‹ Le nord-ouest canadien: son évolution primitive et ses archives législatives: procès verbaux des Conseils de la Colonie de la Rivière Rouge et du Département du nord de la Terre de RupertChapitre 66 sur 177 · JOHN CLARKE · texte numérisé non relu

JOHN CLARKE

AXDREW BULGER, « Gouverneur d’Assiniboine.

P.S.Je vous transmets le compte des articles expédiés hier. En examinant la facture (?) je constate que vous pouvez obtenir quelques râteaux de plus.

Votre,

(ce)

ForT DoraLas, 25 avril 1823.

CHER MonsIEUR—J’accuse réception de votre lettre d'hier. En réponse à la partie par laquelle vous exprimez votre regret qu'une explication n’ait pas eu lieu plus tôt entre nous à l’égard des terres à concéder aux serviteurs de la compagnie mis à la retraite, permettez-moi de faire observer que je vous ai fait part plus d’une fois, au cours de la conversation, de mes sentiments à ce sujet. M. Kemp est aussi allé vous voir plusieurs fois dans ce but. J’ai toujours considéré que je n'avais rien à décider à l'égard de cette question, que vous pouviez, à votre gré, accepter ou rejeter mon avis et que, par conséquent, après vous avoir fait part de ma manière de voir, ja n'avais plus qu’à attendre votre décision. Dès le mois de février dernier M. Kemp, conformément à votre désir, a dressé et vous a soumis le plan d’un village qui serait situé sur la rivière Assiniboine, dans un endroit que nous avons jugé, vous et moi, le plus favorable pour ceux des serviteurs mis à la retraite et qui ont été d’une manière spéciale placés sous votre surveillance et votre contrôle, par suite de la proximité de cet endroit de l'établissement de la compagnie. Finalement ce plan n’a pas été approuvé par vous et Image Plain a été déterminée comme le lieu où ces gens devaient être établis. Il me semble que l'étendue de terre à leur concéder n’a pas été déterminée d’une manière absolue et j'avais surtout en vue, par ma lettre du 23 courant, d'obtenir votre décision finale à ce sujet. Or comme vous avez eu la bonté de la transmettre, je dois vous dire qu’elle sera mise à effet avec toute la diligence possible. Néanmoins il serait absolument impossible de ne rien entreprendre à cette fin pour le moment, sans commettre une injustice envers les vieux colons parmi lesquels il s’en trouve plusieurs qui ont servi la compagnie et dont les lots, comme je vous l'ai communiqué par ma lettre d’hier, sont dans un état de désordre déplorable.

Cependant il y a actuellement à {mage Plain un nombre de lots de 32 acres chacun, en état d’être accordés à huit de ceux auxquels vous avez délivré des certificats. Îls ont été tracés l'automne dernier par M. Kemp et le premier commence à 60 verges

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environ au-dessous de Pigeons. Si vous voulez faire tirer ces lots au sort et donner avis à ceux qui les gagneront de s'y rassembler à une date fixée (qui nous sera communiquée un jour à l’avance) le premier chaîneur de M. Kemp se reudra sur les lieux avec eux pour leur indiquer leurs numéros respectifs. Quant au reste, soyez convaincu que M. Kemp est désireux de s'acquitter de sa tâche avec toute la diligence possible. Jusqu'à la réception des certificats que vous avez délivrés à J. Parke, J. Whiteway et J. Falster,—et ce sont les premiers que vous avez accordés, je crois, depuis votre arrivée, à l'égard de concessions excédant 30 acres, j’ignorais que le gouverneur Simpson eût établi une formule spéciale. Soyez convaincu que je n’ai pas l'intention de vous causer d’embarras inutile. Je vous renvoie l'obligation de W. Dunnett qui me

paraît engager ce dernier suffisamment.

Je suis, cher monsieur, Votre dévoué,

(Signé) A. BULGER.

