Lettre de Robert Semple à Colin Robertson, 5 sept
Comproir D’York, 5 sept. 1815.
Coux ROBERTSON, lea.
MoxsŒur-—-Je dois vous remercier, de la part du comte de Selkirk, de l’empressement avec lequel vous avez assumé, à la demande de M. Thomas, Padministration des affaires de la rivière Rouge, et j’ai raison de croire que vous constatez déjà, dans le rétablissement partiel de la colonie, les heureux résultats de vos énergiques efforts.
Je suis convaincu que Sa Seigneurie sera heureuse d'apprendre, en attendant qu'elle ait fait connaître ses intentions, que vous avez assumé la charge de chef de l'établissement à l'égard des mesures à prendre dans l’état de choses actuel. Si vous arceptez cette tâche, J'ai donné ordre à M. Alexander McDonell d'agir comme votre second et par conséquent d'accorder toute la déférence due à vos instructions.
Comme je viens à peine d'arriver dans cette région, je ne prétends pas vous indiquer dans les détails les moyens à prendre dans un mouvement aussi critique. Je m'en rapporte à votre prudence, à votre connaissance des lieux et à votre prestige sur cette portion des habitants desquels la colonie a le plus à craindre. Je crois que des mesures conciliatrices et énergiques en même temps seront requises aussi bien à l'égard des colons, quand ils manifesteront des craintes ou feront des demandes extravagantes, qu'à l’égard de ces hommes sans loi qui peuvent être incités à troubler leur sécurité.
Votre expérience et votre jugement peuvent seuls vous indiquer ce qu’il y aura de mieux à faire dans les circonstances multiples qui peuvent se produire.
M. Peter Fidler, au service de la compagnie de la baie d'Hudson, a entrepris de conduire les colons dans la direction de la rivière Rouge. Sa longue expérience dans le service des arpentages le rendait propre à remplir cette tâche et, après l’arrivée de ces derniers, il pourra aussi contribuer à assurer leur confort et même leur subsistance. En outre de ses autres qualités, il fait preuve de beaucoup de dévouement et de bonne volonté à l'égard de la colonie, et nous avons raison de compter sur tout ce qui sera en son pouvoir de faire pour son bien-être.
Durant l'hiver je serai probablement occupé à visiter les postes le long de la Saskatchewan jusqu’à Edmonton House.
Pespère avoir le plaisir de vous rencontrer à la rivière Rouge au mois d'avril.
Je suis, ete.
ROBERT SEMPLE
2. Extrait d'une lettre de Selkirk à Colin Robertson, 30 mars 1816?
MoxTRÉAL, 30 mars 1816.
Cüasr MONSIEUR, —
J'ai reçu ici, le 10 courant, vos lettres du 5 et du 7 octobre et les documents que Vous avez transmis en même temps. J'avais déjà appris à Londres votre départ de la Tivière Jack pour reconduire les colons à la rivière Rouge et je dois vous exprimer toute
1 Archives du Canada, collection Selkirk, V, 1652. “ Archives du Canada, collection Selkirk, VI, 1894.
ma reconnaissance pour l’empressement avec lequel vous avez accepté cette charge importante et difficile de même que pour le dévouement et lhabileté dont vous avez fait preuve dans la conduite des affaires après votre arrivée. J’ai l’espoir que le succès de votre administration se maintiendra durant toute la saison et que je trouverai l’établissement dans un état bieu différent de celui que J'avais anticipé quand j'ai expédié mes lettres du 15 décembre. Je ne serai pas lent à vous porter secours et j'espère me rendre avec un renfort tel qu’il n'y aura plus lieu de craindre d’autres tentatives de troubler la paix de l'établissement. (Comme les dispositions que j'ai prises ne me permettront pas de me transporter avec une grande rapidité, j'ai l'intention d’envoyer trois ou quatre canots légers et bien équipés, dès l’ouverture de la navigation, afin de vous faire parvenir du renfort aussi de bonne heure que possible. Le capitaine Macdonell accompagnera ce détachement, Ce nest pas mon intention qu'il assume le commandement de l'établissement, mais il remplira la charge de second jusqu’à mon arrivée et prendra part à tout ce qui sera requis pour le bien général. Le caractère officiel que lui dunne encore la eommission qu'il tient de la compagnie, peut avoir une grande importance, en revêtant de l'autorité requise certaines démarches qu’un autre ne pourrait légalement tenter de faire. (‘omme il est de la plus haute importance que les auteurs des atrocités commises, l'été dernier. ne puissent s'échapper, je dois vous recommander instamment de vous emparer de D. Cameron et d’Alexander MeDonell d’abord, de Séraphim Lamar, de Cuthbert Grant et de Wm. Shaw ensuite puis de Bostonois (sil continue d'être hostile} et enfin de toute autre personne qui, à votre connaissance, y aura pris une part active et importante.
