‹ Le nouveau monde industriel (volume 2)Chapitre 38 sur 120 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

Choix des manufactures spèculaHves ei usuelles.

Ce choix est une des opérations les plus délicates. Il s*agit d'établir, entre les manufactures et l'agriculture, une réciprocité de convenance qui fasse concourir ces deux classes d'industrie au succès Tune de Taotre : elles se heurteraient, si Ton raan* quait à la règle de favoriser l'essor de l'attraction industrielle préférablement aux vues de bénéûce pécuniaire : c'est le vice où tomberait tout pilote civilisé.

Conformément à cette règle, on devra, dans le choix des fabriques de la phalange, veiller à ce que chacune soit avec l'agriculture en double af* finité.

En lien de passion cabalistique, Et en lien d'intérêt local.

Signalons les préjugés contraires à ces deux roé* thodes :

Les manufactures tant prônées dans le système politique des modernes, qui les met au niveau do

IXBOSTftlIL. 233

l'affricultare, ne figurent dans l'état sociétaire qu*À titre d^acoessoires et compléniens du système agricole , fonctions subordonnées à ses convenances.

Je ne prétends pas dire qu'elles seront peu considérées dans le nourel ordre, car tonte phalange sera manafacturière, et tont individu riche ou pauvre qui aura été élevé dès le bas âge en harmonie, sera coopérateor passionné d*nne dizaine de manufactures ; mais elles ne tiendront que le second rang en industrie, et seront, malgré les chances de bénéfice, abandonnées quand elles ne pourront pas alimenter des intrigues cabalistiques alliées arec Tagricnlture du canton.

Celui qui proposerait d'établir dans la phalange d*e8sat one filature à coton, commettrait une faute choquante, car cette phalange que je suppose fondée en France , Allemagne ou Angleterre, ne cultiverait pas le coton ; ses voisins ne le cultive* raient pas non plus : elle adopterait donc une fabrique dépourvue de lien avec ses cultures et passions locales.

Ce genre de fabrique sera très-admissible quand les phalanges seront fortifiées par un exercice de quelques années, par des liens et rivalités avec les phalanges voisines, par un mécanisme de commerce véridique, etc. Alors il conviendra d*avoir dans toute phalange une fabrique opérant sur des produits exotiques; ce sera pour elle une voie de liens avec des régions lointaines.

22(4 noiviAi; HoifDi

Mais la phainnge d'essai, faible en mécanisme p«nr défaut de voisines, et par (ant d^aatres lacunes d'attraction, ne pourra pas admettre les fabriques dépouryues de lien avec l'agriculture locale; ce sera un enfant au berceau qu*il faudra gouverner différemment des hommes faits ; elle devra donc so concentrer , quant aux. manufactures , dans le cercle de ses productions locales ou vicinales, et ne fabriquer que des objets liés à ses intrigues agricoles.

Distinguons en deux ordres les manufactures

qu'elle devra adopter, les usuelles et les spéculatives.

Je nomme usuelle toute fabrique de besoin journalier, comme celles des ouvriers répandus partout, menuisiers , cordonniers , tailleurs , blanchisseuses, etc. Ces sortes de fabriques sont usuelles, indispensables, et non pas spéculatives ; car aucun canton ne peut s'en passer. J'y ajoute celles dont on a besoin dans tout arrondissement vicinal, comme un atelier de sellier, de tonnelier, de chapelier-repasscur, de coutelier, etc., etc.

Les fabriques spéculatives sont celles dont le produit doit être objet de commerce extérieur, et sur le choix desquelles nous aurons a statuer. Posons d*abord sur ce choix des principes généraux au nombre de trois.

Le 1'" est d*établir l'attraction en doses proportionnellos p<nir les trois sexes : rhr^que fabrique

IfIftCSTftIBI..

pourra ne pas convenir également à tous trois ; on devra même observer cette graduation, choisir Tune au goût des enfans, Vautre au goût des femmes, l'antre au goût des hommes, de manière que l'ensemble des fabriques spéculatives ménage à chacun des S sexes des doses d'attraction proportionnées.

Le 2« est de réserver aux femmes une moitié d'emploi dans les branches lucratives ; on devra éviter de les reléguer comme parmi nous aux fonc"* tiens ingrates, aux rôles serviles que leur assigne la philosophie qui prétond qu'une femme n'est faite que pour écumer le pot et ressarcir les vieilles culottes.

Les femmes en association, reprendront bien vile le rôle que la nature leur assigne, le rôle de rivales et non pas sujettes du sexe masculin. Il faut veiller à ce que cet effet s'opère d'emblée dans la phalange d'essai ; a défaut Ton verrait son mécanisme chanceler sur divers points.

