‹ Le nord-ouest canadien: son évolution primitive et ses archives législatives: procès verbaux des Conseils de la Colonie de la Rivière Rouge et du Département du nord de la Terre de RupertChapitre 67 sur 177 · THOMAS THOMAS · texte numérisé non relu

THOMAS THOMAS

WM. HEMMINGS COOK.

JOHN PRITCHARD

oo. Lettre du gouverneur, du sous-gouverneur et du comité de la compagnie de la baie d'Hudson au gouverneur Simpson, 21 mai 1823.

Hupsox's Bay Tlouse, Lonpres, 21 mai 1823.

GrurGE SIMPSON, Esquire.

AMOXSIEUR,—

Nous avons recu des exécuteurs testamentaires de lord Selkirk, une dépêche qui leur a été adressée par M. Bulger, gouverneur d'Assiniboine, et de M. Train la copie d'une lettre qui lui a été adressée par M. Clarke, agent en chef, au sujet de ce qui s'est passé au confluent de la rivière Rouge au commencement de l’hiver dernier.

Nous sommes disposés à croire que la conduite de M, Clarke est due à son dévouement pour ce qu’il-considère les intérêts du commerce de fourrure, mais nous devons en même temps faire remarquer que quelques-uns de ses actes sont absolument injustifiables, puis extrêmement imprudents et inconsidérés. L'avis qu’il s’est permis de donner à M. Bulger relativement au trafic des fourrures qui se faisait contrairement à la charte de la compagnie, et au permis du roi, alors qu’il savait que M. Bulger était le gouverneur du district nommé par nous, était absolument mal entendu et inconvenant, en même temps qu’il pouvait avoir pour effet de discréditer l'autorité et les privilèges de la compagnie et de jeter tout l'établissement dans la confusion. Son irruption dans la maison de Larante avec un parti armé de même que la saisie des peaux de daims et de bufñlles ainsi que des fourrures et des pelleteries qu’il y trouva, sont autant d'actes injudicieux et illégaux qui pouvaient avoir pour effet de troubler la paix d'une manière dangereuse. Dans le cas où il aurait été informé que Larante faisait le trafic de fourrures, il devait s'adresser à M. Bulger le gouverneur qui, en vertu d'une déclaration de ses faits produite sous serment, aurait sans doute autorisé des perquisitions. Et de la sorte on aurait contribué à remplacer la force et la violence par le pouvoir et l’autorité d’une manière régulière.

Mais M. Clarke aurait agi plus judicieusement encore si, en premier lieu, il avait demandé au gouverneur de publier l’avis contre le trafic de fourrures et d’informer les habitants que, si par la suite ils se livraient au trafie de fourrures, ils seraient chassés de leurs terres en vertu des conditions de leurs concessions et que toutes les fourrures découvertes en leur possession seraient saisies.

L'intention d'arrêter le bateau se rendant à Pembina était aussi illégale aussi bien qu ’imprudente et inconvenante, car bien que M. Clarke, dans sa lettre à M. Bulger, feigne d’être surpris de ce qui s’est passé, d’après toutes les circonstances, il n’est pas douteux que si M. Forrest avait été seul dans le bateau M. Clarke l’aurait détenu et empêché d’aller à Pembina pour se procurer des provisions. Une telle conduite aurait pu donner lieu à des actes de violence et à des pertes de vie qui auraient eu des conséquences sérieuses pour M. Clarke, sans compter que de tels actes sont propres à discréditer la compagnie aux veux du gouvernement et du publie de ce pays. Il est probable aussi qu’ils auraient été très préjudiciables aux intérêts de cette dernière, car On ne souffrirait pas maintenant que des violences se renouvellent après les sacrifices qui ont été faits pour empêcher de nouveaux conflits d'intérêts.

M. Clarke semble avoir tout à fait mal compris ses droits et ses devoirs d’agent en chef et s'être considéré non seulement indépendant du gouverneur Bulger en ce Jui concerne le trafic, mais supérieur à Jui en autorité, ce qui impliquerait une erreur de notre part qui n’a jamais été commise.

