Livre charmant de la nature, Que j'aime ta simplicité
Ta science n'est point obscure, Tu nous plais par ta vérité, ....
Le curé de St-Jovite a fait des douze ' arpents de la fabrique une petite ferme modèle. Il y cultive un peu de tout, d'une manière scientifique.
M. Beaubien qui, tout le long de la route, prêchait la culture du trèfle blanc comme pâturage, a été enchanté d'en voir dans les parcs de St-Jovite.
D'après cet agronome expérimenté le trèfle blanc l'emporte de beaucoup sur le rouge, pour les pâturageS; en ce qu'il se resème de lui-même et qu'il pousse avec d'autant plus de vigueur qu'il est plus souvent rasé. — Le mouton est avide de cette plante et le lait des vaches qui s'en nourrissent acquiert un parfum remarquable.
C'est le moment de dire que M. Beaubien, en apôtre de l'agriculture, a prêché toute la route combien il est utile et même nécessaire pour les cultivateurs de faire du pâturage et même de cultiver des plantes spéciales à cette fin. C'est aussi une des grandes recommandations du Curé Labelle. C'est surtout dans un pays de montagnes, dont une partie ne peut être utilisée pour la culture, éloignée qu'elle est des grands centres, qu'il convient d'élever du bétail. — Par là on utilise ces immenses pâturages, et l'on réduit ses produits en beurre, fromage, viande, etc., facilement transportables au marché. — C'est ainsi que l'on agit dans les contrées montagneuses du Jura, de la Suisse, du Vermont où, dit-on, il y a si peu d'herbe sur les rochers qu'on lime la dent des moutons pour qu'ils puissent la pincer.
Quoiqu'il en soit, le Curé de Ste Jovite a inspiré à ses paroissiens de cultiver du trèfle blanc, et c'est ce qui explique l'excellence du miel qu'y produisent les abeilles. M. Bisson a introduit ces industrieuses royalistes dans la paroisse, et son exemple sera suivi, je l'espère, car rien n'est profitable comme ces intelligentes travailleuses qui ne coûtent rien à leur propriétaire et lui donnent un dessert délicieux, un remède effectif, une cire très utile, un profit considérable et pardessus tout, l'exemple du résultat merveilleux du travail intelligent et constant.
" Il y a, dit un écrivain dont j'oublie le nom, bon nombre de cultivateurs qui suent sang et eau à remuer la terre, et ne réussissent point, malgré leurs efforts, à joindre les deux bouts. Or, quand une corde ne suffit pas à l'arc, il faut savoir en ajouter une seconde. L'élève des abeilles, que l'on néglige généralement, serait, pour beaucoup, la seconde corde en question. Avec quelques ruches qui coûtent peu de soins et ne demandent pas de frais, une pauvre famille se tire souvent d'embarras. La cire et le miel se vendent facilement, et, avec le produit, on paie des dettes. L'élève des abeilles n'empêche pas d'aller
au champ. Quelques minutes d'attention de loin en loin, et quelques précautions faciles dans la mauvaise saison, voilà tout ce qu'elles exigent."
Je connais beaucoup de cultivateurs qui ont essayé la culture des abeilles et qui n'ont pas réussi. C'est bien simple, ils n'en connaissaient ni les mœurs, ni les habitudes. Je n'ai certes pas le temps de dire ce que je sais de l'apiculture, mais un conseil ne fera pas de mal en passant. — D'abord choisissez une bonne qualité de mouches; -les italiennes qui sont plus jaunes, sont les meilleures ; les meilleures ruches, à mon avis, sont les plus simples, et, à moins d'avoir- le temps de se livrer à l'art de faire de la fantaisie avec les abeilles, il faut renoncer à ces ruches compliquées qui satisfont la curiosité des visiteurs, mais plaisent peu à l'ouvrière. Je me suis toujours trouvé bien d'une ruche simple, d'une capacité suffisante pour contenir la provision de ses hôtes pour les mauvaises saisons, et sur laquelle on met de petites boites où les mouches déposent le surplus. De cette manière, pas n'est besoin de les déranger pour avoir notre part et on leur laisse la leur. A chacun le sien. Mais il faut être généreux, comme elles le sont, car si elles manquent de provisions, quand la bise est venue, il faut leur en remettre. Elles méritent bien cela, voyons. J'ai remarqué que le iniel que l'on recueille dans le Nord est de qualité supérieure. J'en ai eu de M. Phidime Morin, de Ste Adèle, qui est exquis. Cela est dû aux bruyères des terrains schisteux qui donnent au miel une qualité remarquable et qui font la réputation du miel de la province du Luxembourg. Le sarrazin que les mouches affectionnent beaucoup, parce qu'elles y trouvent des vivres en abondance, donne un miel brunâtre, aromatique et légèrement amer ; mais en revanche, il produit une cire délicieuse.
