‹ Le nouveau monde industriel (volume 2)Chapitre 4 sur 120 · SUE · texte numérisé non relu

SUE

CHARLES FOURIER

La proTidence se sert quelquefois des plus &ibies inslrumeiis pour accomplir de graodes choses. Quand le monde gémissait sous le poids de tous les vices et de tous les abus d'un égoisme effréné , quand les hommes se prosternaient devant des idoles, tyrannissaîent les esclaves en traitant leurs semblables comme des bétes de somme, quand les nations s'exterminaient réciproquement, Dieu désigna un enfant, le fils d'un charpentier , pour régénérer le monde par la parole, par la moi*ale. D'une simple cabane sortit cette puissante voix, qui apprit aux riches et aux pauvres , aux maîtres et aux esclaves, aux blancs et aux noii*s, aux juifret aux païens, que tous ils étaient frères^

enfans d'un tuéfinie Dieu^ d(î8lidëft à «'aimer et à 86 dévouer les uns pour les autres.

Dix-huit siècles plus tard , quand la morale du Christ fut oubliée ^ quand la foi et le sentiment relig;iéux firent place au doute général ^ quand les masses gémissaient dans la misère, quand les révolutions et les guerres ensanglantaient le globe , il naquit « à Besançon , dans ce Bethléem moderne, un homme que' Dieu destinait aussi à remplir une mission immense. Fils d'un simple négociant , il fut appelé à donner le «goal d'une nouvelle ère pour Thumanité. yio-** time et martyr lui^^mème, il nous a appHs à remplacer la misère par Tâbondance , )es crimes par les vertus, les guerres et les révolutions par la paix et l'harmonie ; enfin , cest lui qui , brisant les doctrines erronées des prétendus philosophes , nous a prouve Timmorialité de l'âme, la sagesse,^ justice et la bonté infinie du Créateur.

Cet homme , c'est François-Marie-^Cfaarles Fourier , né le 7 avril 1772.

Nous allons tracer en quelques lignes la vie infortunée de cet homme puissant qui ,

TU

peadaftl irenle ans, étudia la nature humaine pour doter du fruit de ses recherches laborieuses Une société ingprate, qui l'abreuira danoerlume pendant sa yie, qui lé laissa mourir pauvre et sans témoins , et qui après sa mort commence à s'apercevoir qu'elle a crucifié le continuateur du Christ.

L'enfance de Fourrier fut réfléchie et stu* dieuse ; dès l'âgée le plus tendre il donna des preuves de cette volonté inébranlable , de cette inflexible raison qui devait , plus tard, livrer une guerre à mort à nos erreurs et à DOS préjugés. Il avait à peine cinq ans, que la fausseté de nos relations commerciales lui fut soudainement révélée, dans une circonstance où il fut puni pou/r avoir dit la vérité. Celte injustice l'étonna ; ce chàliment l'indigna; il ne pouvait rien comprendre à cet ordre de choses où la vérilé était condamnée. C'est ici qu'il faut cher^ cher lorigine de cette. amère critique de la société actuette ) que nous rencontrons dans Ions ses ouvrages.

Nous aimons ce noble enfant qui se ré«* voite contre l'injustice , qui a horreur du

Ytn

meDsoage ; son cœur est aussi sensible que son caractère est franc et droit :

Quoiqu'il n'ait jamais montre qu'un appé* tit médiocre , chaque jour il emportait un' copieux déjeuner; ses parens s'étonnaient de cet approtisionnement contraire à ses habitudes; l'énigme s'éclaircit à son premier départ de Besançon. Un pauvre yieillard du quartier , les larmes aux yeux , le demandait avec instance ; le cherchait partout. Pressé de questions, l'infortuné avoua que le jeune Fourier était sa providence ; que c'était à lui qu'il devait sa nourriture quotidienne. Ainsi , dans le premier châtiment injuste, nous trouvons en lui ce respect pour la vérité, qui sert de base à la théorie sociétaire ; et c'est dans cette charité chrétienne qu'il faut chercher le germe de cet amour profond qui encouragea Fourier à lutter contre l'adversité et à travailler

avec persévérance pour découvrir cette nouvelle vertu , cet amour universel , cette tendance vers l'harmonie, dont les moralistes, qui l'ont précédé, n avaient jamais eu aucune idée , et dont nous ne saurons

■pprëeiér la sublime conoeptioii qu'en élu* diant ce qu'il enlendaii par Yunitéisme.

Le commerce basé aUr la ruse, sur fa mensonge, répug^oait à Tâme de Fourrier* Cependaal, comme s'il eûl été destiné à subir toutes les conséquences fatales de la société qu'il devait régénérer, ses paréos firent de lui un commerçant, un commisvoyageur. S'il fut forcé d'exercer un étal pour lequel il n'avait aucun attrait , son esprit observateur y gagnait ; car dans ses nombreux voyages , ayant eu l'occasion de parcourir la France , l'Allemagne , la Beigi^ que et la Hollande, il souflFrait, mais il étudiait. Semblable à ces grands médecins qui s'inoculent des maladies pour trouver des remèdes, remèdes qui les tuent, mais qui doivent guérir leurs semblables.