Joux CLARKE, Esquire,

21. Procès-verbaux du conseil d'Assiniboine en date du 3 mai 1823.1

Procès-verhaux d’une séance du conseil tenue le troisième jour de mai mille huit cent vingt-trois à l'établissement de la rivière Rouge dans le district d’Assiniboine.

PRÉSENTS

Andrew Balger, gouverneur du district d’Assiniboine.

Thomas Thomas, du district d’Assiniboine.

William Hemmings Cook, du district d’Assiniboine.

John Pritchard, du district d’Assiniboine.

Le gouverneur informe le conseil que la veille, le deux courant, alors qu'il était dans le magasin de la colonie au fort Douglas, deux hommes qu’il ne connaissait pas sont apparus à la porte dudit magasin et que l’un d’eux demanda: “ Le capitaine est-il ici?” Puis ayant reconnu le gouverneur, il ajouta: ‘ Nous avons compris que l’on peut se faire rendre justice ici” Or le gouverneur ayant demandé ce qu’ils voulaient, celui qui avait déjà adressé la parole indiqua son compagnon en lappelant Risk Kipling lequel se tenait à côté de lui et avait la tête enveloppée d’un mouchoir couvert de sang, et dit ensuite: “ Cet homme a été presque tué par cet assassin et c’est le troisième cette année qu’il a traité de cette façon.”

Le gouverneur lui ayant demandé de qui il voulait parler, il répondit: “Pensonant” que le gouverneur connaissait comme commis au service de la compagnie de la baie d'Higsom, employé par John Clarke, Esquire, agent en chef de ladite compagnie dans e district.

1 Archives du Canada, correspondance de Bulger, TI, M. 151, p. 184.

2 John Clarke fut l’un des associés d'Astor dans la compagnie de fourrure du Pacifique. Il commanda le détachement d’Athabaska de 1815-16 et poussa les hostilités avec énergie contre les “ Nor’ Westers”. Il prit d'assaut le fort Vermilion mais fut repoussé jusqu'à la rivière la Paix. Après avoir été aux prises avec la famine il fut fait prisonnier au fort Chippewyan par MacGillivray et Black. Après la fusion des compagnies, Clark se rendit à Montréal. I! retourna peu de temps après avec une suisse pour épouse et fut agent en chef sous le gouverneur Simpson. La correspondance de Bulger démontre que, durant l'administration de ce dernier, j! y eut constamment des disputes avec Clarke. Bulger écrivait à celui-ci le 4 octobre 1822: “ Non content d'avoir ainsi méprisé mon autorité comme gouverneur de l'établissement et d'avoir foulé aux pieds les droits et les privilèges garantis aux colons par les concessions de la compagnie de la baie d'Hudson, vous nous menacez de couronner vos agressions en arrêtant le passage libre de la rivière Rouge.” (Corr. de Buiger, II, M. 150, p. 357 ) Dans une lettre au gouverneur Simpson, datée de Londres, 21 mai 1823 (corr. de Bulger, III, M. 151, pp. 215-221) le gouverneur et le comité déclarent que la conduite de M. Clarke, au commencement de l'hiver précédent, a été absolument injustifiable et que ce dernier a complètement mal compris ses droits et ses devoirs d'agent en chef. Ils déclaraient en même temps que les serviteurs de la compagnie dans le district devaient se considérer sous l'autorité du gouverneur.

