‹ Le Niger, voie ouverte à notre empire africainChapitre 70 sur 81 · CRUE DE L'ISSA-DER · texte numérisé non relu

CRUE DE L'ISSA-DER

bresauts qui caractérisent ce fleuve rapide et tourmenté. Ici le maximum de la crue se produit du l^"" au 10 septembre. Le Kouarra monte vers la fin de mai par à-coups très brusques,

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ÉTIAGE Di: GAVA 1901 (lvUllARa,V).

puis redescend. Au mois de juin, il élève son niveau dune façon presque régulière et progressive pendant quelques jours; mais en juillet et août, la crue fait des bonds prodigieux. Cette irrégularité se prolonge ainsi jusqu'en octobre, puis le Niger descend lentement, comme le Djoliba, précisément à la même époque.

Seulement, il existe une différence considérable entre les deux fleuves. Le Djoliba baisse, mais il est alimenté par des sources, le Kouarra descend, et si nous supprimons l'Issa-Ber, il va se trouver à sec et son lit deviendra le ravin rocheux que nous connaissons. Fort heureusement pour lui, la crue occidentale arrive à point, ses effets commencent à se faire sentir à Gaya vers la fin de novembre, à Badjibo dans les premiers jours de janvier. L'étiage de l'enclave remonte tout doucement de 3 à 4 millimètres par jour, jusqu'à la fin de mars, puis il redescend de même jusqu'aux pluies qui précèdent la crue orientale.

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LE NIGLR.

Comme on le voit, les rives du Kouarra, sur lesquelles passent deux crues, sont donc constamment inondées, ce sont des marécages, absolument impropres à la culture, d'où résulte l'intense pauvreté de ce pays.

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liriAGE DE DAL'JIDO 1901 (KOCARRAJ.

Depuis la fin d'oclobre jusqu'au 15 avril de l'année suivante, il faut choisir judicieusement les marigots propices à la descente des rapides de Boussa. Mais lorsqu'on connaît les routes, lorsqu'on possède les mouvements de la crue, lorsqu'on a sous les yeux le graphique d'étiage résultant des moyennes de plusieurs années, on peut et l'on doit passer sans accident. Les cartes de la mission indiquent les routes.

A partir de Jebba jusqu'à Lokodja, le fleuve se ressent surtout des effets de la crue orientale. Il coule à pleins bords en août et septembre, puis atteint en décembre un étiage infé-

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CHALANDS DE 30 TO^^ES CONSTI.UITS A liCULlKORO AVliC LES BOIS DU PAYS.

rieur qu'il conservera presque invariable jusqu'à la fin de mars, quel que soit l'apport de la crue occidentale dont le rôle est uniquement d'entretenir un niveau favorable à la navigation. Il n'en est plus de même en aval de Lokodja. La Bénoué double presque le débit du Niger, qui reste accessible jusqu'à la fin de janvier aux navires de fort tonnage et jusqu'en avril aux sternwheeler (bateaux plats à roues arrière) de 150 tonnes. Sur le Delta, la crue se disperse dans les rivières de Brass, de Forcados, d'Escravos, etc., dans tous les canaux, dans toutes les criques. A l'époque de son maximum, elle surélève le niveau des marées de 50 centimètres à peine à Bouroutou pendant une quinzaine de jours, puis elle passe insensible, inaperçue.

Comment s'est formée la vallée du Niger actuel. — Nous avons partage le fleuve en tronçons : Djoliba, Issa, Kouarra. Nous les avons étudiés comme trois fleuves indépendants. Considérons maintenant le Djoliba et le Kouarra comme les pignons d'un

LE MGER.

édifice, que nous aurions à relier par un mur de refend.

Admettons l'hypothèse suivante : le Djoliba sort des branchements du Foutah-Djalon; se fraye un chemin dans le Bélédougou, puis vient se jeter dans la mer (aujourd'hui disparue) à Diafarabé. Le Bani a son embouchure distincte en amont de San. Le Sahara n'existe pas, l'océan le recouvre ainsi que le plateau Nigérien^, ce sont des hauts fonds. Les seules terres émergeantes sont au Dahomey, les monts de l'Atakora, au Soudan, les monts du Bélédougou, de Kong, du Foutah. Vers l'est, on ne distingue que les éminences du Sokoto et de l'Air. Vers le nord, c'est un réseau d'îlots et de massifs montagneux, qui de l'Adrar va rejoindre en un grand cercle les chaînes algériennes et le Maroc.

Cette mer intérieure, en réalité peu profonde, se retire progressivement, elle découvre d'abord le plateau Nigérien. Le Djoliba et le Bani allongent leurs ramifications (canaux du Delta), pour prendre contact et se pénétrer.

