ACTE III. — SCENE I
Serait un justicier et non un assassin ;
Car, depuis vingt saisons, sa parole perfide.
Autour des saints les plus respectés, fait le vide.
Jusqu'à présent, malgré des milliers d'imposteurs,
Les grands brahmes marchaient escortés d auditeurs
Zélés et généreux ; nous avions tous les nôtres :
Natapoutta, moi-même, et Makali, tant d'autres...
Et Purna... Nous allions de pays en pays.
Partout comblés d'honneurs et partout obéis.
Mais aujourd'hui, c'est Gautama seul qu'on respecte.
Des rois ont enrôlé leur peuple dans sa secte ;
Des rois.'^... des fous plutôt, puisqu'ils n'ont pas compris
Que ce qu'il prêche, leur Bouddha, c'est le mépris
Du faible pour le fort, du pauvre pour le riche.
Les familles sans fils et les terrains en friche.
Et la désertion des camps et des combats !
Non satisfait d'anéantir tout ici-bas.
Il rêve de porter la mort dans l'autre vie.
11 est temps de tarir cette source d'envie,
Cette source de haine et de mort!
MAHANA
C'est pourquoi Il faut nous employer à sauver notre roi.
Gautama va parler; nos voix insidieuses
8o LE NIRVANA.
L'acculeront à des réponses factieuses.
Empêchons-le de se dérober: il faudra
Qu'il nous dise qu un prince est l'égal d'un coudra,
Qu'un tchandala peut être aussi grand qu'un brahmame.
DÉVADAT
De même, parlons-lui de cette courtisane
Qui partout le précède, ou l'escorte, ou le suit.
MAHANA
On me la signalée hier avant la nuit;
La belle Ambâpali dans son palais l'abrite.
DÉVADAT
Dévoilons devant tous sa doctrine hypocrite
Qui, prenant pour appui nos plus lâches instincts.
Interdit le travail et permet les festins.
MAHANA
Nobles et gueux, obtiens que la foule murmure; Je me charge de tout le reste : l'œuvre est mûre.
DÉVADAT
Crois-tu ?