‹ Le Nord, la Champagne et l'ArdenneChapitre 91 sur 446 · CATHÉDRALE. H [R · texte numérisé non relu

CATHÉDRALE. H [R

La place Gambetta (corresp. des trartis) n'est qu'un étroit carrefour d'où rayonnent les principales rues commerçantes. A dr., la rue des Sergents (n"' 10-12, fa.;ade avec passage dans le style de la Renaissance: n" 57, iivusdii du xvjn" s. avec une belle cariatide) conduit à la cathédrale.

Notre-Dame d'Amiens (le sacristain, à qui il faut s adresser, de !) h. ù midi et de 2 a o h., vend, ainsi (jue les libraires de la ville, au pri.x de 1 fr. 3U, l'excellente petite inonofi^raphie de M. G. Durand, archiviste de la Somme, abrégé de la grande monographie du même auteur, la plus remarquable qui ait été publiée jusqu'à ce jour sur une cathédrale frani;aise), l'église ogivale par excellence, est aussi la plus vaste des basiliques françaises : son plan couvre, en effet, 7,700 m. de superlicie; Saint-Pierre de Rome, Sainte-Sophie (le Constanlinople et le Dôme de Cologne sont seules plus grandes .'11 Europe. Par une fortune assez étrange, la cathédrale d'Amiens, au lieu de marquer seulement l'apogée du style du xiu'^ s., est, dans le Nord de la France, l'édifice où s'accusent avec le plus de précocité les tendances naturelles de ce style, eu dehors de toute inlluence étrangère, vers le flamboyant, d'abord dans la voûte de la croisée, exécutée vers 1270, ensuite, progressivement, dans les chapelles de la nef, dont les dernières, celles du cardinal de Lagrange (les deux voisines de la tour N.), sont, quoique de 1373 a 1370, tout à fait dans les données du \v- s.

La façade 0. s'ouvre sur un parvis rétabli de nos jours et bordé, en face de la cathédrale, de constructions neuves, dans les styles du xv' et du xvi' s. Le liane S., dégagé par la rue Cormoni, s'ouvre par le portail do la Vierge Dorée. Le liane N. atteint à Vancien cvdclié (xvnf s.), dont l'entrée s'ouvre au chevet de la cathédrale, sur la place Saint-Michel (statue de Pierre l'Ermite, par Forceville).

La cathcdrale actuelle a remplacé unéditice roman ravagé par un incendie eu 1->18. La construction en fut commencée en l'-"20, par l'évèque Evrard de Fouilloy, sur les plans de liobert, né à Luzarches. La nef et la façade étaient achevées dés 1-238. Thomas et Regnault de Cormont succédèrent a Robert do Luzarches dans la direction des travaux, qui ne furent terminés que vers 1270; les parties supérieures des tours et de la façade datent du xv= s.; les chapelles de la nef, de l-29'2 à 1376; la flèche, do 1529. Au XIX" s., la cathédrale a été restaurée sous la direction de Viollet-le-Duc.

La catliédraie d'Amiens a vu s'accomplir plusieurs événements historiques. En 1264, St Louis y rendit sa célèbre sentence arbitrale. Phdippe de Valois y reçut, en 1329, l'hommage d'Edouard III pour la Guyenne. Charles VI y épousa, en 1385, Isabeau de Bavière; la paix de 1550 y lut signée. En 1561, les protestants et les catholiques s'y livrèrent un combat sanglant. En 1591. le duc d'Aumale, du parti de la Ligue, se barricada sur le parvis, d'où lo délogèrent les troupes royalistes. En 1597, Henri Iv y rendit à Dieu de solennelles actions de grâces après avoir repris Amiens aux Espagnols.

Façade. — Les porches sont ornés de statues et de bas-reliefs du style le plus pur et le plus sévère. Les ferrures des portes datent des xiii" et xiV s.

