ACTE CINQUIEME
neur qu'elle a cependant gardé, selon son serment : je ne dois que lui pardonner.
( Pensif :)
Et puis... qu'importe, à cette heure, tout cela! Pour celui qui va bien mourir, toutes les pensées s'effacent devant une idée plus sombre et plus belle.
(Ruth, vêtue de deuil, entre à droite.) RUTH
Vous m'avez fait appeler, monseigneur?
Lord CECIL, simple et grave.
Ruth, il convient que je vous dise adieu ; je pense que je serai tué aujourd'hui : nous nous devons quelques paroles qui dissipent des souvenirs d'instants cruels et ne nous laissent au cœur que la paix divine.
RUTH, troublée.
Milord, — hélas, je vous envie!... Moi, sur qui pèse la honte la plus affreuse et la plus imméritée, je n'ai pas même le droit de mourir. Je ne dois ni vous suivre (Plus bas.) ni rejoindre ceux que je ne puis oublier! — Donnez-moi vos mains, cependant! C'est une amie qui vous en supplie avec toute sa tristesse, qu'elle vous consacre en ce moment !
Lokd CECIL
J'oubliais de vous rassurer, Madame. Celle qui porte le nom de lord Cecil ne devait pas être calomniée, même par des rebelles. J'ai cru pouvoir faire passer un avis à Benjamin Franklin. Vos amis savent maintenant que vous ne les avez point trahis. Cette enfant Indienne, qui vous est dévouée, a été le sur messager que j'ai dû choisir. Quant à l'odieuse créature à qui vous devez ces longues épreuves, justice doit en être déjà faite, je pense.
RUTH. à elle-même, et comme sans avoir entendu la fin de la réponse de lord Cecil.
Ah! je pourrai donc mourir! (A im-d Cecii :) Comte Cecil, votre âme est grande. Vous aurez une amie dans ce monde où, selon l'expression de Dieu, il n'y a plus d'épouse ni d'époux.
Lord CECIL, à lui-même.
Quel noble visage! (Haut .) Vous ! mourir?... Pourquoi? Vos angoisses, dont la fin est prochaine, vous les oublierez : tout s'oublie.
RUTH, à demi-voix.
Non !
Lord CECIL. avec un grave sourire.
Tout. Pendant le combat, cette nuit, je songeais à cela. Je me disais : si ce jeune homme était tué dans la bataille?
RUTH. à elle-même.
Ciel!
Lord CECIL. amèrement et doucement.
Alors, qui sait? je partirais! Avec elle!... Oui, peutêtre accepterais-je la vie!... Je l'enlèverais : je l'emporterais dans mes bras, comme le soir de Rhode-Island !... Ruth, n'avons-nous pas, en Angleterre, auprès de Richmond, l'un des châteaux les plus merveilleux qui soient au monde ? Ce qui arriverait, si nous étions dans ce manoir, nul, mieux que moi, ne peut vous l'apprendre. J'ai connu les souvenirs pâlissants, je sais comment s'éteignent les amours.
RUTH, à elle-même.
Sa voix est lointaine : elle vient de la tombe ! — 0 mon Dieu!
{Elle s'accoude le front dans ses mains.)