AVERTISSEMENT
Pour apprécier sainement la philosophie du Bouddha, pour se bien pénétrer de sa majestueuse puissance, il ne faut point perdre de vue que, dans la dégénérescence du brahmanisme et de la vieille société indoue, une seule idée planait, vivace, au-dessus de toutes les discussions : ridée de la perpétuelle réincarnation des âmes.
Cette idée, du reste, qui semble un peu naïve tout d'abord, notre science très positive ne la ressuscite-t-elle pas un peu chaque jour? Nous avons remplacé le sentier par la grandYoute, Tempirisme par de rigoureuses méthodes, pour aboutir, en somme, à des conclusions identiques. Atavisme ! Hérédité ! Qu'est-ce que cette perpétuelle reviviscence en nous des instincts et des appétits de nos aïeux? N'estce point la confirmation scientifique d'un fait que les anciens, sous une forme plus poétique, avaient noté des milliers d'années avant nous ?
Écoutez le vieux savant Ferroz dans le dernier livre de M. E.-M. de Vogué : « Nous croyons marcher sur la cendre inerte des morts : en réalité ils nous enveloppent, ils nous oppriment; nous étouffons sous leur poids ; ils sont dans nos os, dans notre sang, dans la pulpe de notre cervelle ; et siïrtout quand les grandes idées, les grandes passions entrent en jeu, écoutez bien la voix : ce sont les morts qui