Le Z' est d'organiser chaque fabrique en série de rivalités, en triple et quadruple méthode ; il faudra donc engager les ouvriers instituteurs en triple nombre et triple système.

Ces ouvriers étant enrôlés pour édnquer la phalange, former des élèves cabalistiques, il faudra se garder en chaque genre, d'un maître unique ; on devra en avoir S ou 4 pour chaque industrie, car un seul pourrait se trouver de mauvaise école, ainsi

236 NOCVIAV HOIVDI

qu*on le voit parmi les bnrbiers de Parin dont I.-i plupart ne savent pas raser , n'ont point de principes sur la pose et le nianiment da rasoir, euoore moins sur les nombreux accessoires de leur art.

Aucun d'eux ne sait maintenir la mousse de saron au degré de chaleur ; ils commettent vingt fautes également ridicules, et quand on les leur reproche, quand on leur apprend ce qulls ont à faire, ils sont ébahis et disent : on ne nous a jamais parlé *de cela.

Il faudra donc, en toute fonction , enrôler autant que cela se pourra des ouvriers co^iTEovtasiSTES sua LBOR ART , des mattrcs à prétention , propres à fair^ école , k créer des rivalités, des luttes émulatives. On ne pourra pas, dans la phalange d essai, observer strictement cette règle; cela exigerait tropd*enr6lemens d'ouvriers , car les bons sont très- rares ; et comme ils ne savent souvent ni enseigner ni analyser leurs procédés , il faudrait enrôler des théoriciens et des patriciens , ce serait trop de dépense « on se bornera a approcher du but.

Après cet exposé des principes a suivre en choix

des fabriques spéculatives, je vais désigner une

série de celles qui m'ont paru préférables pour une

phalange d'essai ; je les indique sauf raeiUeur avis^

Fabriques spEcolatives piinairbs.

1 pour hommes et enfans masculins, LBÊifiSTsaiB A

2 pour femmes et en fans féminins , Parfohe«ib R d pour hommes, femmes et cnfans , ConrisERis C

lilttOSTAlKL. 237

Spéculatires secondaires pour les 3 sexes, i Fromagerie D. 5 Charcuterie E

6 Cofuerve artificielle F. 7 Greneterie de fleura G PirolaleX laLUTiBMii. Ambiguë KroisBiLiRii.

Nota, Je ne désigne ici que des fabriques permanentes et non celles de courte durée comme les fours à éclosion.

Examinons si ce choix s'accorde avec les attractions collectiTes, et s'il satisfait à la règle posée plus haut, de faire naître les 2 liens de pasaion et d'infé' rêi, entre les fabriques et Tagriculture locale.

1 A. L'EsiinsTXRii : le travail sur bois plaît aux hommes de tout âge et surtout aux enfans, pour qui le bonheur suprême est de manier les petites scies, petites haches, petits rabots ; le tour, le ciseau, etc. ; la boutique du menuisier les charme presque autant que celle du confiseur.

Cette fabrique établira lien de paasion entre les S classes du sexe masculin , les pères et les enfans, puis lien cTintérêt local, convenance avec les productions du pays ; car on emploiera, à la superficie des meubles fabriqués , les bois du pays , en France, noyer , cerisier , orme , frêne , érable , concurremment avec les bois étrangers ; puis les bois de chêne et autres à Tintérieur des meubles.

La phalange en s'instruisant sur les défauts des bois, par emploi dans son atelier d'ébénisterie , mettra d'autant plus de soin à éviter ces défauts dans la culture de ses forêts , et la manutention des

1228 ?IOlVfiAU MOflOK

bois coupes ; ainsi s'établiront les deux liens de passion et d'inléréi local avec l'objet manufacturé qu'elle voudra foire briller à double titre , coronie produit de sa culture et de ses fabriques •

S B. La Parfdbkbii plait aux femmes de tout âge, adultes ou enfans ; elle s'allie fort bien i^ la culture des cbamps de fleurs qui est, dans Tordre sociétaire, une attribution féminine. Cet atelier présentera encore l'avantage d'intéresser les femmes aux travaux champêtres, en les habituant à cultiver en grand, et en plein champ, sous tente mouvante, les fleurs qu'elles ne soignent aijyourd'bui qu'en pots, sans aucune vue de rivalité cabalistique ni d'enthousiasme pour leur pays et sa renommée.

