AVIS AU LECTEUR
Mistress Andrews est le reflet sombre de cette féodalité dont lord Cecil représente 1 aspect lumineux, et je me vois obligé de donner quelques mots d explication au sujet du caractère presque fantastique dont elle est revêtue.
Mistress Andrews est une conception littéraire dont le symbole n'apparaît qu'au cinquième acte, alors que l'ombre de la main royale, bénissante, si je puis dire, poulie grand serviteur Cecil, se fait réprobatrice et mortelle pour la descendante de Ralph Evandale.
Le personnage de cette femme est fait d'une cohésion d éléments intellectuels et sensitifs d'un ordre beaucoup trop élevé pour être strictement humain. Des particularités de ce caractère semblent ultra-féminines. C'est pourquoi, pour les légitimer en mistress Andrews, j'ai dû l'entourer d'un halo légendaire, en faire une sorte de Mélusine américaine. Il m'a semblé logiquement indispensable, pour la vitalité, pour la possibilité du personnage, de le doter d'une envie mystérieuse, imprimée virtuellement en sa chair, — d une empreinte de sang qui n'apparaît qu'à l'heure de la mort, — d'un signe, enfin, séculaire héritage d'un forfait dont l'horreur peu commune est de tradition populaire autour de son nom. J'ai voulu, ainsi, créer le type d'une âme étrange, ténébreuse et amère, d'une fille de race, hantée de mélancolie, de silence et de fatalité. Mille grandeurs brisées apparaissent donc en ce caractère nocturne : ainsi, des éclats de miroirs et de cristaux, des lueurs de poignards sur les tapis d'un palais d'autrefois, après quelque orgie ducale. Cela dit. certaines exclamations de son rôle, exclamations surannées peut-être, s'expliquent et deviennent acceptables, prononcées par un être de cette nature spéciale.
Ruth Moore est la personnification de la terre américaine à cette époque ; terre toujours à moitié divorcée de 1 Angleterre, toujours à moitié libre, libre enfin.
Ce drame n'a pas encore été représenté en France.