ARRIVÉE EN TERRE /'RANÇAISE
pour entrer en terre française. Le pavillon tricolore flotte à l'avant de nos embarcations, la brise déploie nos couleurs, et comme le fleuve se présente ici exceptionnellement prati-
A QUELQUES .MILLES L.N A.MONT Uli UA^A. L llliK.M AT 1 A.N , Vli.NT DU .NOIIO-EST, SOUFFLE AVEC INTE.NSITIÎ, NOUS MARCHONS A LA VolLE.
cable, toute la petite flottille, en ligne de file, offre un aspect réconfortant. Les habitants des villages se groupent sur la berge et, lorsque nous nous arrêtons, déposent devant nous des aliments tout préparés. Ces mets sont bien reçus; nous n'avons, en effet, depuis longtemps, plus de vivres, il nous reste cinq ou six boîtes de conserves que nous gardons en cas d'événements imprévus.
Le 7 mai, vers trois heures du soir, le cœur joyeux, nous apercevons le drapeau tricolore qui flotte sur le poste de Gaya, au pied d'une grande falaise horizontale.
Désillusion. — L'adjudant Martin, qui commandait le poste, fut stupéfait lorsque je lui annonçai que le convoi devait débarquer mille huit cents caisses à Gaya. Il me mit au courant de la situation économique et géographique de la région, et je vis
Z E NI Gf:R.
de suite que : 1° le poste n'avait pas de magasins pour recevoir nos caisses; que celles-ci devaient être posées à terre et ([ue les termites allaient les ronger en quelques jours; 2° que la route reliant le Niger au Tchad a son terminus à Sorbo sur le fleuve, et que Gaya ne se trouve pas sur les lignes de puits conduisant au troisième territoire militaire; 3» qu'en débarquant mon chargement à Gaya, les pirogues du pays, rares et petites, mettraient plus d'un an à transporter les caisses à Sorbo, en admettant que l'on pût les rassembler, supposition des plus improbables....
C'était une grosse déception, car nous pensions en avoir fini avec ce lourd convoi qui nous avait occasionné tant de fatigues! Nous n'étions donc pas au bout de nos peines. Fort heureusement, j'avais eu la précaution de ne pas faire connaître le point terminus à mes équipages. En quelques minutes, j'eus pris mon parti, je modifiai mes plans, accordant quatre jours de repos à nos hommes exténués, et je décidai que le convoi remonterait jusqu'à Sorbo, ou tout au moins jusqu'à Niamé, point où la route quitte le fleuve.
Départ pour Say. — Le 12 mai, tout pavoisé des couleurs nationales, le convoi se remettait en route pour Say, où se trouvait le lieutenant Tilho, à qui j'avais annoncé notre arrivée prochaine par un message. La chaleur était accablante. Le soleil ardent nous brûlait de ses rayons. Nous étions dans un pays dont les habitants sont encore sauvages. Ces indigènes sont en partie croisés de Dendis et de Sonraïs. Le langage de ces derniers est couramment parlé jusqu'à Gaya. Les Dendis sont bien musclés et très agiles. Il y a, dans la région, un dicton ainsi conçu : « Un Dendi à pied vaut mieux que dix cavaliers bien montés. » Ces noirs sont extrêmement difficiles à poursuivre, ils ont un talent particulier pour nager longtemps entre deux eaux et pour se cacher dans les marécages, laissant émerger la bouche et le nez entre les herbes.
Nous faisons escale à Tondi-Koaria ; à Carimama, où se trouve un ancien poste abandonné, puis, réoccupé l'an dernier et qui