‹ Le Niger, voie ouverte à notre empire africainChapitre 46 sur 81 · LE C A PI 20 LE DES MOUSTIQUES · texte numérisé non relu

LE C A PI 20 LE DES MOUSTIQUES

Nous vivons dans un nuage de moustiques, nous en respirons; ces bêtes féroces s'acharnent sur nous, et lorsque nous devons nous déshabiller pour nous laver ou changer de vêtements, nous sommes dévorés jusqu'au sang. De tous les ports du Niger, c'est Guiris qui mérite la palme comme nid à moustiques; c'est leur Gapitole, leur camp retranché. Le lendemain, de bonne heure, je me rends à Ilo, qui se trouve au sud, à 5 kilomètres 1/2, dans une clairière et au milieu de vastes cultures. C'est un grand marché, un croisement de routes qui conduisent d'une part vers le sud au Dahomey, au Togo, et vers le nord au Sokoto, au Aoussa. Les cotonnades anglaises abondent sur le marché, elles se répandent de là sur nos territoires du Soudan et du Haut-Dahomey. Nos indigènes viennent y échanger leurs produits et leurs troupeaux contre ces étoffes. C'est une concurrence à notre commerce. Elle cessera le jour où la flottille du bas Niger aura pour rôle d'effectuer des transports commerciaux au profit de nos industriels et de nos colons, elle disparaîtra plus sûrement encore lorsque le rail qui part de Kotonou atteindra Garimama et viendra délivrer la flottille de ses pénibles efforts dans les rapides. Le poste d'Ile fut construit par les missions françaises qui, les premières, occupèrent la région. Les cases actuelles n'ont pas changé; les Anglais se sont contentés d'entretenir cette place.

C'est là que je rencontrai le capitaine Keyes, qui deux mois plus tard, fut assassiné au cours d'une mission délicate qu'il avait reçu l'ordre d'accomplir sur Argoungou. C'était un tout jeune homme que les gens du pays estimaient beaucoup; ils lui reprochaient même de toujours sortir sans armes et de se promener sans défiance. Us lui répétaient parfois qu'il pourrait lui arriver malheur. Loin de nous créer des difficultés, de nous Inviter à décharger les chalands pour vérifier si nous emportions bien en territoire français le ravitaillement indiqué par nos connaissements, il nous témoigna une confiance flatteuse. Son accueil fut parfait; toute sa personne, d'ailleurs, inspirait de la sympathie. Le capitaine Keyes est le seul officier que les auto-

rîtes médicales anglaises aient autorisé à prolonger son séjour, et cela pour des raisons touchantes et toutes à son honneur. Officier de cavalerie de l'armée des Indes, n'ayant aucune for-

EN ARRIVANT E.\ TERRITOIRE FRANÇAIS LE CONVOI ARBORE NOS COULEURS NATIONALES.

tune personnelle, il avait pour ami intime un officier pauvre comme lui, mais qui s'était adonné au jeu et qui menait un train supérieur à sa position. Victime d'un accident mortel, cet officier, se voyant sur le point de mourir, fit part à Keyes de la situation de sa famille et du chagrin qu'elle éprouverait en apprenant des dettes qu'elle n'était pas en mesure de payer. Keyes comprit, endossa le passif et répondit de tout... Il n'y avait pas un mois qu'il venait d'obtenir sa prolongation de séjour, lorsque la mort vint le frapper à son tour. Cette fâcheuse nouvelle nous parvint à Say dans une réunion d'officiers qui l'estimaient.

Est-ce ta dernière étape? — Nous quittons Guiris, dernière étape avant Gaya. Le plateau nigérien s'écarte des rives, et ce fleuve large, immense, reflète avec intensité la lumière du ciel, le rayonnement des nuages.

C'est à Madékali que nous quittons le territoire de la Nigeria

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