De plus, M. Clarke n’avait ni le droit ni l’autorité de demander à l’évêque catholiue de publier un avis au sujet des droits de la compagnie, et ce dernier n’aurait pas dû acquiescer à sa demande sans la sanction du gouverneur à cet égard. En outre, son assertion dans sa lettre à l’évêque à l’endroit de la compagnie possédant le droit d’embêcher les colons, qui tiennent des terres en vertu de concessions de lord Selkirk, d'échanger des provisions, est tout à fait dépourvue de fondement. La compagnie n’a

l'Archives du Canada, corresp. de Buiger, M. 151, p. 215 ef seq.

pas un tel droit et, bien que la question concernant les peaux de buflles et de daims, considérant ces derniers comme des “animaux sauvages ”, puisse être discutée, néanmoins nous n'avons jamais eu l'intention d'empêcher les colons de se procurer ces peaux en autant qu’ils en avaient besoin pour leur propre usage.

M. Clarke a été envoyé à la rivière Rouge parce que l’on a pensé que Pexpérience qu’il avait acquise dans cette région, de même que son influence sur les Canadiens ct les Métis, lui permettrait d’être très utile à M. Bulger sans compter qu'il était requis par des instructions de donner à ce dernier toute l’aide qu’il pourrait sans nuire au trafic. Par conséquent nous ne pouvons comprendre comment il a pu se considérer justifiable de mépriser l’autorité de Bulger ou de tenter d'empêcher les colons de se procurer des provisions et du cuir dans l'intention d'obtenir des prix exorbitants pour ces articles, puisqu'il pouvait les fournir lui-même en les prenant dans les magasins

- de la compagnie.

Avee une administration libérale et judicieuse, l'établissement peut rendre de grands services au trafic de la compagnie et celle-ci peut supporter et encourager ledit établissement (sans encourir réellement des dépenses) en y achetant des articles dont elle a besoin pour son trafic et en transportant pour celui-ci des marchandises, ete., à un taux modéré. Nous espérons donc qu’à l’avenir toutes les transactions avec létablissement se feront en vue d'obtenir ce résultat.

Vous trouverez ci-incluse la copie d'une résolution adoptée en 1816, à l'effet d’encourager les colons à cultiver activement leurs terres. Cette résolution est encore en vigueur; nous désirons qu’elle soit mise à effet généreusement et franchement et nous espérons que les colons y verront la preuve des bonnes intentions de la compagnie à leur égard.

Le moyen le plus efficace d'empêcher lintrusion de petits trafiquants du Canada ou d’ailleurs, c’est de s’en tenir aux instructions contenues dans notre lettre du 15 mars dernier, par lesquelles nous avons prescrit de vendre les marchandises au comptoir d’York avec un profit d’un tiers ou de 334 pour cent sur le prix coûtant, ce profit étant destiné à couvrir le fret, l'intérêt, l'emballage et tous les frais. Le prix des marchandises ainsi fixé est aussi bas sinon plus bas que le prix des mêmes articles à Montréal. Si la vente se fait à la rivière Rouge, les prix doivent être ceux qui servent à dresser l'inventaire de ce qui reste, y compris les comptes annuels de la compagnie. Si l’on s’en tient à ces prix (et nous désirons positivement qu’il en soit ainsi), aucun petit trafiquant ne trouvera son profit à introduire des marchandises dans la région. Toutefois si quelqu'un tente d’en faire l'essai, nons désirons que ses marchandises de provenance européenne ou autre ne soient pas saisies, mais que l’avis défendant Je trafic avec les sauvages lui soit délivré. Or sil est ensuite constaté qu’il a fait le trafic de fourrure et de pelleterie, celles-ci devront être saisies, puis on devra se tenir prêt à saisir toutes les fourrures, pelleteries ou peaux de buflles qu’il pourrait tenter d'exporter de cette région sans notre permis et autorisation conformément à la charte et au permis royal en vertu des statuts '1 et 2, Geo. IV, chap. 66.

Par suite de la résignation de M. Bulger, nous avons nommé Robert Parker Pelly, Esquire, gouverneur d'Assiniboine. Ce dernier s’embarquera sur le Prince of Wales.

