‹ Le nouveau jeu; comédie en cinq actesChapitre 18 sur 34 · SCENE II BOBETTE, RIQUIQUI. BURANTY · texte numérisé non relu

SCENE II BOBETTE, RIQUIQUI. BURANTY

BURANTY

Bonjour !... (Apercevant Riquiqui.) Tiens !.. par quel hasard ?

bobette, présentant Riquiqui à la blague.

Mme Andrée...

BURANTY, achevant.

De Langrune. Je suis au courant de l'avatar.

Comment m'appelles-tu ?

BURANTY

Rien. C'est du russe. Ça va comme tu veux ?

RIQUIQUI

Mais oui.

BURANTY

Enchanté. J'espère bien te voir sous peu avec ta voiture.

RIQUIQUI

Automobile !

buranty, àBobette.

Parlons de vous, belle amie. Eh bien? Des détails, des détails ? J'en veux. Il m'en faut ! Et à partir du commencement ! En voilà des anecdotes ! D'abord, c'est vrai que Costard vous a collé cent mille, la veille du contrat?

C'est vrai.

BOBETTE

RIQUIQUI

Veinarde !

BURANTY

Et c'est vrai que vous êtes remis ?

BOBETTE

On se revoit.

BURANTY

C'est charmant. Vous n'êtes donc pas partie pour l'Amérique, avant le mariage, comme vous le deviez ?

BOBETTE

Non. Les malles étaient faites... Et puis, au dernier moment, ça m'a paru loin. Loin du Bois... loin de tout... Avec ça, la peur d'avoir mal au cœur sur l'eau... je ne me suis pas senti le courage. Et, ma foi, je suis restée.

BURANTY

Et puis, il y avait aussi autre chose ?

BOBETTE

Quoi donc ?

BURANTY

Une envie bleue d'assister au mariage de Paul.

BOBETTE

Oui... ça, je l'avoue... Mais, pourtant, je n'y ai pas été.

Ah!

BOBETTE

Parce que sa mère me l'a fait demander. Moi, quand on est poli, je ne sais pas refuser.

BURANTY

C'est bon à savoir.

BOBETTE

Et puis, je lui devais ça... Voilà pourquoi on ne m'a pas vue à l'église, ni nulle part.

BUBANTY

Vous y avez perdu.

RIQUIQUI

Pour sûr!

BURANTY

Vous savez au moins comment ça s'est passé ?

BOBETTE

Oui et non. J'ai su que ça avait été très joli.

BURANTY

Comment ? Paul ne vous a pas raconté ?...

D'abord, je ne l'ai interrogé là-dessus que très discrètement, et ensuite... toujours il m'a envoyée promener, en me disant qu'il ne voulait pas parler de ça... Que ça le ramenait aux plus mauvais jours de son histoire... Alors, je n'ai pas insisté. N'y a qu'une chose qu'il m'a dite. [Elle rit.)

BURANTY

Laquelle ?

BOBETTE

C'est le coup que lui a fait son beau-père !

BURANTY

Le soir ? Avec l'argenterie ? Oh ! admirable !

RIQUIQUI

Il lui a chopée ?

BOBETTE

Bien plus drôle !

RIQUIQUI

Racontez-la-moi.

BURANTY

Racontez-lui.

Ben voilà : c'était le soir du mariage, après le grand dîner tralala. Paul s'embêtait, il bâillait, il n'en pouvait plus... Il n'avait qu'une pensée au cœur, c'était de...

Parfaitement.

RIQUIQUI

BOBETTE

Sur les onze heures prolongées, il dit comme ça à sa petite femme : « Rentrons-nous, ma vieille?... » Elle accepte...

RIQUIQUI

Tiens !

BOBETTE

Alors, son père, qui avait dîné comme un Hollandais, leur dit : « Mes petits chiens, puisque vous filez et que vous avez forcément le boulevard à traverser, voulez-vous me prendre en bandoulière ?... J'ai une course à faire par là, vous m'obligeriez. » Pour avoir la paix, Paul répond :

« Comment donc ! » Ils partent. En bas, le vieux dit quelques mots .tout bas au cocher; Paul n'y fait pas attention. Les voilà en route. La petite femme et le papa dans le fond, Paul sur le strapontin. Faut te dire que le vieux, avant de monter, s'était écrié : « Puisqu'ils rentrent chez eux, maman, si on leur donnait l'argenterie? » Et Paul avait eu beau hurler, on te lui avait planté sur les genoux trois boîtes de maroquin, grandes comme ça, qui pesaient deux cents. Enfin, ça va tout de même. Personne ne parlait. Alors, la fatigue, trop bien bouffé, la chaleur, est-ce que je sais?... Paul pionce, perd la notion... Et, tout d'un coup, il sent que ça s'arrête... il s'éveille, il se trouve aveuglé par des pétards de lumière, une devanture de café, et cent cinquante personnes à la terrasse qui les avalaient comme la vachalcade. C'était notre sacrée canaille de beau-père qui se faisait déposer à l'Américain... minuit tapant, le coupé de la noce, les chevaux et le cocher enrubannés ! Crois-tu, cet estomac ? Non, mais tu trouves pas ça épatant ?

RIQUIQUI

Epatant !

BOBETTE

Attends donc ! Y en a encore. Pendant que- le

vieux descendait, une des boîtes glisse... toute grande ouverte... et bing ! trois douzaines de petites cuillers à café qui se mettent à valser sur le trottoir. On marchait dessus. Sans des gens complaisants qui... [Elle se tord.)