La parfumerie et les cultures attenantes s'allient aux goûts du sexe faible , comme le travail sur bois B*al1te aux goûts du sexe fort. D'ailleurs les deux fabriques pourront comporter divers alliages des sexes, chacune offrant des fonctions applicables à l'autre sexe ainsi qu'aux enfans.

S G. La GoTirisitiE : elle fournit des travaux adaptés aux goûts des S Kexes et de tous les âges.

La gestion des fours et manutention des bassines est un travail de force propre aux hommes.

Les femmes s'occuperont à la préparation des fruits et matières, à l'empotage, etc.

Les enfans y trouveront quantité de menues fonc* tiens, comme encartage, triage , etc.

Cette fabrique opérant sur le sucre, les fleurs,

IRBVSTBIKC.. 239

les fruits , tes vëgëUiix, les parfums, les liqueurs, a de quoi satisfaire tous les goûts des divers âges et sexes ; elle est très-bien liée à l'industrie locale, employant les prodoits indigènes corabinément avec les exotiques.

D ailleurs la pbalange d'essai aura sur les lieux luèmes, une consommation assurée de ses produits de confiserie, pour les curieux opulens qui viendront la visiter , y passer 8 ou 4 jours : elle serait bien dupe de mettre cent mille francs successivement, à l'achat de confiseries dont la fabrication ne lui coûtera que moitié et favorisera beaucoup l'attraction industrielle.

Tel est , sauf erreur, le choix de fabriques spéculatives le mieux assorti aux convenances primaires d'une phalange d'essai : elle devra donc engager en ces 3 genres, au moins une douzaine de bons maîtres d'enseignement, 4 pour chacune des Z branches.

Toutefois ces manufactures quoiqu'ëniinerament convenables, ne pourraient exciter aucune attraction, st les ateliers de la phalange étaient dégoûtans de saleté comme les nôtres qui par leur exiguité, ne se prêtent pas aux dispositions d'agrément, au luxe et aux ressorts d'enthousiasme. Le luxe est 1'^ but de Tattraction , c'est son l^ besoin ; il est donc difficile qu'elle naisse directement dans une industrie d*où le luxe est banni. C'est le vire de tous nos n(clierH rivilîsés.

240 ROCTEAD BORDI

Mais fti le séristère de confiserie est construit poar une masse de 5 à 600 personnes , hommes , femmes et enfans, avec laxe des habits et instrumens de travail, on pourra, même dans la pièce des fours qui est la plus malpropre, mettre de Télégance; une graduation de fours garnis en marbres différens, des murs souvent repeints en gris ou brun, des boi'dures souvent rafraîchies. Les autres pièces non enfumëes seront susceptibles de tout ornement, et Tensemble du sëristère sera aussi séduisant que le sont au 1*' de Tan, les chapelles sucrées de nos confiseurs.

Ces 3 manufactures primaires sont faites pour entretenir pendant Thiver de grandes séries bien intriguées, et suppléer aux lacunes d'attraction agricole.

Je pnssc aux fabriques secondaires qui sont des travaux attenans à l'agriculture, mais pouvant en être séparés et former fonction spéciale.

4 D. La Fromagerie, fabrication des fromages et beurres : la phalange d'essai pourrait vendre ses laitages à la ville voisine ; il sera mieux d'en fabriquer des fromages qui auront nécessairement une supériorité par suite des soins qu'elle donnera aux pfîturages et à la bonne tenue des bestiaux.

Le travail de la laiterie platt aux femmes , c'est leur apanage; il platt de même aux enfans. Le soin des fromages fournit pour les hommes diverseii fonctions.

IHDCSTHUU 24 1

Cette fabrique se lie bien k rédueation des troupeaux. Elle est très-propre à exciter des rivalitës sur les divers systèmes de Dotrition et d'ëducation ; ils seront jugés par la saveur des fromages tirés de trub divisions d'un même bétail diversement traitées. Si Ton vendait le lait, on ne pourrait pas savoir quel effet il produit à Femploi en fromage et en beurre. Plus cet effet sera constaté, mieux les divers groupes se passionneront pour leurs métbodos réci-* pnMfues. C'est donc une fabrication qui satisfait à la double règle de passion cabalistique et d*intérét local.

5 E. La Charcuietie et macération est encore un travail bien lié an mécanisme agricole, et attrayant même pour les femmes ; elles sont assez intelligentes à préparer la cochonnaille. Les hommes exerceront volontiers le travail de grande salaison , et les en fans ne craignent pas celui de triperie. D'ailleurs dans la partie rebutante on s'aidera de la cohorte de 100 salariés adjoints.

