SCÈNE PREMIERE
MADAME LABOSSE. ALICE LABOSSE
madame labosse, à sa fille, en poussant un soupir. Sonne donc encore Victor ! (Alice sonne. Victor parait.) Monsieur n'est toujours pas rentré?
VICTOR
Non, madame !
ALICE
Oh! je commence à être inquiète ! Il faut aller à la Préfecture.
MADAME LABOSSE
Attends un peu.
ALICE
Mais pourtant, maman... \
MADAME LABOSSE
Attends. Tu connais bien ton père ?
ALICE
Il nous a quittées, hier au soir, comme nous partions toutes les deux pour les Folies-Bergère, où il nous avait promis de venir nous rejoindre, il n'est pas venu.
MADAME LABOSSE
C'est qu'il aura rencontré quelqu'un...
VICTOR
Un ami.
ALICE
Il est à présent deux heures. Il n'a pas paru de la nuit ni de la matinée... Voilà dix-huit heures qu'il est absent, et tu trouves qu'il n'y a pas lieu de se tourmenter ?
MADAME LABOSSE
Voilà vingt-cinq ans que c'est comme ça. J'ai eu si souvent des peurs qu'à présent...
Madame a raison... Il ne faut jamais désespérer de monsieur. Monsieur revient toujours. Il n'y a pas d'exemple que monsieur ne soit pas rentré...
ALICE
Jamais si tard!
VICTOR
Si. Une fois, trois jours ! en 1889, la dernière Exposition... (On entend c/tantonner.) Tenez!
MADAME LABOSSE, à Sa fille.
Qu'est-ce que je te disais?
ALICE
Ah! tant mieux !
VICTOR
L'entendez-vous, mon bon maître? (Il écoute.) Tiens? il s'arrête dans lantichambre.
ALICE
Pauvre papa, il est si bon !
MADAME LABOSSE
Trop bon! Allons-nous-en, fillette... Tu sais, quand il rentre comme ça, un peu inexactement...
VICTOR
A l'anglaise.
MADAME LABOSSE
Ton père n'aime pas être vu... il a sa délicatesse... Et puis c'est un vieillard... il ne faut pas avoir l'air de nous apercevoir... par respect...
ALICE
Tu as raison. Toi aussi tu es bonne !
MADAME LABOSSE
Oh, moi! Viens! Chut! Emmène Pastille, tu sais qu'elle agace ton père. (A Victor.) Je vous le recommande, Victor !
VICTOR
Craignez pas, madame. Je vas en avoir bien soin. [Elles sortent sur la pointe du pied.)