Le porche central, dit du Sauveur ou du Beau Dieu d'Amiens, a au trumeau une magnihque statue du Christ (une des plus belles

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ii'uvres du xiu' s.). — A dr. et à g;., dans les médaillons, les Vertus elles Vices, les Arts et Métiers exercés à Aniiciis lors de Térection de rég:lise, et deux fables allé^'^oriques (le Renard et le Corbeau, le Loup et la Cigogne); sur des consoles, statues des Apôtres; sur les jambap-es delà porte, à fi;., les r.inq Vierges sages, ii dr., les cinq Vicnirs folles. — Au tympan, le Jugement dernier. Dans Tarchivolle, 15(J statues, liïïurant toute la liiérarcliie céleste. — Sur la pointe du fronton. SI Michel.

Le porche de droite, dit de la Vierge, présente : au trumeau, Marie écrasant du pied un monstre à tête humaine: au-dessous, Adam et Eve et leur Expulsion du Paradis terrestre. — Sur les côlés, VArnonciation, la Visitation, la Présentation au Temple, la Heine de Saba, Saloinon, les Rois Mages, etc. — Au tympan, V Ensevelissement et l'Assomption de la Vierge.

Le porche de gauche, dit deSaint-Firmin, martyr, patron d'Amiens et de la Picardie, présente au trumeau .S7 Firmin foulant aux pieds un homme, emblème de l'idolâtrie. — Sur les côtés, les .maints <\m ont occupé le siège épiscopal dWmiens ou illustré la province; les signes du Zodiaque et les Trai'au.c de rannée. — • Au tympan, Vlnvention et la Glorification des religues de St Firiain.

Au-dessus des porches on remarque : les statues colossales de 22 Rois de Juda, ancêtres de la Vier^se: une magnifique rose à meneaux très délicats (l'encadrement est seul du xni' s.; les meneaux et les parties supérieures de la façade ne sont que des XIV*" et xv' s.), la galerie dite des Sonneurs, reliant les deux tours (la tour du N. a 66 m., celle du S. 6o m.), différemment ornementées dans leur partie supérieure et terminées par un (oit aigu avec lucarnes et épis en plomb ouvragé.

Côté S. — A la base de la tour S. s'ouvre le portail de l'Horloge ou de Sainl-Chrisloplie (statue colossale de ce saint, à dr. de la porte). Les intervalles entre les fenêtres des chapelles (xiV s.) sont ornés d'un double rang de statues, parmi les(|uelles nous signalerons V Annoncialiou , St Nicolas, la Transfiguration, etc. Le portail du croisillon Sud, dit de Saint-Honoré ou plutôt de la Vierge Dorée, doit ce deuxième nom à une gracieuse statue de la \'ierge mère, adossée au trumeau et autrefois dorée; sur les côtés, statues d'^/if/fs et de saints Prêtres du diocèse; au tympan. Découverte des reliques des Sts Fuscien, Victoric et Gentien, et leur E.Taltation par St Honoré: aux voussures, 60 statues d'anges, de prophètes, d'Apôtres, d'Evangélistes et de saintes femmes; au centre, J.-C. expirant entre la Vierge et St Jean (cette statue est particulièrement belle); au-dessus du porche, galerie et rose (à l'archivolte, roue de Fortune) fort riches; au sommet du pignon, statue de St Honoré.

Côté N. — Entre les fenêtres et sur les piliers, de belles statues du XIV* s. représentent les fondateurs et les saints patrons des chapelles ou les souverains sous le règne desquels elles ont été élevées. — Le portail du croisillon Nord, soutenu par des colonnes cannelées, est orné d'une statue dite de SI Firmin le Confesseur, et qui parait être plutôt celle de St Honoré. Le tympan, vitré, est remarquable par le dessin original de son remplage. .\u-dessus de

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la porte s'ouvre une niajiiiiflque rose, avec des meneaux du xv° s. La partie supérieure de cette fa(:ade est inachevée.

Autour du chœur s'élèvent des chapelles (au milieu, celle de la Vierge est ornée de 6 statues modernes, assises et couronnées). — Au S., une chapelle du xiv^ s., en excroissance, dite chapelle Macabre ou des Machabées, est occupée auj. par la grande sacristie.

