « West-African-Frontiere-Force ou W, A. F. F. », se composent de cinq bataillons, répartis comme il suit, et concourant à la défense de tous ces territoires : 1° bataillon à Sierra Leone; — 2° à Lagos; — 3° à Old Calabar; — 4° à Lokodja ; — 5» à Jebba. Ces unités ont des effectifs variant de 500 à 1 500 hommes, de sorte que la force militaire du West- Afrik est d'environ 5 000 à 6 000 hommes.

Les officiers proviennent de régiments métropolitains, dont la portion principale réside en Angleterre, tout aussi bien que de régiments des troupes coloniales de l'Inde, du Transvaal, de la Jamaïque, etc. De plus, comme il n'y a sur le Niger que des emplois d'officiers d'infanterie et d'artillerie, il n'est pas rare de voir un officier de la cavalerie des Indes commander une compagnie, un lieutenant d'artillerie de forteresse commander une section de tirailleurs, un capitaine d'infanterie anglaise diriger le service des constructions s'il en a les aptitudes. Mais ce n'est pas tout, il y a mieux encore : un lieutenant d'infanterie anglaise métropolitaine vient commander un centre; ch bien! le gouverneur peut le nommer d'office capitaine dès son arrivée dans les Nigerias; mais ce grade « local » n'a de valeur que dans la colonie et, lorsque l'officier retourne en Europe, il reprend son grade réel. De même un capitaine peut être momentanément « major local » jusqu'à la fin de son séjour dans les Nigerias. Nous avons connu à Jebba un officier dont

LE hlGLR.

la situation était encore plus singulière : capitaine dans un régiment métropolitain, chef de bataillon breveté dans un étatmajor, il remplissait en Angleterre les fonctions de lieutenantcolonel; arrivé à Jebba, il était colonel local faisant fonctions de général de brigade.

Tous ces bataillons sont encadres de sergents européens. L'effectif est indigène et porte improprement le nom de « tirailleurs aoussas », car il est composé en grande partie de Nupés, de Yorubas et même de Sénégalais déserteurs. Les Anglais considèrent d'ailleurs ceux-ci comme des soldats d'un entrain exceptionnel. Les officiers de l'armée britannique reçoivent des indemnités et des soldes fort élevées : les lieutenants 15 000 francs, les capitaines 18000 francs; c'est presque deux fois et demi ce que touchent les officiers des mêmes grades de nos troupes coloniales. Les installations du camp de Jebba sonttrès confortables; le mess est surtout le grand luxe de la garnison, c'est une case démontable qui renferme deux pièces, dont l'une immense, large et bien aérée, sert de salle à manger, l'autre de salle de lecture et de salon.

Le déchargement du matériel renfermé dans les cales du

Libcrly était une besogne des plus pénibles. Tandis que nous entassions près du fleuve les mille huit cents caisses du premier convoi, je faisais empiler dans un hangar que la Niger Company mit à notre disposition, les colis et l'outillage qui devaient rester à Badjibo jusqu'à ce que la possibilité d'une seconde expédition eût été fermement démontrée. Bref, j'organisais tout en vue de la nouvelle phase de notre navigation, où nous ne devions plus compter que sur nos propres moyens.

Je fis armer les chalands, préparer les avirons et le matériel de rechange dont nous pouvions avoir besoin par suite d'accidents ou d'avaries dans les rapides; les laptots, exténués par ce travail en plein soleil, commençaient à souffrir et la maladie fit plusieurs victimes; mais les plus courageux se rétablirent en cours de route. Seul Suleyman s'affaiblissait de plus en plus et ses forces diminuaient; la dysenterie se déclara, mais il se

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