‹ Le Niger, voie ouverte à notre empire africainChapitre 71 sur 81 · HYGIENE ET MALADIES · texte numérisé non relu

HYGIENE ET MALADIES

Si vous voulez vous bien porter au Soudan , remplissez d'abord les conditions qu'exigent l'ardeur du soleil, les dangers du climat.

Ne partez qu'à l'âge de vingt-six ou vingt-huit ans, avec le cerveau, le cœur et l'estomac solides. Mangez à votre appétit des substances faciles à digérer, supprimez les alcools, buvez de l'eau filtrée, réconfortez-vous de temps en temps par un peu de vin généreux, si vous croyez à l'efficacité de ce remède. Fuyez les apéritifs comme la peste, sortez au soleil s'il le faut, quand il le faut, puis revenez à l'ombre, prenez de l'exercice au plein air sous un casque à larges bords, la colonne vertébrale garantie du soleil par des vêtements suffisants. Couchezvous de bonne heure, à 8 heures ou 8 h. 1/2; fatigué par vos occupations journalières, vous dormirez bien, et le matin vous serez debout avant le soleil. C'est l'heure où l'on est le plus à l'aise : on ne souffre pas de la chaleur, le pays éclairé d'une demi-teinte vous paraît agréable. Ne jouez pas, le jeu énerve, il empêche de dormir. Si votre travail intellectuel est trop chargé, efforcez -vous de le couper, de vous distraire entre temps. Recherchez des camarades qui vivent comme vous, une table gaie d'où les questions de service soient reléguées aux chantiers, aux bureaux; vivez près de l'indigène, et n'oubliez pas que sa société est par moments distrayante, instructive.

Vous aurez lu avant de partir qu'il faut habiter dans une case confortable à 2 mètres au-dessus de terre, que les maisons doivent être bâties, ventilées, éclairées d'une façon spéciale. C'est parfaitement vrai ; mais au Soudan vous coucherez quatrevingt-dix fois sur cent au ras du sol, n'importe où, n'importe comment. Vous n'en serez pas plus malade pour cela, si vous avez la constitution voulue, si vous faites le nécessaire. Ne prolongez pas trop vos séjours, revenez tous les deux ans au pays pour respirer l'air pur.

Ucsiuné. ConchiMons. — Les rapides de Boussa, considérés par certains explorateurs, comme des obstacles absolus à la navigation du Niger, ont été franchis cinq fois par la flottille,

LE MGl'lR.

c'est-à-dire par des convois de dix-sept et dix-neuf embarcations, sans que nous ayons eu à déplorer le moindre accident. Il y avait une tâche à la fois délicate et dangereuse à remplir, c'était la reconnaissance des passages. Nous y avons risqué plus de cent fois nos existences. Des embarcations comme les nôtres ne circulaient pas entre les rochers comme des pirogues d'indigènes. Il nous fallait reconnaître et trouver des chenaux, des brèches dans les chutes, des paliers dans les cascades. Cette besogne est aujourd'hui terminée, nous avons remis à nos successeurs les cartes des rapides, les graphiques d'étiage et les renseignements suffisants sur la crue. Nous leur avons laissé des pilotes connaissant les routes, et plus de deux cents laptots dressés, habitués, aguerris à la manœuvre. Ils obtiendront les mêmes succès que nous. J'ajouterai même que leurs convois, bien approvisionnés au départ , pourront aisément remonter tout le Niger, depuis Badjibo jusqu'à Sorbo, sans qu'il soit nécessaire d'obliger le personnel européen à les suivre constamment.

A mon avis, la traversée des rapides est, maintenant que nous en possédons la manœuvre, une opération praticable et possible. Le rendement des transports par cette voie peut être doublé, triplé, quadruplé. Tout dépendra du nombre d'embarcations employées. Toutée avait reconnu la route et déclarait que malgré ses difficultés, elle ouvrait la porte du Bas-Niger à nos territoires du Soudan. Les opérations de la flottille n'ont pas infirmé cette assertion; bien au contraire, elles en ont fait une parole prophétique.

Il est évident que si nous pensons trouver dans nos colonies des routes tracées d'avance, des surfaces aplanies pour y poser le rail, des fleuves de 4 500 kilomètres aussi paisibles qu'un lac, nous nous exposons à de grosses déceptions. Le Mékong, dont les cataractes sont extrêmement dangereuses, et se dressent à Khôn comme une véritable barrière, fut considéré pendant de longues années comme une artère impraticable. De vaillants et courageux officiers de notre marine ont affronté l'obs-

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