‹ Le nouveau monde industriel (volume 2)Chapitre 54 sur 120 · CHAPITRE DIX*N£UVIÈM · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX*N£UVIÈM

Éducation de» lutins par les bonnina et bonninea.

Je viens de décrire la période roatërielle de l'ëdttcation, celle où les fonctions ne s^étendent guère* qu*à la culture des sens , à Vart de les dégrossir et les préserver du faussement dont ils sont frappés en civilisation dès le bas âge. Sur 1000 enfans français il en est 099 qui ont l'oreille faussée , et ainsi des autres sens.

Nous passons à la période d'initiative en industrie et en attraction industrielle sans laquelle tout est faux en éducation ; car le 1^' des 8 buts de rhomme étant la richesse on luxe, on peut dire que son éducation est faussée et qu'il se dirige à contre* sens , si dès les premiers pas , dès Tâge d'environ S ans , il ne s'adonne pas spontanément aa travail productif, source de la richesse; et s'il se livre comme l'enfant civilisé à ne faire que le mal , souiller, briser, commettre des dégâts que de sots parens trouvent charroans.

Cette duplicité d*action dnns le bas âge , cet instinct, de si bonne heure en divergence avec l'attraction , serait la honte du Créateur, s'il n*avait pas inventé un autre mécanisme propre à faire concerter les passions et l'attraction à tout âge. Examinons ce mécanisme sur le l*'* âge susceptible d'industrie.

mtofruiL* • Mi

Dès que l'enfant peat marcher et agir, il passe de la classe des poopons et poaponnes à celle des latias et lutines. S*tl a été élevé dès sa naissance dans les sëristères d'une phalange , il sera dès l'âge de 21 mois assex fort poar passer aux lutins. Parmi ces enfans on ne distingue point les 2 BOxes ; il importe de les confondre à cette époque pour faciliter réclusion des Tooations et ramolgame des sexes à un même trarail. On ne commence a distîn* guer les sexes que dans la tribu des bambins.

J*ai dit que la nature donne à chaque enfant un grand nombre d*istincts en industrie , environ une trentaine, dont quelques-uns sont primaires ou dirigeans et doÎTCnt acheminer aux secondaires.

Ils s*agit de découvrir d'abord les instincts primaires : l'enfant mordra a cet hameçon dès qu'on le lui présentera ; aussi dès qu'il peut marrher, quitter le séristère des poupons, les bbnnins et bonnines à qui il est remis s'empressent*ils de le conduire dans tous les ateliers , et toutes les réunions industrielles peu éloignées ; et comme il trouve partout de petits outils , une industrie en miniature , eiercée déjà par les lutins de S 1/2 à S ans , avee qui il veut s'entremettre, fureter, manier, on peut discerner au bout d*une quinzaine , quels sont les ateliers qui le séduisent, quels sont ses instincts en jndastrie.

La phalange ayant des travaux excessivement variés , (voyez chap. XV et XVI) , il est impossible

MS • RODVBAU HOirOB

qae reniant qui les parcourt n'jr trouTe paa l'ooca* aion de satisfaire plusieurs de ses instincts dominans ; ils éclateront a l'aspect des petits outils maniés par d*autres enfans plus âgés que lui de quelques mois.

Au dire des pères et instituteurs ciTÎlisés , les enfanê âont de peiiu paresseux : rien n'est plus faux ; les enlans dès Fâge de â a 8 ans sont très-industrieux , mais il faut connaître les ressorts que la nature veut mettre en œuvre pour les entraîner à Tindustrie , dans les Séries passionnées et nen pas en oiMisaUtm»

Les goûts dominans chez tous les enfans, sont :

1 Le FuiBTAGB ou penchant à tout manier, tout Tisiter, tout parcourir, varier sans cesse de fonction ;

2 Le fracas industriel , goût pour les travaux bruyans ;

d La singerie ou manie imitative ;

4 La sMtn«o/fir8 industrielle , goût des petits ateliers ;

ft L'snTiAiRxiBiiT paoaaissip du faible au fort.

Il en est bien d'autres , je me borne à dter d'abord ces 5 très-connus des civilisés ; examinons la méthode à suivre pour les appliquer à 1 uidustrie dèa le bas âge.

Les bonnins et bonnines exploiteront d'abord la manie de furetage si dominante chei l'enfiBuit de deux ans. Il veut entrer partout , manier» retourner tout ce qu'il voit. Aussi est-on obligé de le tenir à

iii»o«TUiL. SOS

rrfcMTt dans une pièce démeuUëe , car il briserait toat.

- Ce penchant à tout manier est une amorce naturelle a rindnstrîe ; pour Ty attirer, on le conduira aux petits ateliers ; il y Terra des enfans de â 1/3 et S ans opérant déjà avec de petits outils , petits marteaux. 11 youdra exercer sa manie imitatiye dite sinisia» ; on lui prêtera quelques outils , mais il désirera être admis avec les enfans de 26 , â7 mois, qui savent travailler et qui le repousseront.