» La révolution ruina entièrement Fourier. Dans ces luttes passionnées , dans ces commotions sanglantes où il était diflScile de reeonnaitre Les partis, de juger les hommes et les choses , ses jours même furent menacés; et c'est presque par miracle qu'il échappa à Téchafaud. Peut-être le danger ,

celte effusion de sang; doot il était témoin et dont il faillit être victime^ lui inspirèrent un nouveau dégoût pour la société , qui , pour conquérir une lueur de liberté, avait besoin de sang et de ruines. Enfin , comme pour combler la somme de bizarreries de notre siècle , Fourier , subissant le consé* quences du décret du 23 août 1793 , fut in* corporé dans le 8® régiment de chasseurs a cheval. Le voye^-vous armé contre l'ennemi et même contre $e^ compatriotes , le sage qui a annoncé une science de paix et d'harmonie? Fallait*il donc qu'il subit les conséquences d'une discipline militaire , qu'il fût forcé d'agir par ordre , de taer par ordre , pour faire surgir de sa pensée ces armées industrielles , destinées à remplacer un jour nos armées destructives afin d'enri* chir et d'embellir le globe ?

La fatigue épuisait ses forces, la con-* train te l'accablait. Après trois années de souffrances il obtint son congé, et encore une fois la nécessité le força de chercher une existence dans le commerce pour lequel il avait un dégoût si prononcé. Ici^ il devait

encore une fois èlre le lëmoin et rinstru* ment d^une mesure infâme, qui prouve jusqu'à quel point nos relations commerciales sont feusses dans leurs principes et pénibles dans leurs résultats. Ses patrons , guidés par une avidité sans bornes , ne voulaientpas vendre, pendant une famine générale , une grande quantité de riz qu'ils avaient accaparé pour en faire hausser le prix ; ea en reculant la vente ils espéraient obtenir un gain plus considérable. La mi-» sère générale ne les touche pas ; leurs cœurs sont secs et inaccessibles aui cris et aux larmes des pauvres afiamés. Qu'ar* rive-t-il P Le riz pourrit dans les caves , et Fourier est diargé de le faire jeter de nuit dans la mer. L'extrême avidité a préféré de perdre un précieux approvisionnement, que de le livrer à là consommation à un prix raisonnable. Ne nous étonnons donc pas ri celui qui fut puni dans son enfance poor avoir dit là vérité , et qui plus tard fut forcé d'opprimer , de tuer et d'affamer ses compatriotes , se soit indigné contre la société toute entière , et ait cherché à décou*

mn

vrir un nouveau milieu sooîal plus oonforme à la desUiiëe humaine et à la candeur du Créateur.

La 80ciéié actuelle, raille savans l'exaltent en l'appelant Vapogée de Tintelligence humaine; Fourier la condamne. Non, se dU-il , ce milieu où l'on ne voit que morceU lement, misère, mensonge et crimes, ce niilieu est faux et discordant ; il doit être contraire aux vues de la Protidence. Et elest cette foi en un Dieu juste qui lui im«posa le devoir d'obsenrer la nature, d'ë» tudier les loi^ d'attraction passionnée; l'homme lui apparut tel que Dieu Ta créé ; b terre , le • monde bii ourrtrent leurs tré-» $0r^. Enfin , l'énigme de la création fut dé-> voilée, nos destinées furent déoouTertes!

En 1807 , Fourier pubUa la TUorie dés quatre mouvemens et des destinées géné^ raies; c'était son premier ouvrage. L'homme qui après trente années de recherches a trouvé une route nouvelle , une science jusqu'alors inconnue , jeta cette pre-« mière publication comme une annonce, ou plutôt encore comme un essai destiné à

XiU

sonder les esprits. Le gëoie qui s'élevait au-dessus de ses contemporains, voulait con^ oailre quelle impression exerceraieot sur le siècle ^s découvertes immenses <, pour apprendre quelles concessions il faudrait faire aux erreurs et aux préjugés. Dans la Théorie des quatre mouvemens rien n'est achevé, tout est indiqué. Là vous avez une critique de la société actuelle, et quelques ébauches de ror(fanisalion de l'harmonie; Dieu, rhomme, Tunivers, la cosmogonie, lout y trouve place; mais, comme nous lavons dit, ce sont les grands traits d'un tableau quïl devait achever plus tard. Le Traité d'assooiation , son œuvre immortelle ,. parut quinze ans après. C'est là que lout se tient, tout se lie pour briser nos préjugés, combattre nos erreurs et construire un nouvel édifice d'après la loi naturelle, en harmonie avec le reste de l'univers* L'organisation passionnelle de l'homme lui sert de point de départ; l'unité de système est sa base, l'analogie universelle le guide. Alors les problèmes les plus

difficiles sont résolus, plus de travail répu<^

Page 1