‹ Le Niger, voie ouverte à notre empire africainChapitre 3 sur 81 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

mars 1895, à Badjibo, exténué de fatigue; sur la route longue et pénible qu'il venait de suivre, il avait signé des traités avec les chefs des régions traversées. De prime abord, il se rendit compte de ce fait que les Anglais n'exerçaient aucune inOuence sur cette partie du fleuve, à telle enseigne qu'il signait, peu de temps après, un traité avec le roi de Boussa.

Les ordres ministériels lui prescrivaient d'explorer le fleuve et de vérifier les assertions de la diplomatie britannique. Badjibo est le premier village que l'on rencontre au pied des rapides. Toutée s'installa sur la rive droite, en face du village. Il y construisit le fort d'Arenberg, y laissa garnison, y répara ses forces épuisées, puis organisa le convoi de pirogues avec lequel il devait s'engager sur le fleuve, et accomplir ainsi la première exploration réelle du Niger. A cette époque de l'année, les eaux étaient fort basses, les rapides dangereux : Toutée ne s'arrêta pas devant ces obstacles; il franchit les rapides sans hésiter, arriva à Say miné par la fièvre et affaibli par la dysenterie; puis il continua sa route vers le Nord, passa les rapides de Tillaberi, jusqu'à ce que, arrivé à Tibi-Farca, il considérât sa tâche accomplie et fit demi-tour pour redescendre à Boussa.

Le fleuve avait continuellement baissé, les chutes étaient au maximum de violence ; le Niger, couvert de roches, ne présentait partout que des écucils et des difficultés. La petiie flottille s'engagea dans le couloir de Garafiri et passa la première chute. Surpris par ces obstacles, qu'il n'avait pu voir à la montée parce que l'eau les recouvrait, Toutée se lança résolument à travers les deux grandes chutes, chavira et fut assez heureux pour regagner la berge. Quelques jours après, il rentrait à Fort-Arenberg, et revenait en France par le Niger et la rivière Forcados. Malgré les péripéties du voyage, Toutée affirmait à son retour que la montée du Niger, avec un convoi de pirogues chargées, est une partie de plaisir à côte des tribulations incessantes que cause une colonne de nègres portant, en file indienne, des caisses sur la tête.

En 1896, le lieutenant de vais.scau llnurst descendait le Niger et tentait l'expérience en sens inverse. Cet oiïicier de marine montait trois mauvais bateaux, tout à fait impropres à la navigation des rapides. En avril, il arrivait à Say après avoir franchi les rapides de Labezenga; il hivernait à Fort-Archinard où il attendait la crue; puis il se lançait courageusement, en octobre, à l'époque des hautes eaux, dans les rapides de Doussa. dont les roches étaient submergées.

La mission hydroi^Taphiquc de M. Ilourst fut heureuse. Elle franchit tous les obstacles sans le moindre accident, et continua la descente du Niger pour rentrer en France par l'cnibouchure de la rivière Forcados.

Contrairement à ce que l'on était en droit d'attendre, étant donnés les résultats satisfaisants de sa tentative, le lieutenant de vaisseau Hourst, se mettant en contradiction manifeste avec Toutée, prétendit que la voie du Niger était inaccessible à toute entreprise de navigation, tout au moins d'une façon pratique et continue.

Ce conflit d'opinions entre les deux derniers explorateurs du Niger demandait à être éclairci. En tout cas, il y avait un réel intérêt à reprendre les efforts de Toutée et à créer une voie de ravitaillement par le fleuve; il y avait aussi une œuvre d'humanité à accomplir en suspendant les convois de porteurs qui transformaient les indigènes en bêtes de somme. Ces deux considérations réunies firent décider l'envoi de notre mission.

Convcnlion<> internaUonales. — L'utilité du ravitaillement du Soudan par le Bas-Niger est évidente. Le Gouvernement français se devait à lui-même de s'en occuper. L'envoi de notre mission cependant souleva la mauvaise humeur de quelques journaux britanniques et notamment de la Pall Mail GazcUCy qui écrivit à propos du ravitaillement de nos possessions soudanaises par la voie du Niger : « Ce ravitaillement comporte l'envoi de munitions, chose qui ne peut être qu'une nouvelle et courtoise concession de notre part. Puisse cette courtoisie ne pas se retourner contre nous! » Mais cette mauvaise humeur

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