UNE CHANTEUSE
ANSEUSES, venez par essaims En faisant vibrer vos seins; Que vos torses, que vos reins, Que vos bras aux cadences lentes, Moulent aux yeux des amants Les plus subtils mouvements De vos âmes roucoulantes!
Rampez, tordez-vous, languissez!
Et qua l'appel clair des baisers,
Vos petites ^mes troublantes, Se haussant tout le long de vos nerfs anxieux,
Montent s'exhaler dans vos yeux, Ainsi que monte, dans les fleurs, lame des plantes!
GAUTAMA, à part.
Ne plus penser!... Comme une épave au gré des mers,
Abandonner son âme au clapotis des nerfs;
Être calme ou troublé, selon le vain caprice
D'un flot qui, tour à tour, s'endort ou se hérisse;
Enclos dans le Présent comme en une prison.
Interdire à ses yeux de sonder Thorizon!...
Le bonheur n'échoit-il qu a celui qui végète ?
Le bonheur, se peut-il vraiment qu'on ne l'achète
Q uen renonçant au droit de penser?...
YADARA, contemplant Gautama.
C'est en vain Que mon œil mendiant le poursuit!...
GAUTAMA, toujours à part.
Car enfin, Ne suis-je pas le seul que la vie importune.^ Je ne vois que des gens heureux de leur fortune, Heureux de respirer et d'aimer; l'air, les champs,