La sauge, la lavande, la sarriette, le thym, la marjolaine, la menthe, toutes plantes qu'on peut cultiver dans nos jardins pour les besoins de la cuisine, sont celles qui fournissent aux abeilles le miel le plus délicat, le plus savoureux.
La population du canton de Salaberry, où se trouve St Jovite, et de celui deGrandison, était, en i88i,de 552 habitants catholiques, et deux protestants.
Cette année là on y a récolté 250 boisseaux de blé dont 6 de blé d'automne: 710 boisseaux d'orge; 10,100 boisseaux d'avoine, 210 boisseaux de seigle ; 732 boisseaux de pois, 2,857 boisseaux de sarrazin ; 216 boisseaux de blé d'inde ; 7,539 boisseaux de patates ; 7,407 boisseaux de navets. 102 boisseaux d'autre racines, 1,015 tonnaux de foin et 35 boisseaux de graine de mil et de trèfle.
Le Canton de Salaberry, qui se trouve dans l'agence de M. A. B. Filion, dont la résidence est à Gren ville, avait, en 18S0, 8203 acres de terres arpentées et en vente à 20 centins l'acre. La terre de ce canton
est généralement bonne pour la culture ; il y a peu de pin. On y constate la présence de peu de minéraux.
Nous quittons St-Jovite en nous retournant souvent pour jeter un coup d'œil sur ce village si florissant et qui promet de devenir un centre important des paroisses du Nord. Encore une fois nous constatons ce que peut faire un curé secondé par les gens intelligents d'une localité.
Hommage soit rendue à ceux-ci qui ont su par leur union et leur travail faire marcher leur paroisse à aussi grands pas et donner aux autres plus jeunes un exemple salutaire. Le curé LabeUe a eu bien raison de faire adopter le plan de commencer l'établissement du canton en y plantant d'abord la chapelle, autour de laquelle viennent se grouper les colons qui ont en leur curé l'exemple du dévouement, le conseiller le plus franc et le plus éclairé, et dans le sanctuaire la consolation dans leurs peines et leurs ennuis. Vite une cloche afin que le colon entende sa voix bénie, qui marque les heures du travail et qui l'appelle à la prière. Que de poésie il y a dans cette voix du clocher et quelle profonde philosophie elle enseigne à ceux qui l'écoutent ! Plus que le cri de la nature, cette voix de l'airain s'associe aux sentiments de l'homme religieux, elle pleure et prie avec lui, elle se réjouit avec sa famille.
Nous nous dirigeons vers la Chute aux Iroquois par la paroisse de l'Immaculée Conception. La distance actuelle de St-Jovite à la Chute aux Iroquois est de 21 milles; mais on est à faire un chemin appelé Chemin Bisson, qui réduira cette distance à 16 milles. Ce chemin traverse les i^ et 2^ rangs de Grandison en conduisant à la Chute aux Iroquois par le côté Est de la Rivière Rouge.
En 1883, il était terminé dans Salaberry et trois autres milles étaient complétés, il en restait encore 7 à 8 à finir. Les terres le long du chemin sont très productives.
Nous suivons donc l'ancienne route, qui est belle, en traversant la Diable et nous dirigeant à l'Ouest pour prendre la vallée de la Rouge, en longeant le Lac Duhamel.
Depuis tant de temps que nous entendons parler de la Rouge ! La voici.
Cette rivière qui court de l'Est à l'Ouest prend sa principale source dans une suite de lacs situés entre les comtés de Joliette et Montcalm. Sa branche principale parcourt les cantons Mousseau, Marchand, Joly^ Clyde, Salaberry, Arundel, Harrington et Grenville pour se jeter dans
rOttawa, entre le village de Grenville et la Pointe du Chêne. Elle a 50 lieues de longueur.
Elle est flottable dans toute sa longueur, mais la navigation est interrompue par une quinzaine de rapides qui s'enfuient à travers des rochers et ferment cinq chutes superbes : la Chute à l'Iroquois, dans le canton de Harrington, la Chute aux Bluets, sur les confins du canton Amherst et de Salaberry, la Chute aux Iroquois, dans le canton Joly, et les Deux Sœurs, dans Marchand.
La rivière Rouge enj^artant de sa source se dirige d'abord vers le Sud-Ouest, traverse la partie supérieure de Montcalm, jusque vis-à-vis le lac Nominingue, en arrière d'Argenteuil ; là, faisant un coude, elle tourne vers le Sud, se fait un chemin à travers les Laurentides et vient se jeter dans l'Ottawa, deux milles plus haut que le Calumet, en face de l'Orignal. A 30 milles en droite ligne de l'embouchure de la Rouge, sur le côté est de la rivière, dans le canton de Salaberry, longeant une plaine de cinq lieues de long, après une course de 45 à 50 milles, se jette la Diable^ qui sort du lac du même nom, à trois milles de la rivière Mattawan, et reçoit les eaux du Lac Tremblant par la rivière Cachée.
