ACTE III. — SCÈNE IV
DÉVADAT
Doit-on mourir de faim?
GAUTAMA
Il faut vous dégager De tout attachement aveugle et mensonger.
Quoi! pour édifier la plus humble chaumière, Vous cherchez un sol ferme, une durable pierre; Vous choisissez un site où vous et vos enfants Puissiez être à labri des fleuves et des vents, Et sitôt qu^l s'agit de votre œuvre suprême, Loin de 1 édifier sur Téternité même, Que faites-vous? Vous lui donnez pour fondements Un sol à la merci de tous les éléments, Un sol qui glisse, fuit, s'évanouit et croule, Plus instable que les nuages et la houle!
Amis! sur quoi bâtissez-vous votre repos?
Sur vos trésors, sur vos moissons, sur vos troupeaux? Sur le feu, sur la grêle et sur la maladie!
DÉVADAT, avec sarcasme, à la foule.
Gautama, cependant, auprès de vous mendie.
GAUTAMA
Ces biens dont vous croyez être les possesseurs.
Font de vous leur jouet et sont vos oppresseurs Au contraire, ouragan qui vous roule et vous broie : Le corps possède-t-il la vague qui le noie?
Comprenez ma parole, ô pauvres naufragés!
Ouvrez vos yeux! ouvrez vos esprits! allégez Votre âme de son lest de cendres et de sable; Jetez dans TOcéan du monde périssable Tout ce qui n est pas âme et votre âme aussitôt Échappera, légère, à l'étreinte du flot.
DÉVADAT, à la foule.
Oui! c'est cela! jetons tous nos biens, tous, en masse, Pour que la bande de Gautama les ramasse.
Ensuite, ils daigneront peut-être, en vérité, Nous faire, avec nos propres biens, la charité.
(Quelques ricanements dans la foule.) GAUTAMA, à Dévadat.
Lance, contre le vent, lance de la poussière; Aveuglante, elle reviendra vers ta paupière.
Ainsi rinsulte faite à tout cœur vraiment pur Revient vers Tinsulteur et lui cache Tazur.
G est pourquoi les méchants vivent leur vie entière, l'âme pleine d'affronts, les yeux pleins de poussière.
(Murmure d'approbation dans la foule.)