De même
Le rythme mesuré sera musical, s'il s'applique aux sons purs ; exemples : tous les genres de musique instrumentale.
Le rythme mesuré sera oratoire, s'il s'applique aux paroles > exemple : la poésie.
Le rythme mesuré sera musical et oratoire, s'il s'applique à la fois aux sons et à la poésie.
Les quelques divisions que nous venons d'énumérer — il y en a d'autres — suffisent pour indiquer la place occupée par le rythme grégorien dans l'ensemble de la géographie rythmique.
90. — Par suite, les qualificatifs, libre ou mesuré, indiquent la forme du rythme; les qualificatifs, musical ou oratoire, indiquent seulement la matière informée par le rythme.
91. — Le rythme, ou nombre musical grégorien, appartient au rythne libre (solulus), et, sous le rapport dont nous avons parlé, (no 86) ce rythme est plus naturel que le rythme régulièrement mesuré.
92. — f) Analyse éléine?ttaire d'une succession de rythmes simples- Sa nécessité, sa nature. — Cette analyse est précisément celle que nous venons de faire. Elle consiste à négliger momentanément l'étude des grandes divisions rythmiques, phrases, membres, incises, pour concentrer l'attention sur les degrés les plus infimes de l'échelle rythmique : le rythme élémentaire, avec son élan et son repos. Cette analyse tient compte uniquement des plus petits éléments du rythme, elle les dissèque, pour ainsi dire, afin d'en étudier et d'en constater la construction anatomique. Elle considère chaque rythme, iambique ou spondaïque, inégal ou égal, à part et comme complet, donnant à chacun son élan et son repos.
Dans cette analyse, tout ictus rythmique est nécessairement thétique, et seulement thétique, parce que tout ictus rythmique est Je point d'arrivée ou de cadence d'un élan qui l'a précédé ; cet ictus termine le rythme ; le levé qui vient ensuite appartient au rythme suivant :
ÉLAN Repos ERE
Fig- 43
93. — Connaître l'analyse élémentaire d'une mélodie et la place de tous les ictus rythmiques est sans contredit d'un grand secours pour l'exécution et d'une nécessité absolue pour l'harmonisation ( I ) ; mais se servir pratiquement de cette connaissance pour détailler, déchiqueter un à un les rythmes simples et réduire la mélodie en miettes serait faux, inepte, inesthétique.
La connaissance anatomique du squelette humain est nécessaire au peintre, au sculpteur, mais elle n'est que le point de départ
(i) En musique moderne, en musique palestrinienne nous connaissons sans hésitation la place de tous les ictus rythmiques.
pour la réalisation de son idéal. Ainsi cette distinction os par os, rythme par rythme, de la mélopée jusqu'en ses derniers éléments doit-elle demeurer surtout dans le domaine de l'analyse théorique.
94. — Cependant elle ne peut être négligée : de même que le squelette humain est à la base des plus belles productions de la sculpture, ainsi les faits que nous révèle cette analyse élémentaire sont à la base des plus belles constructions rythmiques. Cette analyse a sa nécessité, moins pour elle-même, que parce qu'elle nous conduit à la synthèse du temps composé. Cette synthèse consiste à ne compter que pour un seul temps rythmique les deux ou trois unités simples qui se trouvent entre les deux ictus successifs déterminés par la marche des rythmes élémentaires.
95. — Analyse par temps composés. — L'analyse de la phrase musicale ne se fait plus alors par une succession haletante, une répétition entrecoupée des rythmes élémentaires :
R. ÉLéMENT. R. éLÉMENT. R. I^LÉMENT.
Fig. 44
mais bien par une succession large, calme, des temps composés intimement liés entre eux :
In
Temps composé
Temps composé
Temps composé
Temps composé Temps composé Temps composé
Ftg. 45
Cette analyse de la phrase musicale, nous la nommons analyse par temps composés. Elle est plus noble, plus esthétique, plus réelle aussi que l'analyse par rythmes élémentaires; elle en conserve tout ce que celle-ci contient d'essentiel, c'est-à-dire tous les ictus rythmiques, et en écarte l'essouflement pénible qui la caractérise.
Avec cette analyse, nous nous élevons d'un degré dans la connaissance du grand rythme.
Nous en parlerons plus loin. (Cf. n. 125).
ARTICLE m. — LE RYTHMÉ ET LA FORCE DES SONS. ORDRE DYNAMIQUE.
§ I. — Modifications dynamiques, leur triple but.
96. — Jusqu'ici le mouvevient rythmique s'est manifesté à nous au moyen des seuls phénomènes appartenant à Xordre quantitatif — durée variée des temps simples — ; maintenant il faut ajouter à ce premier ordre, les phénomènes d'intensité qui relèvent de Xordre dynamique : force et faiblesse des sons, crescendo et decrescendo des séries de notes ou de syllabes.