ACTE III. — SCKNE VI
Laisse toujours chacun répondre pour lui-même.
Au plus profond des cœurs, je sais lire un blasphème;
Au plus profond des cœurs, je sais, pareillement,
Voir un trésor d'amour que le geste dément.
Par la faute d autrui n excuse pas ta faute.
Si tu tes avancé contre moi, Tarme haute,
C'est quun autre que toi mit dans ta main ce fer;
Mais cet autre que toi^ pauvre homme, c'est ta chair,
Océan d'appétits vils, de boue et de bave
Où l'âme, au lieu d'être un navire, est une épave.
Tant qu'elle mêle un rien de terrestre à ses vœux.
(Tendant le poignard au bourreau.)
Prends ce fer!
(A Angoulimata.)
Laisse-toi couper quelques cheveux.
(Le bourreau exécute Tordre. — Au bourreau.)
Donne-les-moi ! C'est tout ! ta besogne est finie ! Mais rends-lui son poignard!
(Le bourreau obéit et se retire. — A Angoulimata.)
Ton âme était unie A ces cheveux ainsi quau reste de ton corps; Ainsi, de même, elle est unie à ses remords.
De même à ses désirs, ses amours et ses haines, Prisonnière qui se confond avec ses chaînes!
ANGOULIMATA
O Maître! que ton nom soit à jamais béni Par ma voix !
LA FOULE
Gloire, gloire au Çakya-Mouni!
GAUTAMA, à Angoulimata.
Comme de ces cheveux, sépare donc ton âme
De ce qui nest pas elle et qui seul est infâme!
Vois combien, dès qu ils sont perdus dans les lointains,
Nos plus sanglants dépits nous semblent enfantins!
Et tout devient lointain si vite ! Ta colère
Contre moi te paraît déjà bien étrangère
A ton âme! Je crois que tu ne me hais plus!
ANGOULIMATA
Je ne hais que moi !
LA FOULE
Gloire à Télu des élus !
GAUTAMA
Il te faut ne haïr toi-même ni personne.
Car même le dédain de soi nous empoisonne.