C) JAMES WHITE
1. Lettre de James White et du Conseil à Selkirk, 24 juin 1815.
ETABLISSEMENT DE LA RIVIÈRE ROUGE, 24 juin 1815.
MiLoRD,
Comme nous nous trouvons dans la nécessité de quitter l’établissement, il est de notre devoir d'exposer à Votre Seigneurie les raisons qui nous ont induits à prendre une résolution aussi pénible. Comme les dépositions, les journaux et les lettres vous indiqueront les souffrances que nous avons endurées, nous nous bornerons à vous faire part des moyens que la compagnie du N.-O. et ses complices ne cessent d'employer en vue de notre destruction et du sort qui nous est réservé si nous décidions de rester.
En premier lieu nous devons vous dire que la compagnie du Nord-Ouest maintient à son fort quelques-uns des derniers colons et des serviteurs de létablissement de la rivière Rouge qui ont été nos ennemis déclarés, ainsi que quarante Métis environ qui ont déjà pillé nos propriétés, brûlé presque toutes nos maisons dans l'établissement et qui, tous les jours, continuent leurs barbares déprédations et nous menacent de nouveaux malheurs, si nous ne quittons paisiblement la rivière. D’après ce qui a été accompli nous croyons fermement que les Métis sont soulevés par la compagnie du Nord-Ouest et qu’ils ne reculeront devant rien pour anéantir l’établissement.
En deuxième lieu si nous tentions de rester, nous serions obligés de nous munir de tout ce qui est nécessaire pour soutenir un siège dans le cas où les Métis continueront à nous faire tout le mal possible. 11 nous faudrait en ce cas des provisions pour nous soutenir et des hommes pour nous seconder jusqu’à ce que les renforts arrivent. Si uous n'avons pas de poisson, nous serons réduits à la famine et l'ennemi pourra assez facilement nous empêcher d’en obtenir. Nous ne pouvons non plus compter sur laide de nos serviteurs, car hier plusieurs nous ont menacés de nous quitter si nous ne leur donnions un bateau pour se rendre à la rivière Jack.
En troisième lieu, il ne sera permis à aucun renfort de remonter la rivière Rouge.
En quatrième lieu, si l'on considère les relations qui existent entre les Métis et les sauvages, nous avons raison de craindre que les premiers n’excitent les derniers à devenir nos ennemis. En outre, si quelque Métis venait à être tué par nous, nous sommes convaincus que pas un d’entre nous partirait vivant de la rivière Rouge.
En cinquième lieu, la moisson serait détruite et, ai les émigrants qui sont attendus cet automne doivent arriver, où trouveront-ils leur subsistance?
En sixième lieu, les Métis pourraient trouver le moyen d’incendier nos maisons durant la nuit et alors nos vies et nos propriétés seraient entièrement à leur merci.
En septième lieu, il sera plus facile de rétablir la colonie et de soutenir les colons après nous être retirés pour quelque temps, qu'après avoir poussé les hostilités trop loin contre de tels gens. Ils auront ainsi le temps de considérer les cruautés dont ils se seront rendus coupables à notre égard et pourront peut-être être induits à devenir nos amis.
De quelque manière que Votre Seigneurie juge à propos de peser nos actes, nous avons fait pour le mieux dans la mesure de notre jugement.
Nous avons l'honneur d’être, de Votre Seigneurie, les plus humbles et obéissants serviteurs,
Arcx’D McDoxaL, JAS. SUTHERLAND,