Je désire que ces personnes soient tenues en lieu sûr jusqu'à l’arrivée de l’un de nons denx, M. Semple où moi. S'il est possible de rejoindre M. Semple ou quelque autre officier supéricur de la compagnie (qui fait partie du conseil de celle-ci} il sera bon de se procurer des mandats pour opérer l'arrestation de ces hommes. Cependant cela n'est pas absolument nécessaire puisque tout individu qui est témoin d’un acte de félonie peut légalement appréhender les auteurs d’un tel acte et les détenir jusqu’à ce qu'ils puissent être conduits devant un magistrat, Bien que je ne doute nullement que le gouverneur ct les autres officiers nommés par la compagnie de la baie d'Hudson, soient les seuls magistrats régulièrement autorisés d'agir dans les territoires de la baie d'Hudson, néanmoins comme il a été concu des doutes, je crois qu’il est bon de vous proeurer des mandats dont l'autorité ne pourra être mise en doute par ceux qui nient l'autorité des officiers de la baie d'Iludson. En tout cas ces mandats vous serviront de justification, advenant que la question de juridietion soit décidée autrement que nous nous y attendons.
Î n'est pas dauteux que la compagnie du Nord-Ouest doit être forcée d’abandonner toutes les possessions qu'elle occupe illégalement sur mes terres, surtuut le poste qui est situé au confluent. Mais comme il faudra sans doute avoir recours à la force pour obtenir ce résultat, je désire qu'il soit procédé régulièrement à cet égard en vertu d'un mandat du gouverneur, afin de ne fournir aucun prétexte de nous accuser d’avoir commis illégalement des actes de violenres semblables à la conduite de la compagnie du Nord-Ouest. Pour les raisons que j'ai déjà indiquées dans ma lettre du mois de mars de l’année dernière, an capitaine McDonell, je désire aussi que vous ne mettiez pas d'eutrave à la liberté du trafic. et je regretterais d'apprendre que les approvisionnements de la compagnie du Nord-Ouest ont été interceptés en sortant de la rivière Rouge, pourvu qu ils Soient transportés pâisiblement à travers la région sans qu'il 5€ commette de violations sur mes terres,
Je ne doute pas que vous ne preniez toutes les dispositions requises à l'égard de la prochaine récolte, afin que lon puise compter sur la subsistance non seulement pour les colons actuels, MAS pour un renfort considérable, Je désire beaucoup que les ment prineipal eà que es Goma pe en concentrée dans 1e voisinage de l'étallir rent cipai À S Soient pas éparpillés le long de la rivière comme ils l'étaient l'année dernière. Pour les encourager à rester les uns près des autres. Je désirerais qu’il soit tracé un village compacte comprenant des lots d’un demi-acre envi ToR Pour Construire des maisons, auxquels J'annexerais des lots de huit à dix acres
aussi près que possible du village. C’est mon intention d'accorder ces lots gratuitement sous forme d'allocation, en sus des lots qui seront régulièrement concédés pour la culture, à condition que chaque colon se construise une maison et réside dans le village jusqu’à ce qu’il ait mis en culture toute la portion qui lui aura été accordée en sus. Par ce moyen ils se tiendront les uns près des autres durant les deux ou trois premières années et nous aurons ainsi pris des mesures non seulement pour assurer leur protection mais pour leur inspirer ce sentiment de sécurité si nécessaire pour les maintenir en paix. ‘