‹ Le Nirvâna: poème dramatique en quatre actesChapitre 16 sur 72 · ACTE I. — SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE I. — SCENE V

Ta gaîté. C'est pourquoi Ton t'épie, on te suit;

C'est pourquoi dans les parcs royaux on t'emprisonne,

Ne laissant arriver, jusqu'à tes yeux, personne

Qui ne soit jeune et fort, qui ne soit jeune et beau !

L'existence, on ne te la montre que de haut.

De peur qu'un froissement, une simple piqûre,

Ne réalise en toi le redoutable augure.

GAUTAMA

Quel augure?

Il paraît que, méprisant tes droits.

Tu pourrais refuser l'héritage des rois Et, cachant dans des bois sauvages ta retraite. Préférer devenir le plus sublime ascète.

Aussi t'a-t-on gardé toujours loin des combats. Loin de ce qui s'agite et qui palpite au bas Du trône : convoitise, espoir, efforts, envie; Loin du malheur, loin du bonheur, loin de la vie. C'est pour cela, c'est pour t'apporter tous ces biens Ignorés de ton cœur, ô Maître, que je viens; Car je veux te prouver que même les souffrances Nous fascinent par de secrètes attirances.

Et que toute la vie est un ensemble, enfin.

Dont on ne peut soustraire une parcelle en vain!

Or, ai-je vu jamais dans tes yeux une larme,

Sur ta bouche un sourire, et dans ta main une arme ?

GAUTAMA

J'ai vu mourir Tinsecte et se flétrir le lys. Et j'entendis crier la mère quand mon fils Naquit : j'en sens encor la mortelle secousse. Si tu peux m'apporter une arme qui repousse Ces éternels fléaux hors de notre chemin.

Sois ma libératrice et viens armer ma main!

YADARA

Tu veux la posséder, cette arme tutélaire?

Sois ouvert à la joie autant qu'à la misère;

Le bonheur qui précède et le bonheur qui suit

L'enfantement le font moins pénible, et la nuit

N'a plus rien d'effrayant pour nous quand on l'enchaîne

Au crépuscule éteint comme à l'aube prochaine.

GAUTAMA

Je connais tout ce que la vie offre de beau; On m'a caché la bouc et Ton m'a fait voir l'eau. L'amour et les parfums, ce qui rit et qui chante. O révélation qui m'emplit d'épouvante !

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