ACTE CINQUIEME
Hélas! ce nom. tu las entendu, souvent, par les lourds minuits de l'hiver, fille d'Irlande, là-bas, dans la patrie !
RUTH, se troublant un peu, à elle-même.
0 ciel ! Que veut dire, encore, cette effrayante femme !
Mistress ANDREWS, amère et comme à elle-même.
La patrie !... Heureux ceux-là qui peuvent trouver place dans leur cœur pour la terre où ils ont souffert et où sont nés leurs enfants !... Mais moi, — moi, la fille désespérée d'une race jalouse à travers les siècles, moi, la fugitive, l'exécrée, avant ma naissance, à cause de ce sang parricide qui me brûle les veines...
RUTH, reculant devant mistress Andrews.
Vision de l'enfer, ton couteau m'épouvante, à présent, moins que ta vue !
Mistress ANDREWS, continuant, presque à elle-même.
... moi, qui ne peux aimer ou haïr qu'avec des violences natales qu'exalte encore l'exil, moi, pénétrée d'une héréditaire fatalité et que d'affreuses légendes environnent...
RUTH, balbutiant, les yeux dilatés par la terreur.
Mon Dieu, — mon Dieu, protégez-moi !
Mistress ANDREWS, continuant.
— Que m'importent les patries et les nouveaux mondes, à moi ! Au mépris de tout ce qui m'a repoussée, je défends mon amour ! Il me suffit.
(Bruit de l'assaut : canon lointain; éclats de trompettes; le tocsin sonne.) RUTH, d'une voix étouffée.
Au secours !
Mistress ANDREWS, relevant la tête, et tirant son poignard.
Ils entrent. Voici les lueurs de l'incendie !... Je vais tenir parole — et c'est bien le tocsin qui devrait sonner l'heure de ma première joie !