LE M C
bienvenue; puis deux minutes après, exténué de chaleur et de fatigue, il se retire dans une case sous la garde de ses fiancées, deux fillettes de six à huit ans qui l'éventent sans répit.
Le soir, après déjeuner, nous allons rendre visite à Garba, en lui portant des cadeaux et des souvenirs. Nous sommes accompagnés d'un phonographe, instrument que sa majesté noire ne connaît guère. Aussi, rien n'est-il plus divertissant que le spectacle du roi, assis devant le cornet acoustique, s'esclaffant aux notes graves et s'efforçant de me persuader qu'il y a tout un orchestre entassé dans le coffre de l'appareil. Tout en causant, il nous demanda de l'alcool pour se rafraîchir. Nous savions que les Anglais désirent éviter la propagation de ce poison, en sorte que nous offrîmes une petite bouteille de Champagne à notre visiteur. L'explosion du gaz et le départ du bouchon lui firent peur, mais il eut vite fait de se rassurer, et, après chaque gorgée, il nous exprimait sa satisfaction en nous gratifiant de certaine politesse prétendue espagnole, qui nous procurait la plus douoe hilarité.
Nous profitons de nos moments de liberté pour étudier les gens qui nous entourent. La race a sensiblement changé, nous retrouvons le type Nupé dans la plupart des individus de ces parages; mais les habitants de l'île, qui sont des Kambaris, attirent surtout notre attention. Leur physionomie diffère de celle des précédents indigènes : c'est une figure large, aux pommettes saillantes, encadrée d'une assez forte barbe en collier; le front très étroit, bombé, présente des cavités à hauteur des tempes; la bouche est épaisse, large, aplatie; les maxillaires n'ont pas de saillies remarquables; le nez est droit, légèrement écrasé, les narines ouvertes; les yeux sont petits et bridés; le corps est sec, nerveux et musclé.
Il est fort probable que ces indigènes ne vivent sur les bords du Niger que depuis deux ou trois siècles. Ils ont quitté le Kanem pour venir se fixer dans ces régions. Pillards et vagabonds, ils s'installèrent provisoirement en face des rapides; ils dévalisaient les malheureux voyageurs qui tentaient de les fran-