‹ Le nombre musical grégorienChapitre 164 sur 534 · EXÉCUTION DE LA PREMIÈRE FORME DU SALICUS · texte numérisé non relu

EXÉCUTION DE LA PREMIÈRE FORME DU SALICUS

511. — Les auteurs ne nous disent rien de l'interprétation de ce groupe, elle doit être demandée aux manuscrits. La réponse qu'ils nous donnent permet d'adopter l'exécution suivante.

Ainsi que l'insinue le nom même de salicus, — salire, sauter — la voix, après avoir effleuré la première note, rebondit de suite sur la deuxième, celle qui est figurée par un signe particulier ; elle s'y appuie comme sur un pressus, mais moins longtemps et moins fortement. C'est donc sur la deuxième note de ce groupe

que doit se placer l'ictus rythmique. Et, comme cet ictus est un peu prolongé, il sera marqué du trait romanien ou épisème horizontal

Fig. 412

ou simplement de l'épisème vertical.

S .11 „ Il

Dans les deux exemples l'ictus rythmique se pose sur la note salicus.

512. — Les faits sur lesquels s'appuie cette interprétation sont les suivants :

1° Équivalences neumatiques dans les manuscrits sangalliens; 2° Lettres romaniennes ;

30 Emploi, dans les manuscrits messins, Laon, Verceil, Milan, d'un signe unique pour ]e pressus et le salicus; 40 Équivalences dans le manuscrit de Laon ; 50 Adaptation du texte au salicus.

Reprenons très brièvement chacun de ces faits.

513. — 1° Équivalences neumatiques dans les manuscrits de Saint-Gall.

Les deux notes supérieures sont remplacées soit par le pes quadratus J, soit par le pes quassus </.

On se rappelle que le pes quadratus et surtout le pes quassus exigent l'un et l'autre un appui sur la première note, et que, dans le pes quassus, cet appui va parfois usqu'à doubler la note (II. 72, 73)-

514. — Le salicus de quatre notes présente les mêmes équivalences :

Fig. 415

515. Par ailleurs l'équivalence suivante, très rare il est vrai,

e rfe-

fâci- as nos in voce tu- bae

Fig. 4.16

semble indiquer que, dans certains cas, il ne devait pas y avoir en pratique une différence bien sensible entre ces deux notations : une nuance, un appui plus marqué, 'pXw.'à pressé sans doute dans le cas de salicus, mais rien de plus.

516. — Le remplacement du salicus o par le simple scandicus .• est si rare dans les codices de Saint- Gall, qu'il est à peine utile de le mentionner : on le rencontre deux ou trois fois sur des centaines d'exemples. Il faut l'attribuer à une distraction de copiste. Les codices sont d'une admirable fidélité dans l'emploi du salicus, on sent que les notateurs y attachaient de l'importance.

517. — 2° Lettres romaniennes. — Il ne faut pas s'attendre à trouver de nombreuses lettres sur un signe qui, pour les anciens, avait par lui-même une signification fort claire d'appui et de longueur. Mais, du moins, est-il nécessaire que les lettres employées soient une confirmation de cette valeur rythmique. En fait, il en est ainsi,

Fig. 417

Le / = tenete — est bien connu, il est significatif Le/ employé assez rarement dans les manuscrits romaniens, l'est plus souvent dans le Bamberg lit. 6. Notker le caractérise ainsi : Ut cum fragore seu frendore feriatur efflagitat, et le

manuscrit 371 de Saint-Thomas de Leipzig : « Ut cum fragore feriatur (IL 92).

518. — Presque jamais les manuscrits de Saint-Gall ne font usage du c (celeriter) sur la note du salicus ; du moins nous ne l'avons pas encore trouvée à cette place, sauf dans quelques très rares exemples de Hartker.

Les manuscrits messins vont confirmer la force et la longueur du salicus.

519. — 3° Pressus et salicus figurés par un signe identique dans les manuscrits d'écriture messine.

'Lt pressus messin affecte la forme que l'on peut voir ci-dessous aux figures 418 et 419. Ce signe s'appose à la note qu'il doit allonger, de deux manières :

Ou bien il y est adhérent :

LaoD239

tt

clivis orAmairt; pressus et

punctum.

Fig. 418

Ou bien il en est détaché :

Laoa239

HîZ

Pes subbipunctis, pressus tX. punctum long.

Fig. 4tg

520. — Or le même signe sert de note centrale au salicus dans la notation messine, avec cette différence qu'il est là, seul, c'est-àdire sans être apposé graphiquement à une autre note.

Fig. 420

11 y a bien quelques nuances d'écriture entre manuscrits, ou dans le même codex, mais il est inutile d'entrer ici dans ces détails.

Cet emploi du même signe pour le pressus et le salicus serait décisif en faveur de la force et de la longueur de cette dernière note, si, dans cette même notation, \oriscus, léger par nature, n'était figuré par un signe semblable. On dirait que l'École de Metz se serait servi de ce signe unique, pour représenter les trois neumes dérivés de X apostropha — pressus, oriscus, salicus — contrairement à Saint-Gall, qui donne à chacun d'eux trois formes bien distinctes.

521. — Quoiqu'il en soit de cette identité des signes, il semble que le notateur messin, afin de prévenir l'identité d'exécution entre le pressus et le salicus, ait pris ses précautions ; très souvent le manuscrit de Laon ajoute, à la note salicus, un ^ = celeriter, qui a pour but de diminuer la longueur du signe, et de le réduire à la juste valeur qui convient au salicus.

Laon 239

S. Gall

Off. Laetentur

Lae- tentur

On ne s'étonnera pas de trouver la lettre c sur une figure neumatique, longue de signification ; car les manuscrits sangalliens font sans cesse usage de cette lettre sur Xq pressus lui-même, lorsque celui-ci doit être exécuté légèrement.

522. — 40 Les équivalences datis le manuscrit de Laon. — Les manuscrits de Saint-Gall sont d'une constance et d'une fidélité extraordinaires dans l'emploi du salicus; là encore, ils sont les maîtres et les modèles.

Les manuscrits d'écriture messine sont moins fidèles ; ils ont sur ce point des oublis et des négligences qui sentent la décadence r parfois, ils- abandonnent le salicus qui se transforme en simple scandicus. Toutefois, ces erreurs ne sont paS' irréparables.

523. — D'abord la seule comparaison avec les documents de Saint-Gall nous donnerait le droit de ramener au salicus tous les

Rythme Grég. — 25

scandicus messins qui, s'écartant de la tradition, étaient primitivement des salicus; il y a mieux encore.

La comparaison des mêmes passages mélodiques dans les manuscrits messins — ou même dans un seul manuscrit, celui de Laon par exemple, — nous met à même de constater que ces écarts sont le fait de copistes inattentifs; car, pour le même neume, dans la même mélodie, ils emploient tantôt le salimsy tantôt le scandicus, là où Saint-Gall n'emploie que le premier de ces groupes. Nous sommes donc en droit de rétablir partout des salicus.

524. — Mais voici qui est plus important; cette restitution n'est pas toujours nécessaire ; car les scandicus erronés de Laon sont parfois ramenés à la valeur du salicus original, au moyen de la forme spéciale donnée au groupe, et, surtout, au moyen de la lettre significative a (augete), accolée à la note centrale :

ce qui constitue une véritable équivalence et confirme, encore une fois, l'appui et la longueur de la note centrale : Exemples :

Laon 239

S. Gall

0£f. Deus firmavit

tu es Fig 423

/ Laon 239 ^^

S. Gall

Off. Tui iunt

tu fun- dàsti Fig. 424^

Einsied. 121 /^t f A A A

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