Vingt milles plus haut, toujours à l'Est, arrive la Rivièi-e aux trois bras. Le bras Sud nommé Macassa passe par le lac Macassa et le lac Sapin, s'étendant lui aussi jusqu'aux confins de la Mantavoisie ; le bras du miheu est plus long de cinq milles, et, comme il décharge le lac Froid, il s'appelle le Rîdsseau froid ; à côté le bras du Nord se nomme le Ruisseau chaud. A dix milles de l'embouchure de la Rouge, sur la droite, la Maskinonge vient s'y jeter ; elle vient de plus de 40 milles du fond du Lac Désert en passant par les Lacs des Longues Pointes, des Mauves, Maskinonge et des Sucreries.
La Rouge arrose une plaine fertile, bordée de montagnes riches en minéraux. Ce bassin était d'une richesse en bois incalculable : pin blanc, pin rouge dont la qualité ne saurait être surpassée, épinette rouge et blanche, chêne, hêtre, bouleau, érable.
Le pin de la Rivière Rouge est beaucoup diminué, car depuis des années qu'on y fait des chantiers, on y a surtout pris le plus beau. La Rouge est l'une des Rivières où tous les automnes se rendent des bandes de voyageurs qu'ils appellent ga?igs, pour passer les hivers dans les bois, y bûcher les énormes pins. La hache tranchante abat le tronc et coupe les branches ; la scie (godendard) le réduit ensuite en billots qui sont mis en tas (roll ways) sur le bord de la rivière dans laquelle on les précipite au printemps. Des troupes d'hommes hardis et habiles, en suivant leur marche dans les rapides, les décrochent des rochers sur lesquels ils s'amoncellent, quelquefois d'une manière considérable. C'est ce qu'ils appellent yd;;-'/;//^r, du mot anglais yâr;;^ ; on fait par là ce
qu'ils appellent la drave {drivé) jusqu'à l'Ottawa où on les guette au moyen d'estacades, ou chaussées (booms). Là les billots sont sciés, mis en planches et madriers ou en radeaux pour descendre en bois quarrés ou ronds à différentes scieries sur l'Ottawa ou le fleuve St Laurent. Quelques cageux se rendent à Lachine, d'autres à Repentigny ou à Québec ou au Sault Montmorency, en passant pour la plupart par la Rivière des Prairies.
" On ne saurait, dit M. Tassé, avoir une meilleure idée de l'importance de notre industrie forestière, qu'en se transportant aux chutes des Chaudières, l'un des plus beaux pouvoirs d'eau du monde. Voyez ces immences constructions qui bordent la grande cataracte. Des milliers de marins y sont occupés, de puissantes machines y sont en mouvement, et leur cri strident va se perdre au milieu du mugissement de la chute. L'opération ne se ralentit pas un instant durant toute la saison de la navigation. On dirait une immense ruche d'abeilles d'où les frelons sont impitoyablement bannis. L'activité n'est pas moindre la nuit que le jour, et l'infatigable scie mord sans relâche d'énormes troncs, les déchiqueté et leur donne toutes les transformations voulues. A la tombée de la nuit, ces bruyants édifices s'illuminent de mille lumières, que l'on pourrait confondre avec autant d'étoiles tremblottantes.
De longs quais s'avancent sur les deux rives en bas de la cataracte. Ils sont remplis de planches et de madriers empilés à une grande hauteur, et où de nombreuses barge?s, traînées par des remorqueurs, viennent prendre leur chargement. Ces bateaux sillonnent la rivière et se rendent aux Etats-Unis en général après avoir franchi plusieurs canaux, jusqu'à ce qu'ils atteignent^Rouse's Point, Burlingtion ou Whitehall, sur le lac Champlain, leur lieu général de destination."
Cette vie des voyageurs est dure et remplie de dangers, et cependant c'est un charme auquel ils résistent difficilement quand ils y ont goûté. J'ai connu un M Beaudoin, de St-Paul, qui à l'âge de soixante ans faisait encore la drave. En apercevant ce vieillard sauter sur les billots que faisaient descendre les Pope sur la rivière du Nord, je lui demandai pourquoi il s'exposait ainsi à son âge. Il me dit : monsieur, c'est une maladie, je suis très à l'aise, j'ai des propriétés à St-Paul. Tous les ans, je promets de ne plus hiverner, (c'est l'expression dont se servent les voyageurs,) et quand l'automne arrive, c'est plus fort que moi. — Quel est votre nom? — Beaudoin, monsieur, de St-Paul de Joliette. — Avez-vous connu un M. Beaudoin qui était en 1858 au collège Juliette et qui est aujourd'hui prêtre à Bourbonnais ? — Oui, monsieur, c'est mon frère^ l'avez- vous connu, monsieur ? — Oui, certes, c'était mon compagnon de classe et mon émule.