Le gouverneur communiqua de plus au conseil que cet appel inattendu à l’égard d'un acte avec lequel il désirait n’avoir rien à faire, lui avait causé une très grande surprise. Vu qu'il ne savait ce qu’il devait répondre et qu’il voulait gagner du temps pour réfléchir, il se contenta de dire qu’il était alors occupé, mais qu'il serait prêt à les entendre dans une heure. Il se rendit ensuite à sa chambre et après avoir examiné la situation, il considéra qu’il était de son devoir impérieux de protéger la vie même du dernier individu dans le district dont il avait été constitué et nommé gouverneur par la compagnie de la baie d’Iludson, et se décida ensuite de convoquer les messieurs nommés conseillers dudit district par cette honorable compagnie! afin d’avoir recours à leur avis et à leur coucours pour déterminer de quelle manière procéder et s’enquérir du bon droit du cas ainsi imposé à leur considération. Or, après avoir pris cette détermination, il donna ordre de conduire les plaignants à sa chambre où en présence de M. Kemp il leur fit part qu'il ne pouvait les entendre que devant les messieurs du conseil qu'il convoquerait pour le jour suivant à 11 heures, alors que les plaignants pourraient se présenter s’ils avaient quelques dépositions à faire. Il imposa silence à l’un d'eux qui tenta de répondre en disant qu’il ne pouvait alors ne rien entendre de leur part. Et après avoir terminé le travail de la journée il expédia une lettre à M. Clarke pour l'informer de la plainte formulée contre M. Pensonant et de l'attitude qu'il avait décidé de prendre à cet égard.

Le gouverneur communiqua ensuite au conseil que le matin (le 3 courant) il reeut la visite de M. Hargrave? un monsieur au service de l’honorable compagnie de la baie d'Hudson, chargé de me faire part des sentiments de M. Clarke à l’égard du cas en question, ce qu’il fit dans les termes suivants: “M. Clarke ne reconnait pas au gouverneur et au conseil d’Assiniboine l’autorité de s'immiscer dans ce cas° et ne permettra à personne sous son contrôle de venir témoigner à ce sujet devant eux.” Alors le gouverneur ayant demandé à M. Hargrave s’il ne consentirait pas à donner par écrit ce qui précède, celui-ci refusa en disant qu’il n’était pas autorisé à le faire. Puis le gouverneur lui ayant demandé sil répéterait la même chose devant les messieurs du conseil il refusa de nouveau en disant qu’il connaissait les sentiments de M. Clarke et qu’il était chargé seulement de faire.cette communication au gouverneur personnellement. Puis le gouverneur ayant demandé à M. Hargrave de vouloir bien faire part à M. Clarke que s’il consentait à énoncer, par écrit d’une manière formelle, son refus de reconnaître l'autorité du gouverneur et du conseil de ce district, toutes les procédures seraient suspendues pour soumettre le point à la décision du gouverneur et du comité de la compagnie de la baie d'Hudson, le messager se chargea de communiquer ce message à M. Clarke.

Après la communication de ses renseignements au conseil, il fut résolu à l’unanimité d'attendre la réponse de M. Clarke à l’égard de la proposition du gouverneur transmise par l’intermédiaire de M. Hargrave. Le gouverneur et le conseil attendirent par conséquent durant une heure et demie alors que M. Hargrave revint et leur présenta une lettre qui se lit comme suit:

| “Je déclare par la présente qu’à mon avis le gouverneur et le conseil d’Assiniboine ne sont pas autorisés à intervenir dans les affaires intérieures de l'honorable Compagnie de la baie d’ITudson, soit en matière civile ou criminelle sans la présence et l'assistance du représentant de la compagnie dans le district d’Assiniboine, considérant que, sans la présence et l'assistance dudit représentant, toute affaire civile ou criminelle, quand les deux parties relèvent de la compagnie, doit être régulièrement soumise au gouverneur et au conseil de l'honorable compagnie de la baie d'Hudson au a

o 1T1 était déclaré par les résolutions de l'assemblée générale de la compagnie de la baie Hudson, que le gouverneur d’Assiniboine avec deux membres de son conseil sans distinction Constituait un quorum pour les fins de l’administration de la justice. “James Hargrave qui fut plus tard membre du conseil d'Assiniboine.

ba 8 Lorsque le district d’Assiniboine fut concédé à lord Selkirk en 1811, la compagnie de la bäle d'Hudson fit une importante réserve en faveur des cédants ‘“sauvegardant et -réservant Cependant pour ledit gouverneur et ladite compagnie et leurs successeurs tous les droits de jurifiction accordés à ladite compagnie par sa charte ”.

comptoir d’York ou ailleurs dans le département du nord de la terre de Rupert. Je proteste par la présente contre une telle intervention et de plus je tiens le gouverneur et le conseil d’Assiniboine responsables des conséquences d’une telle conduite propre à créer des dissensions et à porter atteinte à l'esprit de subordination qui doit régner entre maître et serviteur.