Il s'obstinera si ce travail est au nombre de ses instincts : alors le bonnin on le patriarche présent lui enseignera quelque parcelle du travail, et il par* viendra bien vite a se rendre utile sur quelques riens qui lui serviront d'introduction ] examinons cet effet sur un menu travail à portée des plus petits enfans , un égonssage et triage de pois verts. Ge travail qui occuperait chex nous des bras de SO ans, sera confié à des enfans de 2 , S , 4 ans : la salle contient des tables inclinées, à diverses concavités ; deux bambines sont assises au côté supérieur, elles égiénent des pois en silique; Tinclinaison de la iable fait rouler le grain vers le côté inférieur où se trouvent assis S lutins ou lutines de 25 , 30 , Stf mois , chai|;és du triage et pourvus d*instruraens spéciaux.

Il s'agit de séparer les plus petits pour le ragoût au sucre, les moyens pour le ragoût au lard et les gros pour la.souge. La lutine de S5 mois choisit

t04 ROOVBAO Homs

d*abord les petUs qui sont les plus dîficiles i trier ; elle renvoie tout le gros et moyen à la. caTité soi* vante, où la lutine de SO mois pousse à la S* cavité ce qai parait gros , renvoie à la 1'* ce qui est petit , et fait glisser le moyen grain dans le panier. Le lutin de 25 mois placé à la S* cavité a peu de choae a faire, il renvoie quelques moyens grains A la St* et recueille les gros dans sa corbeille*

G*est à oe 3* rang qu'un placera le lutin débutant ; il s'entremettra fièrement à pousser les gros grains dans le panier; c'est un travail de rien , mais ii eroûra avoir fait autant que ses compagnons ; il se passionnera, prendra de Témulation, et dès la S* eéance il saura remplacer le bas lutin de 25 mois, TC^eter les grains de S* grosseur en 2* case , et recueillir seulement ceux de 1 '^faciles à distinguer» Dis qn*il saura figurer à ce minime travail , on lui placera aolennelleinent sur son bourrelet ou bonnet un pompon d'aspirant au groupe d'égoussage des pois verts*

G*est une précaution employée dans tous les ate-liers sociétaires que de réserver au très-petits enlans un travail de nulle valeur comme celui de recevoir quelques gros pois qu'on fait glisser vers l'enfant et qu'il pousse dans une corbeille. On pourrait faire cela sans lui et sans perte de temps , msus on manquerait l'amorce industrielle qu'il faut toujoun pré* senter à un lutin arrivant dans Tatelier et même à un bambin ou chérubin ; car tel qui n'a pas pris parti à 2 ans pourra s'engager A t ou à 4.

IftDVSTlIKft. SOS

Cette amorce qa*on réserre parfont aox dirers âges-, ne peat être poor le lutin de 24 mois qu'une ombre de traTail , flattant son amour-propre ^ lui persuadant qu*il a fait quelque chose , et qu*il est presque Vëgal des bas lutins de 26^28 mois, dëjà engagés à ce groupe , déjà revêtus de panaches et amemens qui inspirent un profond respect au lutin débutant.

L*enfant de 2 ans trouye donc aux petits ateliers d'une phalange quantité d'amoroes que la civilisa* lion ne saurait lui offrir , elles sont an nombre d'une vingtaine dont je vais donner un tableau.

Ressorts cTéclosion des vocations.

1. Le charme de petits outils en dimension graduée pour les divers âges et de petits ateliers*

3. Les gimblettes harmoniques ou ap|>lication de tout Fattirail des gimblettes actuelles, chariots, poupées , etc. â des emplois d*appreii tissage ou de coopération en industrie ( Voyez chap. XVlil).

3. L'appât des ornemens gradués; un panache suffit déjà ches Jious pour ensorceler un villageois , loi faire signer Tabandon de sa liberté ; quel sera donc l'effiet de cent parures honorifiques, pour enrôler un^^nfant au plaisir et à des réunions amusantes avec ses pareils.

4. Les privilèges de parade et maniement d'outils ; on sait combien ces amorces ont de pouvoir sur l'enfant.

&• La gaîié inséparable des inhmions enrantiftes quand elles trarailient par plaisir o« attraction»

6. L^enthousiasme pour la phalange où Tetthot jouira de tous le» plaisirs dont son àgo est soscepiible.

7. Les compagnies de table , yariëes chaque jour •eion les intrigues du moment , et senries de mets adaptés au goût des enfans qui ont leur cuisine spë* ciale.

8. L*influence de la gastronomie sériaire qui a la propriété de stimuler les cultures par la goorman*

'dise, et lier to^tle mécanisme industriel. (Voyes 7* notice).

9. L*orgtieil d^avoir fait quelque rien que Tenfant croit de haute importance : on l'entretient dans cette illusion.

10. La manie imitatiTO qui, dominante chealea enfans , acquiert une activité décuple , quand l'en- Csnt est stimulé par les prouesses de tribus eniantines pins âgées.

11. La pleine liberté d*optîon en sortes de tra* vail , et en durée de chaque travail.

12. LHndépendance absolue, ou dispense d*obéissance a tout chef qui ne serait pas choisi passionnément.

13. I^exercice parcellaire ou avantage de clMiisir, dans chaque industrie, la parcelle sur laquelle on veut exercer.

Page 1