Cette fabrique doit être comptée parmi les at* trayantes : elle se lie cabalîstiquement avec le soin des |>ourceaux qui seront très-nombreux dans la phalange , pour consommer les énormes débris des tables et cuisines : on en formera plusieurs systèmes d'engrais , et la série des charcutiers opérera sur diverses qualités de porcs auquels des variantes en aliroens auront donné des saveurs différentes.

Dans cette industrie figurera la macération qui

Si

24 s • nOCYEAD H05ftl

donne de beaux produits , tels que le bœuf fume de Hambourg. Cette série sera fort utile pour habituer peu à peu les enfans au travail de boucherie , de manière qu'on puisse, au bout de deux ans, se passer de bouchers salariés et hors d*harmonie.

6 F. La conêerve artificielle de fruits et légumes $ industrie fort étendue , attrayante et très-négligëe en France , où on ne sait pas même conserver le haricot vert, comme en Allemagne, le pois vert , le chou en chou-croûte , les prunes h gâteau , tant d'autres légumes et fruits dont les harrooniens gar nîront toute Vannée leurs tables , même celles de classe inférieure ou troisième degré.

La France ne connaît guère que la conserve de fi'uits a Veau-de-vie, etde quelques vilenies, comme poires tapées. L»' phalange d*ess«i devra réunir toutes les branches de oonserve artificielle, et en faire le travail principal de ses premiers essaims , qui seront installés avant Tentrée en demi-exercice : elle emploiera les procédés d* Appert et autres , pour donner la plus grande extension à cette série qui sera très-précieuse , tant pour la bonne chère des curieux payans , que pour celle du peuple qui, dan^t cette phalange , mangera des fruits et légumes précieux, à Tépoque où les grands des capitales n*en auront pas.

7 G. La grenêterie d« flenrê et légumes. L*art de recueillir, préparer, dassar et conserver les graines, est à peu près inconnu en civilisation. Le paysan

INiVSTRIIl. 24S

n*a jiur ce point ni lumières , ni moyens. Le tra- ¥«il de grenetter est confié à quelques hâbleurs mercantiles , aussi trompeurs que les pépiniéristes.

Ce travail occupera , dans la première phalange , une série distincte, avec qui chaque série et groupe agricole sera en relation. C'est une série embranchée , puisant dans toutes celles d'un ordre , dans toutes les séries du règne végétal. Son approvisionnement , destiné pour la vente , sera indépendant des graines que chaque groupe gardera pour son usage spécial. -

X On s'étonnera si je désigne pour manufacture principale la luiherie ou fabrique d'instrumens à vent et à cordes : on objectera qu'elle satisfait peu aifl deux conditions imposées.

C'est une erreur s elle se lie^^ien avec l'agriculture par emploi des bois, comme Tébénisterie ; elle s'allie bien aux facultés des femmes et des enfans par la marqueterie , les petits ouvrages de luxe en bois , ea ivoire , en nacre , etc. Je suppose qu'on n'adopterait que les ornemens en nnore , en bois , et non ceux en cuivre.

Ce qui formera dans ce genre de travail le lien de passion , c'est que chacun , dans la phalange , deviendra musicien au bout de six mois , excepté ches les nations disgraciées d'oreille comme les Français ; mais en Italie , en Allemagne , chacun deviendra musicien trois mois après Torganisation sociétaire , chacun s'occupera des instrumens et

244 IfOlîVIAU XOIIDI

prendra un vif inlërét à celte fabrication; elle passfonnera les trois sexes , et favorisera le prog^rê:i musical, qui est de haute importance en éducation harmonienne.

Quant à l'intërét pécaniaire , j'observe que rien ne sera plus précieux au début de Fassociation que les instrumens de musique* Il sera impossible, pendant trois ans, de s'en approvisionner et de trouver subitement

Un million de jeux d*orgoes ^ Vingt millions de violons et altos, Six millions de basses et contre-basses , et en proportion tous les autres instrumens d'orcbestre el de fanOare.

En conséquence , bi fabrique de lutherio sera très-digne de cboi% et très-profitable sous les rapports d'attraction industrielle et bénéfice. Du reste , on pourra la négliger.

K. Voiaellene y oo éducation de jolis oiseaux grands et petits , est encore un travail qui remplit très-bien les conditions , et dont les produits seront infiniment précieux, car toute phalange aura besoin de volières en divers genres. C'est une forte branche d'attraction et nn moyen d'habituer les enfans de la classe riche, à la dextérité dans le soin des colombiers. Cette industrie est dédaignée en civilisation , parce que les oiseaux deviennent insipides quand on les voit dans les boutiques sales et fétides des oiseliers do Paris, où Ton entasse pèle- mêle des criards

Page 1