L'Océan se retire encore et découvre les sables du Sahara, mais cette mer intérieure communique toujours avec l'Atlantique par une brèche qui se trouve au sud-ouest de Sompi; le Djoliba continue à s'y déverser, tandis que d'autre part une saison des pluies s'éta])lit sur la région aoussa, vers le pays noupé, vers Boussa. Les tornades creusent cette partie du plateau Nigérien et, comme il faut bien que toutes ces masses d'eau aient une issue, la vallée du Kouarra se dessine à l'époque où celle du Djoliba est complètement tracée. Un jour enfin,

1. Le plateau Nigérien est un terrain d'aspect uniforme, invariable, que Ion retrouve partout en Afrique, à Bamako, à Ségou, au Damangara, au Chari, au Bas-Xiger, au Daliomey. C'est un terrain de compression formé de conglomérats de fer hydroxydé et de petits cailloux de quartz, arrondis, roulés. Les parties que les éléments n'ont pas désagrégées, présentent l'aspect d'un immense nougat. Au contraire, lorsque les pluies et le soleil ont brisé, détruit et réduit en poussière rouge le ciment magnétique des conglomérats, les petits rognons de quartz mis en liberté s'étendent sur d'immenses régions, qui paraissent cailloutées comme les allées d'un jardin. Rien n'y pousse à l'exception d'arbres d'essence spéciale, qui restent toujours verts en raison de l'imperméabilité du sous-sol, qui, sous l'influence delà chaleur solaire, rend l'humidilé qu'il a emmagasinée.

FORMATION DE LA VALLEE DU NiGER.

l'Océan s'est retiré tout à fait, il reste encore quelques flaques d'eau salée. Ce sont les lacs et la cuvette d'inondation : Diafarabé, San, Saraféré, Sompi. Le Djoliba s'y précipite. la recouvre, la submerge, tandis que le Kouarra se creuse et va chercher sa basse vallée en sautant à 40 mètres de hauteur, les cataractes du Djou-Djou près Jebba. Voilà donc deux fleuves : le premier a des sources connues et se perd à Diafarabé dans une immense cuve d'absorption. Le second n'a pas de sources, sa vallée commence en amont de Gava, il se tarit après à la lia de chaque saison des pluies. Voilà les deux pignons de rédifice.

Cependant la région lacustre cherche à se déverser; les eaux suivent une ligne de plus grande pente ; elles se dirigent vers l'est, franchissent la passe de Tosaye, se choquent à des éniinences et trouvent un chemin au sud-est. L'Issa-Ber se dessine, le voici qui dépose ses eaux au pied des falaises de Gao; le plateau Nigérien cède, il est pris d'assaut par cette masse, tandis que les pluies ravinent cette vaste table. Le conglomérat ferrugineux se désagrège; seule, l'infrastructure granitique ou schisteuse résiste à l'invasion, l'Issa-Ber saute par- dessus à Labezenga et perfore la porte de Kendadji. Le voici à Say. La nature a placé devant lui une faille immense, tortueuse et profonde. Il s'engage dans ce W, puis débouche en amont des falaises de Gaya, tandis que le Kouarra commence à les ronger en aval. Encore un effort, l'Issa-Ber et le Kouarra se rejoignent. Voilà le mur de refend. Désormais le Kouarra, de fleuve intermittent et torrentueux qu'il était, devient une artère immense, le Niger devient un fleuve, composé de trois autres, qui prend sa source près de Farana et qui forme son delta dans le golfe du Bénin.

Les climats nigériens : 1" Delta. — Le voyageur ressent une impression bizarre en arrivant à proximité du Delta nigérien. Outre les tribulations de toutes sortes, les débarquements en surf-boat et les difficultés du transbordement, l'on sent à quelques milles au large l'odeur fade de la vase, que la chaleur

LE y ici: II.

lourde et humide rend plus désagréable encore. Il y pleut tous les jours; le soleil y est rare; il se voile sournoisement derrière de gros nuages ronds qui forment loupe et congestionnent en quelques secondes l'Européen non encore acclimaté. Je ne sais quel est le plus dangereux, d'un soleil torride dans un ciel bleu ou de cette marmite d'eau bouillante.

La véritable saison des pluies commence à Forcados en mars, pour finir en septembre. Durant ce laps de temps, la houle est fréquente du sud-ouest; la mer est agitée, les barres du littoral sont dangereuses. En décembre et janvier, l'hermattan, vent sec du nord-est, souftle une dizaine de fois, et l'on voit, phénomène étrange, les noirs dont les muqueuses et la peau se sont accoutumées à Ihuniidité permanente, devenir gris sale et leur derme se transformer en poussière pelliculaire.

La température minima est 18°, le maximum 34°, elle oscille de 24 à 32° durant la période mars-octobre et de 18 à 28° de novembre à mars. Les tornades et les trombes d'air sont assez rares. Ce pays, immense tapis de verdure, reçoit des douches tellement fortes que les terrains émergeants sont inondés plusieurs fois chaque année.

2° Bas-Niger. — Depuis Lokodja jusqu'à Yelloua et Sakassi, les pluies sont fréquentes. En avril, le thermomètre accuse des températures excessives. Il n'est pas rare de le voir monter à 46 et même 47 degrés centigrades, et lorsqu'on n'a que 44° à l'ombre, on se trouve heureux. Les nuits sont meilleures à 86». La moyenne pour avril est de 39o8 à 40°. Les pluies abaissent la chaleur, mais cette humidité qui en résulte vaut moins que l'étuve sèche. En septembre, la moyenne générale est de 29 à 30° : pour ma part, j'aime mieux griller au mois d'avril que bouillir pendant l'hivernage, où l'on se gratte du matin au soir, harcelé par les bourbouilles, les moustiques, les tsé-tsé, les sand-flies. C'est en novembre que la vallée du Bas-Niger devient la terre par excellence de l'insalubrité. La dysenterie, le paludisme et la fièvre bilieuse hématurique y tiennent leurs assises; l'ipéca, la quinine et tous les purgatifs inventés depuis

LE CLIMAT NIGERIEN.