Cette existence a cependant des charmes. On travaille beaucoup, mais
on s'amuse aussi. Le soir sous la campe de branches couvertes d'écorces qui abrite de 40 à 60 hommes, autour d'un feu qui consume de grosses bûches de bois franc, on fume la pipe, chacun conte ses aventures, dans un langage quelquefois très énergique. On s'endort la pipe au bec sur des feuilles de sapin ou d'épinette, jetées sur des écorces de cèdre ou de bouleau, non sans avoir pris un bon souper que prépare le cuisinier de la cambuse, et, ma foi, très bon. Le fonds de chacun des trois repas que prennent les bûcherons, les scieurs, les équarisseurs, les charretiers ou les conducteurs, c'est le lard; il s'y écarte quelquefois des lièvres, des perdrix, des poulets qui ont oublié de rentrer à bonne heure au logis. Le thé, d'excellente qualité, y est d'une force à ébranler les nerfs des plus robustes citadins. C'est la vie militaire que mènent ces braves gens, et pareillement accidentée. Aussi ont-ils tous la bravoure du soldat dans les dangers qu'ils affrontent en priant la bonne sainte Anne ou la bonne Vierge Marie. Les cageux sont généralement composés de 70, 80, 90 ou 100 cribs^ comprenant chacun de 23 à 36 pièces de bois et 800 à 1000 pieds cubes.
Il faut les voir, nos voyageurs, revenir dans leur paroisse à l'été avec leur ceinture fléchée, et leur mouchoir de poche de soie colorée. Comme la belle Françoise est fière de celui qu'elle a été reconduire jusqu'au pied du rocher. Souvent le bourgeois a fait banqueroute et ils n'ont pas été payés. Mais quand ils le sont, c'est pour plusieurs, toujours la même bebeile, comme me disait l'un d'eux, car ils fêtent tant qu'ils n'ont pas tout dépensé. Quelques-uns cependant s'amassent de quoi s'établir ; d'autres mo?ite?it pour faire les paiements de terres qu'ils avaient préalablement achetées. Je dis vioiitent parce que c'est l'expression dont ils se servent, et ils ajoutent souvent dans les pays (Teii haut.
Les voyageurs apprennent vite le tour de la rame et ils aiment à chanter en ramant. Rien d'harmonieux comme ces voix d'hommes sur l'eau, le soir surtout, quand ils répondent en chœur les refrains de *' C'est la belle Françoise," " En roulant ma boule," " A St-Mâlo beau port de mer," " C'est la belle Nanette," " Dans les prisons de Nantes," " J'ai cueilli la belle rose," etc.
Mais la plus caractéristique est cette chanson qui peint si bien leurs déboirs. Je vais en reproduire les couplets qui ont le plus de cachet... quand ils sont bien chantés.
Via l'automne qui doit zarriver
Zoù tous les voyageurs vont monter,
L'aviron zà la main zé le canot dessus le dos.
Dans les "chantiers nous hivernerons
^ Dans les chantiers nous hivernerons.
Pauv' voyageur tu as d'ia misère, Plus souvent tu couches par terre, A la pluie, au mauvais temps, A la rigueur de tous les vents.
Dans les chantiers, etc.
Tu arrives à Québec Souvent tu fais un gros bec.
Tu demand' à ton bergeois Qu' est assis là au comptoir, Si aux chantiers, etc.
Mais je m'arrête, car cette chanson ne peut être comprise qu'avec accompagnement d'avirons.
La vente des limites de bois est pour la province de Québec une grande ressource, la section 92 de l'Acte de l'A. B. du N.,lui en laissant l'administration.
Les commerçants de bois achètent du gouvernement des licences, qui leur permettent la coupe du bois dans les hmites y spécifiées sur un espace variant entre quinze à vingt milles.
La vente de ces limites se fait maintenant par encan pubUc. C'est, mieux et l'on comprend pourquoi.
Jusqu'à 30,000 hommes passent l'hiver dans les bois, au service de différents bourgeois qui exploitent la vallée d'Ottawa jusqu'aux confins de nos régions végétales, sur les bords du Lac Témiscamingue ou des. nombreux affluents de l'Ottawa.
Le gouvernement a fait d'immenses travaux pour favoriser le commerce et rendre flottables les grands cours d'eau. — Les radeaux, au moyen de gHssoires construites à grands frais, évitent la plupart des cascades et des rapides qui interceptent le cours des rivières. — Pour franchir ces glissoires on détache les cribs et on les y fait passer Fub après l'autre pour les relier ensuite.
Les principales stations de gHssoires sur l'Ottawa sont : —
Stations Distance de Ste-Anne