(Signé) JOHN CLARKE, Agent en chef de la compagnie de la baie d'Hudson.

Forr Garry, 83 mai 1823.

Au gouverneur et au conseil d'Assiniboine, - Fort Douglas.

M. Hargrave s'étant retiré. le gouverneur et le conseil s’occupèrent d'enregistrer leurs sentiments à l’égard de la lettre ci-dessus ainsi que leur résolution finale:

Le gouverneur et le conseil se sont réunis ce jour en vertu de l’autorité de l’assemblée générale de la compagnie de la baie d'Hudson, avec des pouvoirs sanctionnés par le gouvernement de Sa Majesté. TL’objet de leur réunion était précisément celui pour lequel ils ont été constitués, c’est-à-dire rendre la justice conformément aux lois d'Angleterre qui doivent leur servir de gouverne, d’après l'opinion d'une haute autorité. Ils sont d'avis qu’il n’y a personne au-dessus de ces lois que tous sont justiciables de leur tribunal et passibles, pour toute infraction à ces lois dans les limites du district d’Assinibone, d’être poursuvis d’après le mode indiqué par l'honorable comité de la compagnie de la baie d'Hudson, dans sa lettre du ler juin dernier adressée au gouverneur dudit district. Surtout ils n'auraient jamais pensé qu'aucune personne, encore moins un monsieur qui occupe un rang élevé dans le service de la compagnie de la baie d’Iludson, se serait permis pour un moment de se placer au-dessus de ces lois, ou de nier l’autorité de la cour constituée par l'honorable compagnie et sanctionnée par le gouvernement de Sa Majesté. Le gouverneur et le conseil n’ont jamais tenté de s’immiscer dans les affaires intérieures de la compagnie de la baie d'Hudson et comprenant que la justice doit être rendue publiquement, ils ne pouvaient s'opposer à ce que M. Clarke soit présent à leurs séances, mais d’autre part ils considèrent que ce dernier n’a aucun droit de prendre part à leurs décisions ou d’avoir voix au conseil, puisqu’il n’a pas plu à l’honorable compagnie de la baie d'Hudson de le nommer membré de celui-ci. Ils ne considèrent pas non plus qu'aucun de leurs actes ait pu donner lieu à l'accusation de créer des discussions et de porter atteinte à l'esprit de subordination entre maître et serviteur; il s’ensuit que la même acensation pourrait aussi bien être formulée contre toute cour de magistrat en Angleterre qui prendrait connaissance de la plainte d’un serviteur contre son maître, que contre le gouverneur et le conseil d’Assiniboine siégeant sous l’autorité de la compagnie de la baie d’Hudson pour connaître d'une affaire apparemment d’un caractère grave survenue entre deux serviteurs de la compagnie. Pour conclure le gouverneur et le conseil ont résolu unanimement de suspendre toutes les procédures dans le cas en question et de laisser la revendication de leur autorité à l'honorable compagnie qui la leur a conférée, Il2a été résolu de plus que les procès-verbaux de ce jour soient signés en triple par le gouverneur et le conseil, que l'original soit déposé parmi les archives de la colonie de la rivière Rouge, que le duplicata soit transmis par le gouverneur à l'honorable comité

de l1 compagnie de la baie d'Hudson et que le triplicata reste à la disposition du gouverneur.

À. BULGER.

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