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Le non-restraint

Qrand Officier de l’ordre impérial de la Légion d’honneur . Sénateur» et Préfet de la Seine-Inférieure.

Monsieur le Sénateur-Préfet,

C’est en juillet 1858 que, sur la proposition de la Commission de surveillance de l’asile de Saint-Yon, vous avez autorisé mon voyage en Angleterre. Le but de mon excursion était d’étudier les procédés âu moyen desquels les médecins anglais sont parvenus à ne plus se servir des moyens dits de coercition dans le traitement des aliénés.

Vous avez pensé, avec les hommes dévoués qui composent notre Comité de surveillance, que l’impression de mon rapport sur cette importante question pourrait servir les intérêts de la science et de l’humanité, et Son Excellence M. le Ministre de l’intérieur a bien voulu donner son approbation à cette mesure.

Tout me faisait un devoir, monsieur le Sénateur-Préfet, de vous dédier ce travail.

Votre constante sollicitude pour le bien-être de nos malades et pour l’avenir de nos asiles dans la Seine-Inférieure, votre bienveillance à l’égard de ceux qui consacrent leur existence à ces infortunés, vous ont acquis, de longue date, de justes droits à la reconnaissance des familles, et à notre gratitude en particulier.

Je suis avec un profond respect, Monsieur le Sénateur- Préfet, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

MOREL

i Médecin en chef de l’Asile de Saint-Yon.

Rouen, le 1er septembre 1860.

in 2016

https://archive.org/details/b28407003

AVANT-PROPOS

Le travail que je publie sur la valeur et le mode de fonctionnement du système de traitement désigné en Angleterre sous le terme de non-restrciint , n’est pas seulement d’un intérêt local. Les questions qui y sont traitées intéressent au même titre, et je crois devoir ajouter au plus haut degré, tous les établissements consacrés à l’aliénation mentale, soit en France, soit à l’étranger.

La Commission de surveillance de l’asile de Saint- Yon l’a parfaitement compris, et c’est surtout dans un but d’utilité générale qu’elle a demandé l’impression du rapport que je lui ai lu sur mon voyage en Angleterre (1).

Depuis longtemps déjà le département de la Seine-Inférieure a, des premiers, tenu à honneur d’encourager les recherches dirigées vers l’amélioration du sort des aliénés, et de faciliter les études entreprises dans un but aussi louable. En 1848, alors qu’il s’agissait de former dans notre département un asile spécialement consacré aux aliénés hommes, M. le docteur Parchappe, médecin en chef de Saint-Yon, recevait la mission de

(1) Les membres de la Commission de surveillance des Asiles de Saint-Yon et Quatremares-Saint-Yon , sont, en suivant Tordre de leur entrée en fonctions, MM. Persac, juge de paix, Lemarchant , rentier, Grouet, curé de Sainte-Madeleine et président de la Commission, Bourdel, ancien filateur, Baudry, rentier, Fleury, curé de Sotteville, et J. Rondeaux, ancien député et ancien membre du Conseil général.

AYANT-PROPOS

visiter les principaux asiles du Royaume-Uni. Les résultats du voyage scientifique et administratif de M. l’inspecteur général Parchappe sont consignés dans son important ouvrage, Des principes à suivre dans la fondation et la construction des asiles d' aliénés (Paris, 1849).

En 1853, une commission composée de M. Deboutteville, directeur de l’asile de Saint-Yon, Mérielle, médecin en chef, Démarest, architecte du département, et Delcourt, chef de division de la Préfecture, était également chargée, par M. le baron Ernest Leroy, d’étudier l’organisation architecturale et administrative des asiles anglais.

Enfin le but de mon voyage en 1858 a été d’examiner une question, plus limitée en apparence, mais qui touche cependant aux intérêts les plus complexes de la bonne organisation intérieure des asiles. Je veux parler de la suppression des moyens coercitifs «employés à l’égard des aliénés. On sait que ce système a été le sujet de grandes contestations. Son principal promoteur, l’honorable docteur Conolly, ancien médecin en chef de l’asile de Hanwell, a eu néanmoins, grâce à ses efforts persévérants, le bonheur de triompher de tous les obstacles que rencontrait une réforme aussi radicale. Toutefois, malgré les nombreuses dissertations auxquelles la méthode dite du non-restraint a donné lieu, il me paraît à peu près certain que ce système n’est pas suffisamment connu dans son principe, ni convenablement apprécié dans ses diverses conséquences, par la généralité des médecins aliénistes du continent.

