ÉLAN
immédiatement sur la seconde : — m- ^—
Un élan ordinaire embrasse deux notes et s'achève sur la
troisième : — #--# f-
Fig. 62
Un élan plus soutenu, plus vigoureux, s'étendra jusqu'à trois
notes, et trouvera son repos sur la quatrième : — é-^J-ë — p-
Fig. 6j
La réunion de deux ou trois notes dans un seul temps composé rythmique arsique vient donc de l'énergie plus ou moins grande de l'élan ; ce qui revient à dire que la formation des temps composés est due au rythme, au mouvement rythmique.
119. — L'élan pourrait être plus énergique encore; mais après trois notes, il y aurait reprise d'élan deux, trois, quatre fois, dans les grands mouveinents rythmiques et mélodiques. C'est le cas pour le rythm,e composé.
120. — La thésis peut recevoir la même extension ou se trouver répétée comme l'arsis. Le repos peut donc se prolonger sur deux ou trois notes et parfois sur deux ou trois temps composés, comme nous le verrons aux chapitres consacrés à l'étude des rythmes composés. (135 et ss.)
121. — Remarque. — Dans l'analyse par temps composés, le temps composé binaire ou ternaire est considéré comme un temps unique du rythme. Il est rythmiquement indivisible ; les deux ou trois notes qui le forment
J!!3 ou J!73-
. Fig. 64
sont pratiquement si unies qu'elles sont comprises dans l'espace
Arsis Thésis
d'une seule arsis ou d'une seule thésis : — JCj f-é —
Fig. 65
ce qui apparaît mieux encore si la mélodie se joint au rythme pur
Arsis Thésis
Fig. 66
Rythme Grég. — 5
et plus clairement encore avec des paroles :
Thésis
Domi-nus es D6-mi-nus es
Fz£^ 67.
^ 2. — L'ictus rythmique se place tantôt à l'arsis tantôt à la thésis
122. — La présence à l'arsis de temps composés binaires ou ternaires soulève un nouveau et très intéressant problème.
En effet, si un temps composé »Q ozi — JlJ J peut
Fig. 68
se trouver soit à l'arsis, soit à la thésis du rythme, il s'ensuit que Yictus rythmique qui commence chaque temps composé peut, lui aussi, trouver place tantôt à Xarsis, tantôt à la thésis.
Qu'il soit à la thésis, nulle difficulté ; car, jusqu'ici dans nos exemples, l'ictus rythmique a toujours coïncidé avec elle.
Mais que cet ictus prenne place à Xarsis, ceci semble impliquer une contradiction manifeste. Quel peut bien être Vélan d'un ictus rythmique, ou, pour parler plus net, Vélan d'une thésis ? Ces deux termes s'excluent l'un l'autre.
123. — Expliquons ce mystère. L'exposition des différentes analyses auxquelles on peut soumettre une phrase mélodique va nous en donner la clé :
à) Analyse rythmique élémentaire ;
b) Analyse rythmique par temps composés ;
c) Analyse rythmique proprement dite ou par membres de phrase, par arsis et thésis.
124. — En analyse rythmique élémentaire, l'ictus rythmique est toujours, et seulement tliétiq^ie, parce qu'il est toujours et seulement
le point terminus des rythmes simples; il n'a pas d'autre rôle. Dans ce cas, le temps composé n'est pas considéré comme un seul temps rythmique, mais il est divisé, en sorte qu'un ou plusieurs de ses éléments forment une arsis, et les autres une thésis.
Rythme
Élémentaire
Rythme
Élémentaire
Rythme Élémentaire
Mesure ou Temps Composé
Mesure ou Temps Composé
Fig. 6g
Ici le dernier temps de chaque mesure, c'est-à-dire la croche remplit, à elle seule et uniquement, la fonction d'arsis ; tandis que le premier et second temps de la mesure, représentés par la noire, jouent le rôle de thésis. Chaque petit rythme divise nettement la mesure en deux parties. C'est l'analyse élémentaire.
Sans doute, elle a parfois sa justification et son fondement dans les rythmes objectifs ; mais souvent aussi cette décomposition des temps composés est impossible ; ou, si on l'emploie, elle ne fait que défigurer ou même détruire le dessin rythmique voulu par le compositeur. C'est ce qui arrive dans le cas d'un temps composé binaire ou ternaire tout entier à l'arsis.
Il faut donc écarter l'analyse élémentaire pour y substituer l'analyse par temps composés^ ou mieux encore l'analyse rythmique proprement dite par élans et repos.
125. — Analyse rythmique par temps composés. — \J analyse rythmique par temps composés considère le temps composé, binaire ou ternaire, comme un temps unique, rythmiquement indivisible. Elle marque d'un touchement tous les débuts de temps composés (mesures) ; elle ne distingue pas encore si ces groupes seront, dans le grand rythme, à l'arsis ou à la thésis ; elle va de l'un à l'autre au moyen d'une suite de baissés et de touchements, et enchaîne ainsi tous les groupes métriques ou temps composés.
126. — Les rythmes simples développés qui nous occupent en ce moment
etc.
n'ont donc pas, dans cette analyse, d'arsis au premier groupe ; ce groupe, comme le dernier, est un baissé :
Fig. 71
Les notes i et 4, débuts de chaque temps composé, sont marquées de l'ictus :
Fig. 72
De là, le nom d^ analyse rythmique par temps composés donné à ce procédé.
127. — Ce procédé, bien qu'inférieur à \ analyse rythmique proprement dite, par élans et repos, est légitime ; il s'appuie sur cette règle fondamentale que le rythme marche à pas binaires ou ternaires (84). Il doit être, en conséquence, à la base de tout rythme ; mais il ne peut suffire. Il est incomplet ; il ne correspond pas d'une façon adéquate à la réalité concrète des rythmes, et ne donne pas la compréhension parfaite des vrais mouvements, des larges envolées qui constituent les grandes phrases mélodiques.
Toutefois cette analyse est en progrès sur V analyse élémentaire; car elle réalise la synthèse des temps composes et rend palpable
leur indivisibilité rythmique. Elle crée une tmitéy binaire ou ternaire, plus large, plus puissante que l'unité infime des temps simples, et conduit par ce moyen à une intelligence parfaite des plus vastes systèmes rythmiques.
128. — Analyse rythmique proprement dite par élans et repos. — Pas plus que l'analyse élémentaire, X analyse par temps composés ne soulève la difficulté de Xélan d'un ictus rythmique ou d'une thésis. Ce problème ne se présente que si nous rythmons le motif
Arsis Thésis
proposé comme il doit l'être par élan et repos : ^Q-3 ^
c'est-à-dire si nous attribuons Xélan ou arsis au premier groupe, la thésis ou repos au second.
Il est évident que, dans ce cas, l'expression ictus-rythmique perd le sens exclusivement thétique qu'elle avait dans les analvses précédentes; car ici, l'ictus rythmique, partageant le sort du groupe ternaire arsique, dont il est le début, est arsique lui aussi- Au contraire, il reste purement thétique sur la noire.