SCÈNE PREMIÈRE
MOSCOXE, seul.
{Il entre, à gauche, un cornet à bouquin à la main et regarde autour de lui.)
Personne.
ill sonne dans son cornet.
Pas un chat sauvage ! — Je crois que je vais être réduit à proclamer l'appel aux armes devant les colibris et les oiseaux-mouches. — Que dois-je faire? Si je ne proclame rien, je dérobe mon salaire de crieur public puisque j'ai adopté ce gagne-pain, ici, en attendant mieux . — Si je parle, je serai (c'est le cas de le dire), la voix qui crie dans le désert. — C est étonnant, je suis comme cet aimable Bob ; je suis devenu, peu à peu, l'honnêteté même en foulant, depuis deux mois déjà, le sol américain ! J'ai des réticences d'hermine. C'est cette belle nature qui me rafraîchit l'âme.
// sonne une seconde fois. Un mugissement lui répond au loin.
Quelque buffle, qui croit que c est un confrère. — Allons ! Personne encore?... Tant pis ! Faisons notre devoir.
(Déployant une affiche cl lisant à hante voix .)
— « Habitants de la Virginie, qui m'entourez, haletants d'impatience, vous êtes avertis qu'aujourd'hui, sur le coup de deux heures, les miliciens de Frédéricksbourg et les hommes de bonne volonté devront se rassembler à la clairière de la Forêt-Bleue, près Mont-Vernon, pour y délibérer sur les moyens de sauvegarder nos droits et notre argent des exigences blâmables de la mère patrie. Et ce au nom du représentant à la Chambre des Bourgeois, major des milices, sir George Washington ! »
// placarde l'affiche contre un arbre
Là! Ma conscience est tranquille.