LB ROCIIEK II DJOU-D OU » VU D AMONT
gorges rocheuses de Jebba; le Djou-Djou se dresse devant nous : c'est un rocher fétiche que les Xupés vénèrent et respectent, une épaisse végétation s'enchevêtre dans les coupures de ses blocs de granitoïde et de grès rose, qui se profilent en longs plis verticaux cojume leï tuyaux d'un orgue gigantesque. Le fleuve circule dans un d'-dale d'Iles grandes et petites, entre lesquelles règne un courant très vif qui gène beaucoup notre manœuvre. A 200 mitres en amont du Djou-Djou, s'étend en travers du fleuve une barrière de rochers dont le plus élevé dépasse de 30 à 35 mètres le niveau des plus hautes eaux; le fleuve s'engage dans cette claie sans bruit et sans écume; seuls de grands tourbillons donnent idée de la profondeur du Niger entre ces rochers.
Les marabouts du pays nous ont appris qu'autrefois, du temps de leurs arrière-grands-pères, il y avait, dans le Djou- Djou, un démon très méchant qui renversait et brisait toutes les pirogues; de mémoire d'homme il n'est pas une embarcation qui, descendant du haut fleuve, ait pu arrivera Jebba; le diable s'acharnait à les perdre avec ceux qui les montaient.
LE DJOU-D.inU.
LE ROCHER « DJOU-DJOU « VU D AVAL.
Un jour, des hommes résolus à chasser le démon osèrent affronter le Djou-Djou ; le diable effrayé s'enfuit avec son butin et disparut pour se réfugier en amont, vers Boussa, dans les rapides de Garafiri.
Voilà comment les noirs entendent la géologie; l'explication est des plus faciles. Il y a deux cents ans environ, le Niger rencontrait en amont de Jebba une barrière de rochers (celle dont nous venons de parler) d'où il sautait à 30 ou 40 mètres de profondeur. Progressivement cette barrière s'est brisée, les rochers sont tombés dans une faille, la cataracte a disparu, il s'est produit une dénivellation, un formidable appel d'eau, les rapides de Boussa se sont formés ce jour-là.
A partir de Jebba le courant est vif, la navigation devient particulièrement difficile pour diverses raisons : d'abord nos chalands sont très chargés; mes laptots sont encore pour la plupart inexpérimentés et maladroits; nous sommes repoussés
LE Nir.LR.
par de petites cascades qui débouchent entre les roches; nous partons à la dérive; de plus la végétation serrée qui croît sur les bords du Niger et qui plonge à plusieurs mètres des rives, nous empêche de prendre appui sur la terre ferme avec les bambous qui servent de moyen de propulsion. Je fais armer les avirons sur bâbord, puisque nous avançons en suivant la rive gauche, de la sorte les chalands sont appuyés vers la berge; je fais couper des fourches et des crochets de bois que l'on attache à l'extrémité des bambous, les hommes agrippent ainsi les branches et font effort pour tirer les embarcations. En cette saison des basses eaux, le lit du Niger est facile à étudier, les roches qui l'encombrent, émergent et décèlent leur présence ; nous en faisons le relevé précis, car à peine arrivé, je songeais déjà au cas probable où les vapeurs pourraient et voudraient un jour se hasarder dans cette partie du Niger. Cette abondante végétation, cette épaisse forêt, nous étouffe et nous oppresse; on se sent clos et muré sur le fleuve entre des collines au sommet brûlé, au pied desquelles la forêt devient impénétrable. Le général Lugard a donné des ordres pour que tout ce qui pouvait nous être utile nous fût procuré, pirogues, bambous de rechange, porteurs, etc. ; les officiers des postes espacés du Niger : Fort Goldie, Yelloua, Ilo, devaient user de leur autorité, pour éviter que j'eusse à requérir moi-même sur des territoires où s'exerce l'influence britannique. Malgré cela, deux précautions valant mieux qu'une, nous trouvâmes préférable de nous faire des amis et de nous créer de bonnes relations tout le long du fleuve ; aussi lorsque le convoi passait devant un village, nous faisions au chef, ainsi qu'aux notables, de petits cadeaux puisés dans nos caisses de pacotille, qui ne manquèrent pas d'entretenir autour de nous des amitiés intéressées. Nous côtoyons des îlots rocheux couverts d'arbres superbes; il n'y a pas de rapides, mais des filets d'eau qui bruissent de tous côtés. Sur les bancs de sable, des vols d'oiseaux picorent en s'ébattant; toutes les espèces de volatiles de l'Afrique occidentale sont groupées là, depuis la cigogne, la grue rose, le