‹ Le Nouveau Monde;Chapitre 102 sur 140 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

WASHINGTON, feuilletant des papiers.

Milady, vous avez quitté les vôtres au moment de la guerre, seulement. — Pourquoi?

RUTH

Le jour où j'ai signé, en Angleterre, l'acte de ma séparation, monsieur, la guerre s'annonçait: je suis venue partager les périls de celui qui fut mon fiancé, autrefois.

WASHINGTON

Comptez-vous justifier toujours les actes dont vous êtes accusée devant nous, par le simple aveu d'un attachement que nul abandon, nulle fidélité, nulle sincérité, même, ne paraissent avoir jamais témoignés ?

RUTH

Qu il explique ma présence ici ! — Mes actes se justifieront seuls.

WASHINGTON

Dans cette soirée où des signaux furent allumés, par une femme, devant l'ennemi, ce fut en vain que le commandant Ashwell vous chercha dans notre camp. Aucun des soldats échappés au feu de 1 embuscade anglaise ne déclara, sur mon enquête, vous avoir aperçue après 1 heure du ralliement. — Vous vous êtes donc attardée, en dehors de nos lignes, errante sur le champ de bataille. — Pourquoi ?

RUTH

Il est des appels de détresse qui font oublier ceux des tambours. Interrogez les blessés de la journée. Ils répondront pour moi.

WASHINGTON

C était après le passage de la Delaware, il y a dix jours. Le crépuscule était clair et pâle. Vous étiez en vue de nos adversaires, sur lautre rive, et à portée de leurs armes.

Aucune trêve n'étant conclue, il est, en vérité, surprenant, que vous ayez, si impunément, secouru nos blessés, milady !

{Ruth se détourne vers les deux généraux : elle écarte un peu son manteau, silencieusement. Entre son col et son épaule, une compresse, tachée de sang, apparaît. — Puis elle ramène son manteau, sans prononcer une parole.)

WASHINGTON, après un instant.

Alors, — pourquoi taisiez-vous à mon lieutenant Stephen Ashwell le nom que vous portez ? Quoi ! vous, en ce moment si intrépide, madame, vous, mariée au commandant en chef des troupes d'occupation, vous laissez croire, sans clémence, à un noble et ardent cœur qui vous aime... et que vous-même, peut-être ! vous aimez...

RUTH. se troublant un peu et cherchant ses paroles.

Oh ! monsieur, pourquoi n'eussé-je pasattendu, pourlui révéler cette alliance, que la loi l'eût officiellement rompue ! Ne devais-je pas lui épargner, le plus longtemps possible... l'aveu... cruel... de cette circonstance... grave... de ma vie ? — Ayant subi sans cesse... avec le respect l'un de l'autre et avec douleur... le sentiment qui s'est réveillé entre nos cœurs, ici... un tel ménagement me semblait juste... et sacré...

[Stephen tressaille et la regarde.) WASHINGTON

Là se borne votre défense ?

[Ruth fait un signe de tête affirmatif.)

Votre avis. Franklin?

MlSTRESS ANDREWS, à part, regardant Stephen.

Et il se tait !

FRANKLIN, à demi-voix.

George, j'ai eu l'honneur, en effet, de voir, en Angleterre, lord Cecil. Il fut le premier à s'opposer à mon incarcération, malgré le déchaînement de tout Westminster. Il

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