‹ Le nombre musical grégorienChapitre 283 sur 534 · Autre texte à.' Aristoxèiie · texte numérisé non relu

Autre texte à.' Aristoxèiie

« Ce qui nous sert à marquer le rythme et à le rendre sensible, c'est le pied, pris isolément ou en série. Ces pieds se composent, les uns de deux temps : le temps d'en haut, arsis, et le temps dV« bas, thésis; d'autres de trois temps, deux en haut et un en bas, ou bien un en haut et deux en bas; d'autres enfin de quatre temps, deux en haut et deux en bas. Il est donc bien manifeste qu'il ne peut y avoir un pied d'un seul temps, puisque une seule figure (i) ne fait pas de division de temps. Sans division de temps, en effet, un pied ne semble pas pouvoir exister » (2).

315. — Ces textes s'éclairent et se complètent l'un l'autre. Leur doctrine peut se résumer ainsi :

a) Sauf le monosyllabe, tout mot est un rythme (Denys d'Halicarnasse) ;

b) même un mot de deux syllabes brèves (Terentianus) ; • 6) et chaque syllabe a son ictus individuel, est un temps

premier; à la première convient l'arsis, à la seconde, la thésis (Diomède).

316. — Il est à remarquer que l'enseignement rythmique des anciens ne fait jamais mention de V intensité, mais seulement de la durée des syllabes, et de leur place à l'arsis ou à la thésis, au <( temps en haut » ou au « temps en bas » , selon les expressions d'Aristoxène.

317. — Principes fondamentaux de rythmique. — Rien de plus clair, rien aussi de plus conforme aux principes exposés dans la Première partie du Nombre Musical (ch. v, n°s 57-58, p. 44) :

« Il faut nécessairement au moins deux ictus individuels — égaux

(i) « Figure » explique M. Laloy, {Aristoxhte... p. 298), a ici le sens de temps rythmique, levé ou frappé.

(2) R. Westphal, Die Fragmente und die Lehrsàtze der Griechischen Rhythmiker. P. 33. M. 1-18. — <L Que le pied, continue Aristoxène, prenne plus de deux figures, il faut en accuser les dimensions des pieds. Les petits pieds, en effet, dont la dimension peut facilement se saisir d'un coup, sont suffisamment sensibles rien que par deux figures. Mais, avec les grands pieds, c'est le contraire qui se produit. Ayant une dimension difficile à saisir d'un coup, ils ont besoin de plusieurs figures pour que, divisée en plusieurs portions, la dimension du pied entier devienne plus sensible. On montrera plus loin pour quelle raison les figures que le pied emploie selon sa propre puissance ne peuvent être plus de quatre. »

OU inégaux en durée — pour former le plus petit rythme possible ; une seule longue de deux ou trois temps simples ne peut donner naissance à un rythme » .

Puis nous donnions cet exemple d'un rythme simple ou élémentaire, arsis unaire et thésis binaire :

Fig'- 94-

à l'aide duquel nous introduisions les notions A' élan et de repos, é' arsis et de thésis, qui sont de l'essence même du rythme.

Un peu plus loin, n° 113, nous enseignions que Va7'sis, ainsi que vient de le dirç Aristoxène, peut se développer et s'étendre à tout un temps composé, soit binaire, soit ternaire :

^Ç^ ^uj^

Fig- 95-

11 fallait rappeler ces deux principes. Reste maintenant à les appliquer aux mots latins.

318. — Application de ces principes au mot latiji. — Les groupes de syllabes qu'on appelle mots ont en effet de grandes analogies avec les groupes de notes; souvent il est permis de les assimiler, au point de vue rythmique, et de leur appliquer les mêmes règles.

Nous n'avons pour cela qu'à rapprocher, des textes des auteurs latins que nous venons de citer, la doctrine de Dom J. Pothier rappelée en tête de ce chapitre.

319. — Chaque mot isolé, pris en soi, est l'énoncé iXujic idée. L'idée n'est exprimée que si les syllabes, au lieu d'être simplement juxtaposées, sont mises en relation les unes avec les autres pour former un mouvement unique, complet, qui se suffit à lui-même.

