ACTE PREMIER
mistress Moore. votre mère, et lui, au sujet de notre alliance, tout mon esprit était occupé déjà par les charges que le roi m'avait confiées. L'heure est dangereuse, milady. Au Parlement siègent des hommes qui perdent, en huit jours, plus de comtés que nos ancêtres n'en ont conquis en huit siècles. Pendant les discussions vaines, nos possessions en Amérique, dont l'avenir devait élever l'Angleterre au rang de la plus riche et de la plus puissante nation du monde, vont échapper à la couronne. Je répondis à mon père que les nécessités de ma mission politique ne me permettraient pas de prendre assez d'intérêt à des devoirs de famille.
Lady cecil Pardonnez-moi, monseigneur, si, de mon coté, je n'acceptai que froidement l'honneur de votre alliance.
Lord CECIL, après un geste.
Je consentis à une entrevue, cependant. — Lorsque je fus en votre présence, Ruth. je me sentis charmé, oh ! profondément!... Et je vous trouvai digne d'être la plus aimée de toutes les femmes ! Je vous demandai votre main. Elle me fut accordée.
Lady CECIL
J'obéissais, monseigneur.
Lokd CECIL
Je m'aperçus de votre réserve. Mais je crus que mon admiration et ma sympathie réussiraient à émouvoir votre froideur. Ruth, pardonnez-moi ; j'ai commis envers vous le crime de l'espérance.
Lady CECIL
Monseigneur...
Lord CECIL, très simplement.
Cependant vous étiez un esprit solitaire et ne s'entretenant qu'avec lui-même. Nous eûmes de mornes fiançailles.
A mesure que se rapprochait 1 heure de notre union, je vous sentais vous éloigner de moi de plus en plus, et le soir où nous échangeâmes les tristes serments, je savais que votre àme ne m'appartiendrait jamais. Je ne me rendis pas importun. — Je quittai Swinmore sur le minuit; je n'y suis point revenu.
Lady CEC1L, comme glacée.
J'ai prié Dieu de vous récompenser, Monseigneur.
Lord CECIL, souriant à demi.
Lui avez-vous demandé de m envoyer l'oubli ? — J ai souvent cru qu'il était venu.
Lady CECIL. se levant.
Vous accueillez donc avec faveur la prière que je vous ai adressée ?
Lord CECIL, se levant et parlant d'un ton grave.
Je vous l'ai dit, Madame, 1 Angleterre est menacée d'un désastre dont la conjuration nécessite une main de fer. Lord Mansfield prétend que je suis cette main, — en politique, du moins. J'ai donc accepté le poste de gouverneur militaire dans les colonies insurgées.
Lady CECIL, tressaillant.
Vous quittez l'Angleterre ?
Lord CECIL, froidement.
En me rendant ici, je me suis arrêté à Rossmore. J'ai fait don à la communauté de la fortune princière que vous m'avez apportée en dot, Madame, et, selon votre désir formel, j'ai prévenu la révérende abbesse que Ruth Moore, épouse divorcée de Lord Cecil, prendrait demain le voile en son monastère de Rossmore
( Un silence ) Lady CECIL. baissant la tête.
Monseigneur, que celle qui prendra ma place à ce foyer soitdiime de votre cœur et bénie de ses enfants !