ACTE II. — SCÈNE V
GAUTAMA, à lui-même.
Ainsi, touchant au seuil du Nirvana divin, Va-t-il falloir reprendre encor le joug humain ? Mais on souffre là-bas, pourtant, et Ton m'appelle.
YADARA
O toi qui sus dompter la vérité rebelle.
Conduis-la près de nous. Maître, car j'ai promis
A ces braves marchands dont j ai fait tes amis.
Que tu savais comment on guérit toute peine.
Et la fin du malheur et la route certaine
Qui conduit au repos. Et lorsque nous avons
Rencontré tout à coup, au bas de ces vallons,
Tes disciples fuyant et maudissant leur maître,
Jai crié malgré tout: « Non, cela ne peut être!
« Si ces hommes, vraiment, ont pour lui du mépris,
« C'est qu ils sont des méchants ou qu ils n'ont pas compris ! »
Et les marchands ont cru la pauvre courtisane.
PREMIER MARCHAND, à Gautama.
O Maître ! on a pillé toute la caravane :
Des étofies de soie et du bois de santal.
Des gemmes et de lor! Notre pays natal,
Nos amis, nos enfants, nos femmes et nos pères,
Auraient dû nous revoir opulents et prospères. Hélas ! tout est perdu ! Nous voilà ruinés !
Quel mal avons-nous fait, Maître?
GAUTAMA
Vous êtes nés !
SECOND MARCHAND
Mais nul de nous pourtant ne demandait à naître
GAUTAMA
Nul de vous n'a non plus rien fait pour ne pas être. Vous comprendrez bientôt. Mais ne craignez plus rien ; Je descends parmi vous pour briser le lien Qui vous enchaîne tous au fond obscur du gouflfre Où 1 homme ne se sent vivre que quand il souffre.
PREMIER MARCHAND
Où donc trouver la paix.-^
SECOND MARCHAND
Où trouver le bonheur.'^
GAUTAMA
En fuyant ce qui ment, en fuyant ce qui meurt.