En d'autres termes, tout mot isolé forme un r}thme, qui se termine à la thésis, c'est-à-dire à l'ictus ou touchement rythmique.

A l'accent, qui précède la thésis, correspond Vnrs/s. Et ce qui fait l'unité du mot latin, c'est précisément cette union de l'arsis et de la thésis, cette retombée de l'accent sur la finale.

320. — Cette notion du rythme du mot iso/e, qui est celle de Dom J. Pothier, interprète fidèle de la pensée des anciens, cadre merveilleusement avec tout ce que nous avons vu jusqu'ici.

Dans les articles précédents du présent chapitre, nous avons montré comment la mélodie, l'intensité et la durée des mots latins conspirent pour fondre les syllabes en une seule unité : -< La montée mélodique et le crescendo dynamique, disions-nous n» 298, entraînent les syllabes antétoniques vers la syllabe aiguë; elles courent, elles volent vers cet aimant qui les attire » .

La syllabe aiguë à son tour possède toutes les qualités qui conviennent à l'arsis du rythme ; nous savons, par notre longue étude du ch. v, que la syllabe d'accent tonique latin, au point de vue mélodique, quantitatif et intensif, est aiguë, brève et forte.

Or l'acuité, la brièveté, une discrète intensité sont précisément les caractères de l'élan ou arsis dans le rythme naturel.

321. — Un élan suivi d'une retombée, le centre du mot et son principe de vie, tel est donc le râ/t^, tout spintucl, de l'accent dans le mot latin; telle est aussi, croyons-nous, la caractéristique essentielle de l'accent latin. Avant toute autre chose, il est un élan; et c'est sans doute parce qu'il est élan, qu'il fut à l'origine et qu'il est resté, jusqu'à l'époque de la décadence de la langue latine, aigu et bref; pour cela aussi qu'il est devenu légèrement intensif.

Et l'étude détaillée et impartiale de tout le répertoire grégorien que nous allons tenter maintenant ne fera que confirmer cette assertion.

322. — On le voit, l'influence de l'accent aigu dépasse de beaucoup la syllabe qui le porte ; elle s'étend à toutes les syllabes du mot. Et c'est pourquoi nous étions fondé à distinguer plus haut Vaccetit qui appartient à la seule syllabe accentuée, et V accentuation qui englobe le mot tout entier.

C'est la justification absolue de l'adage des anciens : « accentus, anima vocis ».

323. — Notons encore que le rôle arsique normal de l'accent diffère un peu selon que le mot est spondaïque ou dactylique. Le r\lhme du spondée est celui-ci :

Fig. ç6.

finale à la thésis, accent à l'arsis simple du rythme élémentaire. Celui du dactvle :

D6- mi-| nus Fig. Q7.

finale à la thésis, accent à l'arsis composée du rythme simple. Toutes ces notions s'éclaireront par la suite.

324. — Telle est la physionomie normale du mot latin isolé, pris en soi, c'est-à-dire abstraction faite de sa position dans ?ine mélodie quelconque.

Mais il est bien clair qu'en entrant dans un tout, il peut perdre ou modifier quelque chose de sa personnalité. D'où, dans la pratique, la très importante distinction entre mots-rythmes et mots-temps.

B. Distinction entre mots-rythmes et mots-temps.

325. — Il faut se rappeler ici la distinction fondamentale établie plus haut ( I ) entre les grotipcs-rythmes et les groupes-temps :

a) lea premiers, caractérisés par le posé rythmique qui affecte la dernière note, double ou simple :

(i) I" vol. IF partie, n"^ 266 et suiv.

/') les seconds, par l'absence de posé rythmique sur cette même note, par exemple les trois groupes suivants :

2ES

I^ig- 99-

826. — Une distinction identique doit être établie entre les viots-rythuies et les viots-temps.

Ceci n'est pas en contradiction avec ce que nous ont dit les auteurs cités ci-dessus, mais complète leur doctrine (i).

Tous les mots, sans exception, on le verra dans la suite, rentrent dans l'une ou l'autre de ces deux catégories.

Nous n'avons donc qu'à répéter littéralement ce que nous avons dit ^QS groupes, en l'appliquant aux mots.

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