C’est là le motif qui m’a engagé à publier le résultat de mes propres impressions, et je ne puis mieux faire que de soumettre ce travail au jugement de mes honorables collègues. J’ai eu soin d’ailleurs d’en référer préliminairement à leurs avis ; et l’on verra par les lettres que je publie dans cet opuscule quelle est en France la situation des esprits relativement à la question que j’agite. Je livre donc sans crainte à la publicité un travail qui a tous les caractères d’une œuvre collective et sou-

AVANT-PROPOS

haite qu’il contribue à provoquer de nouvelles améliorations.

Serait-il vrai maintenant, ainsi que me Font donné à entendre plusieurs médecins aliénistes, que la réforme opérée par Pinel et par ses successeurs ait réalisé tout ce qu’il était permis d’en attendre, et que vouloir exiger davantage serait peut-être compromettre ce qui a été obtenu dans cette période, que l’on peut, avec une certaine justesse, appeler période de philanthropie !

Il faut convenir que c’est là une question délicate et qui peut être résolue diversement selon l’opinion de chacun et les améliorations qu’il a été possible de réaliser dans nos asiles. J’ai cependant peine à croire qu’il ne reste plus rien à faire dans ce sens, et bien des personnes croient avec moi que la confiance aux moyens coercitifs est encore excessive dans plusieurs de nos établissements. C’est là, du reste, une conviction qui ressortira de mon travail.

Mais, en admettant que la période de philanthropie soit épuisée en ce qui concerne ses applications, on ne saurait nier qu’il ne reste bien des choses à faire au point de vue scientifique. Aux progrès de la science se rattache d’ailleurs F organisation intérieure de nos asiles ; c’est là chose facile à démontrer.

En effet, malgré les améliorations obtenues, nous en sommes tous à signaler une situation pleine de périls à raison de l’augmentation progressive des aliénés dans nos asiles. A quoi tient cette progression qui tend incessamment à rompre l’équilibre de l’organisation disciplinaire et économique de nos établissements, à rendre infructueux les résultats obtenus pour amener la sédation de nos malades, à paralyseî* les tentatives essayées pour leur épargner l’application des moyens coercitifs, et, enfin, à fausser les éléments d’une bonne classification des aliénés?

Les causes qui produisent la folie ont-elles donc réellement acquis en ces derniers temps une intensité plus grande ; ou bien la bienveillance des administrations locales a-t-elle ouvert une porte trop large à une foule de malades infirmes de corps et d’esprit, imbéciles, idiots ou déments qui pourraient être soignés

AVANT-PROPOS

sans danger dans leurs familles? Si les causes de la folie s’étendent et se compliquent d’éléments nouveaux en rapport avec notre état social, quelles sont les conséquences en ce qui regarde les formes actuelles de l’aliénation, la nature des tendances particulières à ces sortes de malades, ainsi que la manière de classer les diverses catégories d’aliénés? Le nombre des asiles est-il insuffisant et leurs conditions architecturales doivent-elles être modifiées, eu égard à l’augmentation des aliénés de notre époque et aux formes spéciales de leurs affections? Quel est enfin, en cet état de choses, le rôle que les médecins d’aliénés sont appelés à remplir au dedans et au dehors des hospices où s’exerce leur zèle?

Yoilà les principales questions subsidiaires que je me suis posées et dont j’ai cru devoir faire le complément de ces études sur le non-restraint.

Je n'ai ni la prétention, ni la mission de les résoudre toutes ; mais j’apporte mon faible contingent à T administration et à la science en signalant ce que je crois utile et possible. Quant aux destinées finales de nos asiles, je me rassure en pensant qu'elles sont sauvegardées par nos institutions et par la valeur personnelle des hommes chargés de les surveiller et de les administrer.

L’auteur de ce travail ne réclame en tout ceci que la bien modeste part à laquelle peut légitimement prétendre tout médecin qui s’occupe des intérêts de l’humanité, et contribue à ses progrès par la publication de ses propres idées ou de celles qui ont cours dans la science. La satisfaction la plus pure qu’il puisse éprouver, c’est d’être l’interprète des sentiments qui nous animent tous pour le bien de la chose commune.

MOREL

Médecin en chef de l’Asile de Saint-Yon.

Rouen, 1er septembre 1860.

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