ACTE II. — SCENE V
PREMIER MARCHAND
Il faut vivre pourtant!
GAUTAMA
Il faut vivre la vie Où Tâme est immuable et n'est plus asservie.
Tant que tu peux souffrir de la perte d un bien, Tant que tu peux gémir s'il se brise un lien Qui t'unit à quelqu'un, tant qu'il reste une fibre Capable de troubler ton cœur, tu n'es pas libre!
YADARA, aux marchands.
Vous avais-je trompés."
SECOND MARCHAND, à Gautama.
Ces saintes vérités Qui te les révéla?
PREMIER MARCHAND
Parle, Maître!
YADARA
Ecoutez !
GAUTAMA
J'errais sur le chemin des naissances futures, Cherchant en vain le bâtisseur du cachot noir Qui reprend Tâme et qui la ramène aux tortures. Enfin, bâtisseur vil, j ai fini par te voir.
Tu ne poursuivras plus ta hideuse carrière; Tu ne rebâtiras jamais plus de cachots :
J'ai découvert l'endroit où tu cachais la pierre. Les poutres et le sable et le fer et la chaux ;
Et j'ai brisé la poutre, et j'ai broyé la pierre, Et j'ai tordu le fer, et j'ai noyé la chaux; Nulle âme, désormais, ne sera prisonnière; Tu ne rebâtiras jamais plus de cachots.
J'ai brisé le désir, j'ai broyé l'espérance.
J'ai tordu la douleur et j'ai noyé l'amour; Comment referais-tu désormais l'existence?
J'ai mis l'âme au-dessus de la nuit et du jour.
J'ai mis l'âme à l'abri des naissances futures; Suivez-moi! je vous mène à l'éternel repos; Ceux-là seuls qui voudront vivront dans les tortures, Car j'ai brisé toutes les portes des cachots...
(Les nuages se sont amoncelés ; les éclairs s'entre-croîsent ; Gautama, qui s'est mis en marche, apparaît sur une roche au cœur de Torage.)