‹ Le Nirvâna: poème dramatique en quatre actesChapitre 11 sur 72 · ACTE I. — SCENE II. ii · texte numérisé non relu

ACTE I. — SCENE II. ii

GAUTAMA, à part.

Quoi! sa sérénité n'était donc qu'un mensonge?

(Il s'éloigne sans qu'on Tait aperçu.)

YADARA

J'y songe!

PRASÉNA, gaîment.

J'étais sûr que cette heure viendrait.

YADARA

Prince! tu fais erreur! car si j'ai du regret,

Ce n'est pas mon passé joyeux qui me le donne,

Mais mon malheur présent qu'il faut que j'abandonne.

Toutefois ne crains rien! Celle qu'on reverra,

Si je rentre, sera la joyeuse Yadara

Qui fera payer cher à toute la cohue

De tes amis, l'affront d'avoir été vaincue.

Elle, la triomphante au charme tout-puissant,

Par l'homme le plus faible et le plus innocent!

PRASÉNA

Et qui donc, Yadara, veux- tu qui te résiste. Sinon un être faible au corps malade et triste, Un aveugle de tous ses sens.^ Car, s'il voyait

La moiteur où ton œil à Tinstant se noyait, S'il écoutait ta voix et si le parfum tendre De ta chair...

YADARA, l'interrompant.

Calme-toi! Ion pourrait nous entendre, Et c'est un autre, ici, que je dois enflammer.

PRASÉNA

Mais n'ai-je pas le droit aussi de proclamer Que les fleurs sentent bon, que le soleil éclaire...

YADARA

Pense-le, mais un seul peut le dire : ton frère.

J ai pris l'engagement, en arrivant ici.

De m'attacher, tenace, à vaincre le souci

Dont sa pauvre âme est lourde et je tiens, moi, frivole,

A ne jamais faillir, pourtant, à ma parole.

PRASÉNA

Et quand quitteras-tu ce temple de l'ennui?

YADARA

Qui sait? Demain, peut-être, et peut-être aujourd'hui, Et peut-être jamais. Je vais, à l'instant même. Décider de mon sort dans un combat suprême.

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