Hippocrate, S'ont prescrits sans cesse et souvent impuissants. Les rives et les marécages s'évaporent, le soleil est voilé par le brouillard, la brousse est dangereuse et malsaine. Ce n'est guère qu'en janvier que le ciel se dévoile et que la fraîcheur des jours et des nuits s'accentue; la température varie alors de 14 à 26° pour remonter en février de 22° la nuit à 40o le jour. Le Bas-Niger a en somme un climat très dur et très malsain.

3° Nil français. — Il n'en est plus de même lorsqu'on a quitté la région montueuse qui borde le Kouarra jusqu'à Sakassi. La haute vallée du Djoliba depuis Siguiri jusqu'aux sources, diffère très peu comme climat du bief Bamako-Mopti. La région Débo-Kabara-Say au contraire pâtit, comme nous l'avons dit, d'une sécheresse presque continuelle. Sur l'Issa-Ber, les mois d'avril à juillet sont très durs (34 à 38° la nuit et 42 à 49o le jour, à mesure que l'on approche des tornades). Puis la température s'abaisse, devient humide, et, lorsque l'hivernage est terminé, surviennent les grands froids. En novembre, j'ai observé 14° le matin à 8 h., 41° à 2 h. et 32° à 6 h. du soir; en décembre, 7° le matin, 33° à 2 h. et 21° à 6 h. du soir; en janvier, 12° le matin, 38° à 2 h. et 24° à 6 h. du soir. De novembre à mars, les nuits sont fraîches, glaciales, souvent agréables. L'hermattan souffle de 6 à 8 h. du matin jusqu'à 2 h. de l'après-midi.

Le colon doit avoir la force de résister à ces écarts, à ces douches d'air chaud puis glacé. Le vent sec du désert apporte un air pur et vivifiant, à condition qu'on ne le reçoive pas après son passage sur des marécages ou des terres remuées.

La température du Djoliba diffère très peu de celle de l'Issa- Ber; seule la saison des pluies modifie l'état hygrométrique de l'air, et prolonge l'humidité en raison de sa plus grande durée. Cependant certaines zones du Djoliba, plus imperméables, plus inondées ou plus boisées, tendent à se rapprocher du Bas-Niger comme température. Mais le lecteur jugera de l'insalubrité permanente du Kouarra d'après ce que nous en avons dit.

Maladies. Hygiène. Conseils aie voyageur. — On peut contracter toutes les maladies possibles dans la vallée du Niger : dysca-

LE MGhR

terie, dyspepsie, furoncles, fièvres bilieuses, lumbagos, torlicolis, bronchites, diarrhées. Mais là, comme partout, une hygiène suivie peut enrayer les maux, et la gravité des affections dépend de la santé qu'on apporte.

La plupart de ces maladies sévissent en France comme au Soudan. En réalité, le grand ennemi de l'Européen au Niger est le paludisme; on pourrait même dire qu'il est le seul. A ce sujet, les médecins coloniaux sont partagés en deux camps : l'un partisan de la quinine préventive, l'autre ennemi résolu de cette pratique. Je ne puis parler que d'après moi, et aussi d'après tous ceux que j'ai pu connaître ou commander et qui ont adopté la quinine préventive. Or cela s'applique à plus de deux cents Européens. Eh bien! chez aucun de nous le paludisme n'a pris de forme permanente, chronique et dangereuse. Aucun de nous n'a subi les atteintes de la fièvre bilieuse hématurique. Nous avons eu quelques accès de fièvre, voire même de bilieuse, c'est-à-dire des embarras gastriques avec élévation de température, vomissements et diarrhée de bile dus aux fatigues excessives que nous avons endurées au cours de cette mission, mais aucun de ces fervents de la quinine préventive n'a contracté de fièvres tenaces et de maladies graves.

Il faut encore lutter contre le moustique, ce terrible ennemi, Vanopheles claviger, qui sort des marécages et par ses piqûres donne la fièvre paludéenne. A remarquer, à ce propos, que la mission Marchand, qui a vécu au régime de la quinine préventive, dans les marécages, qui a humé, respiré des moustiques, n'a perdu personne de ce fait, ou que du moins son personnel a été victime d'accidents rares. Sur le Bas-Niger, nous avons été dévorés par les moustiques, à Guiris nous en avons atrocement souffert, c'était une atmosphère d'insectes, et elle ne nous a cependant pas rendus malades. Il est donc fort probable que l'anophèle communique la fièvre seulement dans les centres où des Européens sains et indemnes entrent en contact avec des Européens souffrant du paludisme, du soleil torride, des émanations pernicieuses, dos effluves telluriques.

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