La flèche octogonale, en charpente, est haute de H2 m. 70. Le l" étage est tlanqué, aux angles, de statues colossales de saints; le 2° se termine par une couronne surmontée d'Aïu/es tenant les instrainetits de la Passion: ces deux étages sont accessibles aux visiteurs. Il faut monter 31)6 marches pour atteindre la plate-forme où commence la flèche; cette ascension se fait ordinairement par la tour N.

L'intérieur, d'un effet saisissant par la liauteur des voûtes et l'audacieuse légèreté des piliers (on en compte 136), est long de 143 m., large de 65 m. 25 (au transept), haut de 42 m. 30; il se compose de trois nefs avec chapelles latérales, d'un large transept accompagné de collatéraux, d'un chœur avec déambulatoire, enfin de sept chapelles absidales. entourant le sanctuaire. Les grandes arcades de la partie inférieure s'élèvent presque jusqu'à la moitié de la hauteur totale ; plus haut un cordon de feuillage, très remarquable, est sui'monté d'un triforium, au-dessus duquel une magnifique clairevoie vitrée s'étend jusqu'aux voûtes. Les fenêtres sont séparées uniquement par les colonnettes qui jaillissent des gros piliers; leurs rosaces et meneaux sont d'une très grande légèreté.

Nous commencerons notre description par la nef et le chœur, puis nous reviendrons au bas du collatéral droit pour faire le tour de l'édifice.

Net. — La tribune des orgues, en chêne, suspendue sur des culs-de-lampe hardis et formant quatre travées du style ogival, date de 1422. Malheureusement elle a été peinte en bleu et dorée en 1836, en même temps que le buffet, de la Renaissance, recevait une décoration de mauvais goût. Les orgues, construites en 1425, ont été restaurées en 1838. Au-dessus des orgues, derrière un cadran d'horloge de plus de 10 m. de diamètre, s'ouvre la grande rose, dont les magnifiques vitraux, par leurs teintes principales, symbolisent la Terre et l'Air, et qui porte néanmoins, à cause de sa situation à rO., le nom de 7-ose de Mer. On y remarque des fleurs de lis et les armes du chanoine Firmin de Coquerel, qui la fit exécuter.

A l'entrée de la nef. les tombes en cuivre des deux évêques fondateurs de l'église (à dr., Evrard de Fouilloy, 1222; à s., Geoffroi d'Eu. 1236) sont supportées par six lions; les prélats sont représentés en habits pontificaux, les pieds appuyés sur deux dragons ailés. — La chaire, œuvre de Dupuis. d'Amiens (xviii* s.), est supportée par la Foi, YEspérunce et la Charité.

Le transept (voûte à tiercerons. la plus ancienne connue en France, 1270 env.) offre deux belles roses, la verrière du S. à romplage du xv" s. (quelques panneaux de l'ancien vitrail figurant des An(jes); celle du iS. à remplage étoile du xiv« s. (vitrail de l'époque figurant des dessins d'ornement).

Chœur. — T'n escalier de six marches, à deux paliers, monte de la nef dans le chœur, qui lui est postérieur. De belles r/rilles en fer ouvragé, forgées au xvnt" s. par .Jean Vayren, de Corbie, ferment l'entrée principale, les entrées latérales et les arcades du sanctuaire. La grille principale s'étend entre deux murs en maçonnerie, d'une archit roture bâtarde, décorés de rosaces et de têtes d'anges, et contre lesquels ont été placées les statues de St Charles Borromée et de St Vincent de Paul. Les vitraux du triforium représentent des Apôtres et des Evêques; ceux des fenêtres supérieures de l'abside, V Annonciation, St Firmin décapité, etc. Le beau vitrail du fond (des anges tenant des couronnes; deux vierges et deux évêi(ues) porte le nom de son donateur, l'évêque Bernard d'Abbeville (1269). Le lutrin est l'œuvre des frères Dnthoit. — Les 110 magnifiques stalles furent exécutées,

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