BUUANTY

C'était bien nouveau jeu ! Toute la journée, d'ailleurs, ça avait été inouï. L'église...

liOBETTE

C'est vrai, vous étiez son témoin ?

RIQUIQUI

Ce qu'il y avait encore de mieux, c'était la mariée.

Oui. Ah 1 le fait est qu'au bout du compte il a là une petite femme. (// siffle.) Mes enfants!

BOBETTE

A ce point-là ? Moi, je ne l'ai vue que le soir où nous étions ensemble aux Folies... Tout est parti de là!... (A Buranty.) Vous vous rappelez?

BURANTY

Je crois bien ! (.4 Riquiqui.) Tu te rappelles ?

RIQUIQUI

Si je m'en rappelle !

BOBETTE

Eh bien, elle ne m'avait pas renversé.

BURANTY

Oh si! Elle a bien du battant et de la mousse... En blanc, à la sacristie, avec son oranger sur l'oreille.

BOBETTE

Sans doute. Ça n'est pas un pou. Mais enfin, il y en a plus de dix comme elle, dans le quartier.

BURANTY

Et alors, Paul? Avec vous, maintenant? Toujours le même ?

Toujours.

BURANTY

C'est beau, l'amour !

BOBETTE

C'est une habitude.

BURANTY

Comment ça s'est-il rabiboché ?

BODETTE

Gomme ça ! D'abord, le jour du mariage, il a eu une bien gentille attention.

BURANTY

Il vous a envoyé des fleurs ?

BOBETTE

Mieux que ça!

RIQUIQUI

Du bonbon ?

BOBETTE

Non. Une dépêche. Rien qu'une ligne : « Trois heures, je pars pour mairie, pense à toi. Baisers. »

BURANTY

Aïe donc ! C'est pas compliqué.

Non. Mais ça m'a... la petite bête...

BURAXTY

Et huit jours après ?. ..

BOBETTE

Huit jours! Dès le surlendemain il était là... et il avait repris ses coutumes... Dame! On peut dire bien des choses sur Paul... il est léger... ceci, cela... D'accord... mais, au fond, ça n'est pas un méchant garçon...

RIQUIQDI

Tout de même, il se conduit avec sa femme comme un...

BOBETTE

Du moment qu'elle ne sait rien... Et puis quoi ? De me fréquenter ça ne l'empêchera pas d'être un bon mari...

BURANTY

Gomme tant d'autres !

BOBETTE

D'ailleurs, laisse donc... sa femme...

riquiqui Oui!...

Hé? Oh! pardon! Je ne permettrai pas... Irréprochable! Vous entendez? Mes deux mains au feu.

BOBETTE

Laissez donc vos mains.

BURANTY

Pas du tout. Je la connais, je fais son portrait...

bobette et riquiqui, ensemble.

Ah!

BURANTY

Oui, je l'étudié chaque jour... pendant nos longues séances. Eh bien, cette petite femme-là... rien à faire !

RIQUIQUI

T'as essayé?

BURANTY

Moi ? Non. Mais ça se voit bien.

BOBETTE

A quoi ?

Atout... Enfin, n'insistez pas... Vous me contrariez.

BOBETTE

Mais, ah ça ! Vous êtes pincé ?

Pas le moins du monde.

RIQUIQUI

La manière dont tu la défends !...

BURANTY

C'est en artiste... Pour monportrait, j'ai besoin de la croire honnête, comprenez-vous ? Faut qu'elle soit pure... que je travaille sur de la vertu...

RIQUIQUI

Va donc! Tu ne disais pas ça avec moi.

BURAXTY

C'est possible. Maintenant que je vous ai goûtées toutes les deux, je prends mon vol.

BOBETTE

Déjà! C'est tout ce que vous aviez à me dévider?

BURANTY

Mais oui. Je voulais seulement prendre l'air de la maison, en passant. Bonsoir.

BOBETTE

Partez donc pas encore. Il va venir, Paul. Vous lui serrerez la main.

BURANTY

Je la lui serre chez lui.

Où allez-vous maintenant?

BURANTY

Chez lui.

BOBETTE

Vous ne le trouverez pas.

BURANTY

Justement.

BOBETTE

Hein?

BURANTY

Oui... parce que je vais pour travailler... avec sa femme. C'est jour de pose.

BOBETTE

Jour de pose?

RIQUIQUI

Gomment la fais-tu?

BURANTY

Mme Gostard?

RIQUIQUI

Oui.

Je la fais... sortant du bain.

BOBETTE

Comme un ver?

BURANTY

En peignoir! Etes-vous folle!... C'est pour le prochain Salon. La toile sera intitulée : Après le bain; portrait de Mme P. C.

bobette, à Riquiqui.

Nous irons voir ça.

RIQUIQUI

Un peu.

BOBETTE

C'est elle qui a eu cette idée-là... du bain ?

BURANTY

C'est nous deux.

BOBETTE

Vous êtes d'accord.

BURANTY

Elle a une telle conscience artistique... figurezvous qu'avant chaque séance elle prend un bain pour de bon.

BOBETTE

Bah?

Oui. Pour que la peau des bras, des épaules, de la naissance, là... que tout ça ait un joli ton moite... et parfumé...

BOBETTE

Tais-toi, chéri! Voilà Paul!

BURANTY

Je me sauve.

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