‹ Le Nirvâna: poème dramatique en quatre actesChapitre 10 sur 72 · ACTE I. — SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I. — SCENE II

Puis il rouvrit les yeux, mais son esprit qui souffre Semblait continuer à côtoyer un gouffre.

Pauvre âme!... Il s'éloigna lentement et sa main Me fit signe de ne pas troubler son chemin.

PRASÉNA

Eh! ne trouble-t-il pas, lui, le chemin des autres.? Vraiment, ils sont bien tous ainsi, ces doux apôtres!

YADARA

Quel mal nous a-t-il fait?

PRASÉNA

Tu demandes quel mal?

Mais n'est-ce pas assez de cet air sépulcral Qu'il a mis dans tes yeux? n'est-ce pas trop, pauvrette, D'entendre hululer une morne chouette Dans ton cœur qui, pareil à nos riants buissons. Fourmillait autrefois d'ailes et de chansons?

(Gautama paraît au fond de la scène, s'arrête et écoute.)

Est-ce sa faute à lui, Praséna, si je l'aime? Ne dis rien contre lui : ce serait un blasphème! Je ne le comprends pas, tu ne le comprends pas; Peut-être est-il trop haut et sommes-nous trop bas ?

lo LE NIRVANA.

PRASÉNA, ironique.

C'est avec cet éclat de flamme funéraire

Q ue tu comptes charmer ton prince ou le distraire ?

Y AD ARA, amèrement.

Aussitôt qu'il est là, je chante, danse et ris, Gagnant loyalement ma parure et mon riz.

Je connais mes joyeux devoirs de courtisane!

PRASÉNA

Tu ne les connais pas puisque ton front se fane! Sans ta beauté, comment feras-tu ton devoir?

YADARA

Belle ou laide, ses yeux ne savent pas me voir?

PRASÉNA

Eh bien! alors, renonce à faire sa conquête.

Et reprends, au plus tôt, ta place à notre fête. Ta place toujours vide, où tous nous t'attendons. Le cœur plein de baisers, les mains pleines des dons Les plus riches, les plus...

J'y ai songé! j'y songe!

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