Ces lettres se divisent en trois classes
V m — Mediocriter moderari melodiam.
„,, , .^, ( c — Ut cito vel celeriter dicatur.
Célérité : - o • n / r tt
( [/t — Statini] (cf. II. 1 14).
1" p — Pressioneni vel perfectionerii significat. Intensité : f — Ut OMVCifragorc feriatur.
[ k — Clange significat.
93. — Ralentissement. — Le ^ marque une tenue de la voix, il s'échange avec Vépisème : par exemple on trouve souvent la clivis /l pour /i, ou vice versa. Il y a des nuances dans cet allongement, car le / peut doubler la note ; il s'échange aussi avec Vx qui alors a la même signification.
94. — Mais, plus souvent, Vx se place entre deux groupes, deux incises, deux membres de phrases littéraires ou musicales pour indiquer qu'un retard de la voix, mora vocis, doit les distinguer.
95. — Seule, la lettre m auprès d'une note ou d'un groupe neumatique, désigne un mouvement modéré ; jointe à une autre lettre, elle rentre à ce titre dans la troisième série, (II. io6).
96. — Célérité. — Le ^ exprime en général la légèreté, la célérité, \ animation.
L'étude attentive de cette lettre et de ses différents emplois permet de préciser ses différentes fonctions, et de lui assigner deux sortes de significations : \\xvi<i positive, l'autre mgative.
97. — Signification positive. — Le r exprime positivement une accélération momentanée du mouvement normal de l'œuvre exécutée : c'est alors, sous une seule lettre, à la fois Vani?nato (animé), Xaccelerando (en accélérant), le piii mosso (avec plus de mouvement), le stretto (plus serré) de notre musique moderne.
Dans l'art grégorien comme dans l'art moderne, ces modifications de l'allure normale ne changent en rien la valeur foncière des
Rythme Grég. — 11
l66 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRg II.
notes et des rythmes ; elles donnent seulement à la phrase plus de vie et d'animation.
98. — Signification négative. — Souvent le c est employé en opposition avec Vépisème et le t {tenete) : il précède ou suit ces signes de longueur.
Son but alors est : ou bien le jnaintien du rythme dans son allure normale contre des entraînements ou des ralentissements intempestifs que le contexte musical pourrait provoquer; ou bien le retour à cette allure, si on s'en est écarté par un rallentando ou un allongement dont le motif a cessé.
On a comparé avec justesse l'effet négatif du ^ à celui du kl qui détruit le b et ramène le si à sa hauteur normale (i).
99. — Les deux significations du c — positive et négative — ont cela de commun, qu'elles ne changent rien à la valeur ordinaire des notes ou des groupes. Le / {tenete) peut, ainsi que Vépisème, doubler une note, et, par suite, modifier dans une certaine mesure l'ossature, les fonctions rythmiques ; le c n'a pas ce pouvoir : il ne réduit jamais une note à la moitié de sa valeur. S'il agit négativement, il prévient une erreur, une mollesse, un relâchement dans l'allure ; si positivement, alors U excite, il active les fonctions rythmiques, leur donne de la vie, de l'animation, mais, encore une fois, sans y rien changer d'essentiel.
100. — Un argument en faveur de cette interprétation peut être tiré de l'usage capricieux du c dans les meilleurs manuscrits.
Les notateurs, même les plus corrects, emploient ou négligent cette lettre avec une grande liberté; et cela jusque dans les passages identiques. Si le c entraînait une modification temporelle absolue des notes et des groupes qui en sont affectés, il ne serait pas traité avec cette insouciance légère et négligente par les copistes les plus scrupuleux. Quand il s'agissait de changements atteignant la substance du rythme, ils étaient fort attentifs à n'oublier ni lettres, ni signes. Le t, par exemple, {Fig. 100) ]\ ou Vépisème /T qui en tient lieu, était rarement omis dans les cas où il devait doubler une note.
loi. — Cette interprétation a en outre l'avantage de mettre d'accord tous les manuscrits sangalliens : d'une part, ceux qui
(i) Cf. D, Baralli. Rassegna gregortana, février 1906, col. et 66 ss.
emploient les lettres et les signes ; de l'autre, ceux qui ne font usage que des signes. Comment expliquer l'absence complète du c (et de toutes les lettres romaniennes) dans les manuscrits, excellents d'ailleurs, de cette dernière classe, si cette lettre jouit d'une influence quantitative radicale sur la valeur des notes? Les manuscrits de Saint-Gall sont-ils donc en désaccord?
Nullement ; tout s'éctaire dès qu'on donne au c la signification d'une simple nuance d'animation. Le t, dont l'influence est plus décisive sur le rythme, a son équivalence dans les manuscrits sans lettres, c'est Vépisème; le c, lui, n'a pas d'équivalence dans les manuscrits épisématiques, pas plus d'ailleurs que les lettres mélodiques a, /, /, e. L'absence de ces lettres ne porte aucune atteinte à l'essence de la mélodie, c'est-à-dire aux intervalles ; elle laisse seulement le lecteur dans un plus grand embarras, en le privant, en face d'une notation par elle-même indéchiffrable, d'une précieuse direction. Il en est ainsi du c au point de vue rythmique.
Entre ces deux genres de manuscrits — sans lettres ou avec lettres — il n'y a pas plus de différence qu'entre deux éditions de Bach ou de Palestrina, dont l'une serait écrite sans aucune nuance rythmique ou expressive, et l'autre serait annotée par un éditeur versé dans la connaissance de ces maîtres, et pénétré de la beauté de leurs œuvres.
102. — Intensité. — / Toute note marquée de cette lettre est forte. Elle est assez rare dans les manuscrits sangalliens : cependant un manuscrit de Reichnau (Bamberg, lit. 6) l'emploie un peu plus fréquemment.