Le district se compose du territoire concédé à lord Selkirk et le gouverneur et le conseil seront investis, en vertu de la charte et de notre autorité, de tous les pouvoirs non seulement pour rendre justice conformément aux lois d'Angleterre, mais de requérir tous les agents en chef, trafiquants et serviteurs de la compagnie dans les limites du district ainsi que les autres habitants, d'aider et de participer à l’exéention de leurs décisions et au maintien de la paix, qu’il s'agisse de soulèvement où de conduite turbulente de la part d’une partie des habitants ou d’une attaque de la part des sauvages ou autres. Les agents en chef, les trafiquants en chef et les serviteurs de la compagnie, dans les limites du district, doivent se considérer sous l'autorité du gotverneur et se conformer et obéir à tous les ordres qui peuvent être donnés par ledit gouverneur et son conseil. Si l’agent en chef ou le trafiquant considère que quelqu'un de ces ordres est préjudiciable au trafic, il ne devra tenter d'y résister, mais il pourra

par écrit, dans des termes modérés et respectueux, transmettre son opinion au gouverneur et au conseil. Puis si la manière d'agir de ces derniers n’est pas satisfaisante, il devra tout communiquer au gouverneur et au conseil du comptoir d’York, En ce cas ceux-ci institueront une enquête et nous transmettront tous les faits qui devront être soumis à notre considération et à notre décision. Ïl est nécessaire de mettre fin à tous les doutes quant à l’autorité suprême dans le district, afin d'empêcher les disputes à l'avenir.

Ces instructions n’ont jamaïs eu pour objet de mettre obstacle aux règles et règlements que le gouverneur et le conseil du district du nord sont autorisés à établir à l'égard de l’administration et de la conduite du trafic. C’est pour des fins de réglementation municipale et en vue de préserver la paix dans le district qu’il y est déclaré que l’autorité suprême, dans les cas de dispute ou d’urgence, est dévolue au gouverneur et au conseil d’Assiniboine, et sujette à l’un et l’autre des gouverneurs des territoires de la compagnie, lesquels présideront quand ils seront présents. Et nous insistons fortemont sur la nécessité de supporter cordialement et unanimement le gouverneur et le conseil, car c’est le moyen le plus efficace de préserver la paix dans l’établissement et d'empêcher les empiètements des Américains ou des sauvages hostiles.

C’est parce que l’on s’est écarté de cette règle que l’établissement a souffert de srands dommages et que nous sommes obligés d’encourir les dépenses requises pour un envoyé, afin d'assurer aux colons la protection de la compagnie à l’égard de leurs justes droits et de les convaincre que nous n’approuvons pas les actes arbitraires et illégaux commis au commencement de l’automne dernier et qu’il ne sera pas permis qu’iis se renouvellent.

Comme il a été constaté que le manque d'argent “or circulating medium” dans la colonie a donné lieu à de grands inconvénients, nous vous avous enjoint par notre lettre du 13 mars de mettre en circulation les billets qui avaient été envoyés. Un moyen prompt et efficace de mettre ces billets en circulation cest d'établir que la compagnie devra y avoir recours pour effectuer tous ces paiements soit pour du grain ou. autres articles achetés des colons, que, pour toutes les marchandises vendues au magasin de la rivière Rouge, le paiement devra se faire au moyen de ces billets et qu'aucune transaction avec la compagnie, consistant en échange de provision contre des marchandises, ne sera permise. Les personnes capables de fournir une lettre de change sur Londres recevront à la place de celle-ci une quantité suffisante de ces billets pour en former l'équivalent. Et il est de plus recommandé de voir à ce que tous les paiements entre les ouvriers eux-mêmes soit pour salaires ou autres services se fassent au moyen de ces billets, ce qui aura pour effet de les mettre promptement en circulation et de démontrer à la population les avantages qu’elle peut en retirer. Nous ne croyons pas qu’il soit nécessaire de vous transmettre d’autres détails pour le moment, car M. Pelly, le nouveau gouverneur connaîtra entièrement nos intentions et nos vues de même que celles des fidéicommissaires de Lord Selkirk à l’égard de l'établissement.

Comme nous sommes informés que lhabitation située au fort Douglas n’est pas dans un état convenable ni aménagée pour procurer le confort, nous désirons que la personne chargée de l’administration à la rivière Rouge s'occupe de la faire réparer de manière à la mettre en aussi bon état que possible pour recevoir le gouverneur Pelly avec sa famille. A l’arrivée de M. Pelly, si l'habitation au fort Douglas n’est pas dans un état convenable, il faudra lui donner l'hospitalité à Fort Garry pour un certain temps et nous désirons que vous donniez les ordres nécessaires à cet effet.

Nous sommes vos sincères amis, (Signé) J. H. PELLY, gouverneur.

‘ N. GARRY, sous-gouverneur.

JOSEPH BERENS.

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