L E M G ER
sol et les ravins en véritaljles torrents. Le tonnerre gronde violemment dans le ciel obscurci, parfois même la grêle tombe en grains volumineux. Les Somonos du Niger prédisent l'intensité de la crue par le simple aspect de la lune de mai. Lorsqu'elle est entourée de nuages et se couche dans un ciel voilé, la saison des pluies doit être précoce. Lorsqu'elle monte dans un ciel clair, à reflets roux, la vallée doit mourir de sécheresse. Ils savent fort bien que la lune dissipe lors de son lever toute tornade en formation à l'horizon. Tous les sept ans environ, la crue occidentale atteint des proportions extrêmes; elle arrache les rives et entraîne des villages. Elle va même baigner les murs de la ville myatérieuse, en s'infiltrant par les vestiges des canaux, creusés jadis par les Sonraïs et les Touareg.
Crue occidenlale. — Le Djoliba reste stationnaire aux plus basses eaux pendant la saison sèche. A la fin de mai, la crue se dessine lente et régulière; puis, soudain, au bout de quelques jours, le fleuve cesse de monter. C'est que les rigoles parallèles aux rives s'emplissent en absorbant la crue. Celle-ci reprend sans interruption jusqu'à la fin de juin et se répand avec lenteur sur la plaine de Djenné. Le Bani gonfle le Djoliba et double son débit à hauteur de ]Mopti, s'il est en avance; ou bien, au contraire, le Djoliba refoule ses eaux dans la vallée du Bani, si ce dernier est en retard.
En juillet, le Niger vient submerger les barres de sortie et d'entrée du Débo ; l'eau s'étend sur la région lacustre et sur la grande zone d'inondations qui l'absorbent pendant huit ou douze jours. Bien que le débit du fleuve soit considérable à cette époque, il n'en est pas moins vrai que son niveau cesse de s'élever; quelquefois même, il baisse, et le graphique d'étiagc de Koulikoro vient accuser très nettement ce phénomène, par l'allure stationnaire ou descendante de la courbe. Il reprend sa marche ascendante lorsque les lacs sont complètement remplis par la crue. Celle-ci force donc, tour à tour, les barres ou plutôt les clapets d'entrée des petits canaux reliant le Niger au lac Faguibine, au Fati, au Télé, aux marécages de Sompi; puis,
CRUE DU DJOJABA.
lorsqu'elle a submergé cet ancien fond marin, le Djoliba monte sans à-coups et ti'ès rapidement, sur toute son étendue, pour atteindre son maximum (7 à 8 mètres) du 20 au 30 septembre.
En octobre, les pluies cessent ou diminuent, l'étiage redescend alors d'une façon progressive et du même nombre de centimètres tous les jours. Telle est la crue du Djoliba. Elle est forte, souvent violente, submerge les forêts, fertilise les campagnes et fait de cette partie du Soudan, enrichie par ses apports, la haute vallée du Nil français.
Que se passe-t-il sur TIssa-Ber?
Nous avons laissé la crue occidentale au moment où elle envahit les lacs en submergeant les clapets de leurs canaux d'adduction. Le débit du Niger, en aval de la dernière veine liquide, aux environs d'Eloualedji, est assez modéré jusqu'au mois de septembre. Kabara est encore loin du fleuve, les débarquements se font au marigot de Day. En novembre, la région lacustre a reçu la totalité des crues combinées du Niger et du Bani, elle atteint elle-même son maximum d'étiage et commence à s'épancher en aval avec intensité. Elle va rendre au fleuve ce qu'elle en a reçu, elle va se dégonfler, comme un réservoir qui se vide, comme un condenseur de la crue et de l'inondation. Nous allons la voir alimenter l'Issa-Ber pendant six mois.
Gomment ce condenseur fait-il la distribution des eaux qu'il a reçues? Le Débo se vide le premier, l'Issa-Ber descend et découvre les clapets dans l'ordre suivant lequel on les rencontre en allant vers l'amont. Voici, par exemple, le marigot de Goundam qui relie le fleuve au lac Fati. Le fleuve baisse; il arrive donc un moment où son niveau devient inférieur à celui du clapet, qui se trouve à l'entrée de ce canal. Il en résulte immédiatement que le Fati, gonflé par la crue, cède une partie de ses eaux au Niger, dont la masse va grossissant. Et, comme il faut un certain temps pour que chaque lac agisse de même, on conçoit aisément que la crue occidentale so. maintienne longtemps dans l'Issa-Ber et qu'elle ne le traverse pas comme un
LE MGER.
mascaret. Le maximum détiage se produit en janvier, àKabara; à la fin de février, à Say; l'eau monte de 6 à 10 millimètres par jour depuis la fin d'août jusqu'aux premiers jours de mars, puis