‹ Le Nord dévasté;Chapitre 52 sur 52 · CAMBRAI · texte numérisé non relu

CAMBRAI

plusdirectem-'nt et plus profondémeat lepetit souslieulenaat : la mort de M. de Chateaubriand.

Il l'apprit dans le commencement du mois de septembre 1786 par une lettre de Lucile. sa sœur de prédilection. Ce fut un rude coup pour lui. Il pleura son père, ne se souvenant plus de ses rigueurs : et replaçant cette grande image parmi ses souvenirs d'enfance, il sentit alors que celle-ci finissait. Les amusements de Cambrai ne le satisfirent plus et il désira quelque chose daulre ; ses pensées se reportèrent vers l'Amérique. M. d'Andrézel, nommé lieutenant-colonel au régiment de Picardie, quittait Cambrai : il obtint un congé et partit avec lui.

A Cauibrai. durant ces quelques mois. Chateaubriand a pris le premier contact avec la vie : il y était arrivé enfant, il en partait devenu un homme. Ces anciennes rêveries qui l'acculèrent un jour à essayer si son fusil de chasse pouvait le tuer, elles s'assainissent et demandent à se transformer en action. Les exercices militaires lui firent du bien en le virilisant: ils le préparèrent à recevoir de la mort de son père une trompe décisive. Quand il quitte la citadelle de Cambrai pour le château de Versailles où il va être présenté au roi, son dessein doit être formé de tenter le passage au nord de l'Amérique. Ce qu'il fit. *

En mars 18:21, à Berlin. M. de Chateaubriand, ambassadeur de France, rassemblant les souvenirs de sa vie qui se rapportaient à Cambrai, écrivit non sans mélancolie. « Le début de ma carrière amuse mes ressouvenirs. En traversant Cambrai avec le roi. après les Cent-Jours, je cherchai la maison que j'avais habitée et le café que je fréquentais : je

ne les pus' retrouver; tout avait disparu, hommes et monuments ». C'est que le sol avait tremblé des coups de canon de toutes les batailles de la Révolution et de ceux que lécho pouvait apporter encore de Waterloo. — Mais qu'eût dit le noble écrivain s'il avait pu pressentir les ravages exercés un siècle plus tard à Cambrai par les hordes venues de ces mêmes bords de la Sprée où il rassemblait alors ses Mémoires d'Outre-Tombe ?

André M. de Poncheville.

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