Cependant on peut établir ce qui suit
Il en est des mélodies légèremetit ornées, comme des mélodies syllabiques :
a) ou bien la mélodie suit le mot, se pliant à sa marche naturelle : l'accent tonique domine alors, sur l'échelle musicale, toutes les syllabes ;
b) ou bien elle s'affrandiit nettement du texte, renversant les mots et plaçant les syllabes aiguës au bas de l'échelle;
c) ou enfin elle hésite, parce que, entre ces deux cas extrêmes et bien délimités, il existe une infinité de nuances mélodiques, de mouvements capricieux qu'il faut savoir démêler et saisir. Quelquefois la cantilène n'abandonne la direction mélodique des mots que pour un instant et au moyen d'intervalles mélodiques très réduits; elle y revient ensuite, pour la quitter de nouveau; on dirait qu'elle hésite, qu'elle louvoie entre ses droits et ceux du texte.
C'est ici que, sans être abandonné à lui-même, le chantre doit se révéler artiste, en accordant à la mélodie ou au mot ce qui leur convient. 11 y a là nombre de petits problèmes, que le goût d'un artiste peut seul résoudre.
Essayons cependant d'y voir clair, et de trouver, autant qu'il est possible, une ligne de conduite pour chacun de ces trois cas, étudiés au moyen d'exemples tirés du répertoire grégorien.
§ 1. — La Mélodie suit la marche naturelle des mots, (i)
A. Une syllabe antétonique.
Ego autem.
2) fnt.
IncWna.
3) Cam. ^
Tu mandâsti.
4) fnt. s
Exsultâte. f
5) fnt.
Etenim.
6) fnt.
Sapiéntiam..
7) fnt. I
Loquébar.
quae
(i) Dans ce tableau, comme dans les suivants, nous écartons parfois les neumes, pour la facilité de la chironomie.
8) Int.
Inclina.
9) Off.
Mirabilis.
dâbit ; vir- tû- tem
10) Corn.
El si coram.
Dé- us ten- ta- vit
Fig. i//.
618. — Ici l'intensité et la chironomie n'ont qu'à suivre l'indication précieuse donnée par la mélodie. A l'élan propre de l'accent tonique devra correspondre un élan mélodique, intensif et chironomique, comme le montrent les exemples qui précèdent.
619. — Quant au groupe antétonique, il sera ordinairement arsigue, si sa direction mélodique est montante (podatus, scandicus, torculus, etc.) :
Incise n° 1
spe- râ- vi Fig.3i2.
il sera plutôt thétique, si sa direction est descendante {clivis, clitnacus, etc.) :
Incise n» 2. ^pnj^ ^
spe- rân- tem
Fig- 313-
620. — Cependant, èX.'à\\\. groupe de jonction, il doit ajuster son intensité et son allure rythmique, arsique ou thétique, à l'allure
générale de la mélodie. C'est pour cela que les mots trisyllabiques, étudiés spécialement dans ce paragraphe, sont toujours précédés, dans notre tableau, de la mélodie qui les amène.
621. ^ Il peut donc arriver souvent que la tendance naturelle, arsique ou thétique, d'un groupe soit changée par sa situation dans l'ensemble mélodique.
La première syllabe du mot sedérunt se rythmerait volontiers en thésis, surtout si la mélodie venait d'en haut, comme ci-dessous :
Incise n" 5.
et se- dé- runt
Fig- 314-
Mais dans l'Introït d'oii ce mot est tiré, la mélodie s'élance avec trois porrcctus successifs, dans un mouvement si hardi, si impétueux vers l'accent tonique, que l'intensité doit croître de l'un à l'autre, et la main décrire des arsis de plus en plus larges jusqu'au sommet de la phrase :
La phrase viélodiqjie avant tout; devant elle s'effacent toutes les tendances particulières des mots, des groupes. Cette influence suprême exphque ici :
a) les deux notes sur une pénultième faible et^him,
b) la montée mélodique sur une finale de mot, ete«/;//,
c) enfin les trois pon-ectus arsiques qui se succèdent dans un splendide élan, et dont les deux derniers suivent la direction naturelle du mot.
Mais nous anticipons sur l'étude de la phrase musicale. Les précédentes explications aideront à comprendre l'intensité et la chironomie employées dans les autres exemples. D'ailleurs tout est facile.
B. Deux syllabes antétoniques.
a) Deux rythmes simples.
]) Sanctus 1. S- T. P. '-
2) Int.
Rorâie.
et gér- mi- net
3) Int. §
Loquébar. S-
4) Ant. il
Surgens Jésus.
5) Ant
Si quis dlligit me.
6) A:ii.
Spi'rilus Dômiiii.
7) Coat.
Omnes.
et non
Be- ne- di- ctus
sal- va- tô- rem
:^x-ff>
con- fun- dé- bar
al- le- lu- ia
Fig. J16.
b) Mouvements rythmiques plus variés.
Mihi autem. '^>>^ ^^^^\3 ^t ^
prin- ci- pâ- tus
2) Com.
Dura véneri
al- le- lu- ia
3) fnl.
Edùxit.
al- le- lu- ia
Viri oalilaéi. ' ■ ":>
mx
al- le- lu- ia.
») fnt.
Quasi modo.
7~C"- Clfe'-^
al- le- lui- ta
■ fsfl'^^fe^"^
al- le- lu- ia
Tôllae.
ae- ter- nâ- les
l'incise. — LES INCISES ORNÉES. 427
622. — Comme au paragraphe précédent, dans un mot qui a deux syllabes avant la tonique, benedictus, l'accent secondaire sera arsique si la mélodie de ces deux syllabes s'y prête.
Il en est ainsi dans tous les exemples de la première série.
623. — Généralement, l'accent tonique, étant en ces circonstances plus élevé que l'accent secondaire, conserve sa prédominance intensive.
Tous les exemples cités ci-après suivent cette règle, sauf le deuxième, salvatôrem. Si vous chantez ce mot isolément, vous pouvez suivre l'intensité indiquée ci-contre :
sal- va- tô- rem
avec la proportion ordinaire entre les deux accents, c'est-à-dire avec l'accent secondaire plus faible que l'accent tonique. Mais placez ce mot dans le cadre musical d'où il est tiré :
a- pe- ri- â- tur ter- ra et gér-mi- net
Fig. 31Ç.
aussitôt, de par la loi phraséologique musicale, il devient clair que l'accent secondaire sal doit être un peu plus fort que l'accent tonique td, placé à l'expiration même de cette longue phrase. Néanmoins la succession des arsis et des thésis ne souffre aucune modification de ce léger changement dans l'intensité.
624. — Les exemples de la deuxième série présentent des mouvements rythmiques plus variés que les précédents; quelques légères variantes pourraient être proposées dans les dispositions des arsis et des thésis, mais nous laissons à ceux qui trouveraient mieux que ce nous proposons le soin de faire les modifications voulues.