ACTE I. — SCENE I
Les bosquets sont remplis de danses et de chants;
Sous Téclat du soleil et dans les ombres vertes
N'apparaissent que fleurs et lèvres entrouvertes
Qui m'offrent leurs parfums, qui m'offrent leurs baisers...
Et pourtant, chaque jour, je sens plus oppressés
Mon esprit et mon cœur. Ainsi que l'antilope
Pressent et guette le danger qui l'enveloppe,
Bien avant que son œil ait vu l'arc du chasseur,
Pressentirais-je donc quelque immense malheur?
Mon être gémit-il d'une douleur future?...
YADARA
Si je pouvais savoir ce que son cœur murmure!
(Aux danseuses et aux joueuses de luth.)
Suspendez votre danse! Arrêtez vos accords!
Il n'entend pas les sons et ne voit pas les corps :
Ses sens semblent trouver leur pâture en lui-même.
(A part, en se rapprochant de Gautama.)
Près de lui, le baiser me paraît un blasphème. Pourquoi ?
(Elle s^assied auprès de Gautama et Tattire doucement à elle. Il laisse aller sa tête sur son épaule, sans ouvrir les yeux.)
Ne puis-je rien, Prince, pour t apaiser?
Je suis l'amie et non l'amante : aucun baiser Ne palpite, appelant ta bouche vers la mienne;
Prends une sœur qui, sans te troubler, te soutienne ; Je ne veux plus te voir malheureux... Parle-moi!
GAIJTAMA, à lui-même.
Rahoula !
YADARA
Sois-en fier! Ton fils...
GAUTAMA, se levant, sans récouter.
Vivre?... Pourquoi.^...
(Yadara se lève aussi. Gautama Tarrêtc d'un geste et s'éloigne. Yadara se rassied, découragée; la chanteuse quitte la scène, les danseuses et les joueuses de luth s'étendent sur le gazon.)