SCENE PREMIERE
JACOB, puis BURANTY, RIQUIQUI. Au lever du rideau, Jacob, le valet de chambre, met la dernière main au couvert. Petit souper prépare' pour quatre.
JACOB, regardant au cartel.
Là. Les Folies-Rergère finissent à minuit. Il est moins vingt. Monsieur et madame n'arriveront pas avec leurs amis avant un- bon quart d'heure. J'ai le temps de lire les feuilles et de me tenir au courant. (Coup de timbre.) Qui est-ce qui fait de la musique à cette heure -ci ? (// se lève et va voir» Reparaît aussitôt derrière Buraniy et Riquiqui.)
BURANTY
Ils ne sont pas là ?
JACOB
Qui ça, monsieur ?
BUBANTY
M. Gostard et Mme Bobette ?
JACOB
Non, monsieur.
BUnANTY
Parfait. Nous arrivons les premiers. Noussommes les amis...
BIQUIQUI
Les amis qui soupent...
JACOB
Ah ! très bien. C'est vous qui êtes le peintre ?
BURANTY
Jacques Buranty.
JACOB
Asseyez-vous donc. Ils ne vont pas tarder. (Il sort.)
BIQUIQUI
A la bonne heure... C'est chic... ici... on n'est
pas chez des chiffonniers. Dis donc, toutou, nous sommes partis en même temps qu'eux, et notre sapin a été plus vite que leur voiture de maître.
BURANTY
Tu vois, Riquiqui! Ça ne sert à rien d'avoir sa roulotte.
RIQUIQUI
Ne dis pas ça. Je changerais bien avec Bobette Langlois. As-tu vu ses perles ? Gomme des cachets d'antipyrine.
BURANTY
Oui. Et tu voudrais être une de ces femmes-là ? qui n'ont de cœur que pour de l'argent ?
RIQUIQUI
Au lieu d'être ce que je suis ! Ton modèle et ta bonne amie ? Dame, écoute donc ?
BURANTY
Tu me dégoûtes un peu. Mais, pendant que nous sommes seuls, plusieurs petites recommandations. C'est la première fois que Paul Gostard, mon vieux copain de collège, t'invite à souper chez lui, dans son bocal, avec Bobette... Observe ta tenue et ton langage, mon petit rat. Fais-moi honneur. Parce que ces gens-là sont pas lespremiers venus.
Gostard, d'abord, c'est Costard... Un peu voyou... mais avec une carrure et un battant énormes ; et, quant à Bobette, c'est pas rien non plus... C'est une de nos plus grandes caoutchoutées, tout simplement, chevaux, diamants, hôtel rue Ampère.
RIQUIQUI
Et fils.
BURANTY
Aussi. Avant Gostard, il y a trois ans, c'était un grand-duc, Par conséquent... ravale les gros mots, tiens-toi comme si t'étais à Péterhof, et ne quitte pas la pose.
RIQUIQUI
Oui, canarJ.
BURANTY
A la bonne heure. D'autant que lu as remarqué, ce soir ? Je ne sais pas ce qu'il y a eu entre eux; mais, à partir du milieu de la soirée, ils ont commencé à se cracher au nez comme des lamas. Il y a grande probabilité qu'eu voiture ils ont dû avoir un atirapage et qu'ils vont nous déballer, à ne pas prendre avec des pinceaux.
RIQUIQUI
On soupera tout de même ?
BURANTY
Chut! Les v'ià !