CHAPITRE TRENTE ET UNIÈME
De raccord intentionnel par le charme de mécantême,
Noos touchons à l'un des côtés merveinenx du lien sociétaire : ce ne sont pas des prodiges qu'on va lire, mais de doubles prodiges. Nos esprits forts contestent à Dieu le pouvoir de faire des miracles ; on va voir chez le monde sociétaire une faculté plus surprenante , celle dei docblss hiiaclis , pouvoir d'opérer dans chaque branche de relations , deux prodiges cumulativement et non pas un seul.
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Ce R*est pat sans raison que la nature nous donne du penchant pour les féeries ; ces illusions romantiques sont nature de Thomme sociétaire , mais en sens fort différent de celui qu*ont adopté les romanciers qui ne nous présentent que des prodiges simples. Ils sont à cet égard /moins clairvoyans que le peuple , qui aperçoit et définit fort bien la destinée de rhomme , bantieur a» malheur composé eijafnaû simple.
Ce principe est exprimé dans deux adages vulgaires, appliqués Tua à la richesse, Vautre à la pauvreté.
R : La pierre va toujours au tas.
P : Aux gueux la besace. « Abyssus Ahyseum it^ vocoi.
En effet: si un homme est riche , on lui jette à la tôte les sinécures ; Bonaparte donnait aux riches banquiers des sénatoreries de 25000 fr. de rente : si un homme est pauvre, on ne veut pas même lui donner de Temploi; sa probité est suspectée, on ajoute l'outrage à sa misère: le bien et le mal ne sont jamais simples pour Vhomme social , sa destinée est la dualité en bonheur ou eu malheur , le mode cous* posé et non pas simple.
Ignorant ce principe , nos sciences politiques , morales , et métaphysiques , ont toutes donné dans le ampLisas, dans Terreur d*envisager le mouvement social et la nature humaine en mode simple, croire que Thomme est fait pour le bonheur simple ou pour
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le malheur simple : oe bux principe que je nomme siirusHi les a conduits d*égarement en égarement, jusqu'au plus honteux de tous , au maiénaliêmê et à Vathéimney qui sont deux opinions êitnpliêteêj rédul* saut la nature à un seul principe, au matériel ; et le siècle tombé dans cette absurdité o%e vanter son rot sublime 1 Je reviendrai sur ce sujet ; dissipons d'abord le {déjugé de destinée simple ; démontrons par H exemples sur la richesse, la santé et Fécono* niie^ qoe dans nos relations domestiques et industrielles tout sera bonlieur composé , charme dualise, lorsque Thomme sera rendu a sa nature » au mécanisme sociétaire*
1^ Doubh prodige en nekeêae: les civilisés s'estiment heureux lorsque , pour fruit de leurs travaux, ils parviennent à l'aisance après quelques années de privations. Les 7/8 d'entr'eux sont réduits à supporter le dénûment pendant la jeunesse, pour n'atteindre en fin de compte , qu'à la |iauvreté dans la vieillesse. On peut donc nommer classe avantagée , celle qui, pour prix d'une jeunesse laborieuse» acquiert FaiBance ou, peêiée forimne, dans l'âge moyen, à 40 ans oà Ton est enoore à temps de jonir4 Un tel succès est un demi-prodige , vu les difficultés a surmonter ; et il y a prodige complet , lorsqu'on débutant sans capitaux, on arrive par industrie a la grande fortune dès Ffige de 40 ans. Mais A on arrivait à la grande fortune de bonne heure , sans versement de capitaux, sans autre effort que de se livrer
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iflMttOderément aux plaisirs de toute espèce , le charme serait double ; il y aurait prodige de faire grande récolte sans semailles apparentes, et prodige d obtenir la fortune par 1 exercice des plaisirs qui , en civilisation , la font perdre si souyeat à qui la possède.
Chacun , en harmonie , voit s'opérer en sa faveur ce double miracle ; en effet , les travaux y étant transformés en plaisirs lucratifs et attrayans, chacun arrive à la fortune par Texercice des plaisirs , et on y arrive de bonne heure, a 20 ans, à 10 ans, et même à 5 , puisqu'on harmonien jouit de tous les biens enviés par nous ; voitures , chevanx , meutes, bonne chère , spectacles et fêtes continuelles ; tous ces agrémens sont en harmonie Tapanage du plus pauvre des êtres ; il a les voitures , meutes et chevaux de minimum y valant le train d*un Parisien rente à trente mille francs , et qui ne jouit pas d'un assortiment a option.
Et comme les plaisirs sont payés dans cet ordre social qui les utilise , comme on rétribue d'un dividende les groupes qui s^adonnent à la chasse , a la musique , ainsi que ceux qui exercent à la charrue devenue attrayante , il arrive :
l^Que rharmonien , dès son jeune Age , recueille sans semailles , puisqu'il n'a songé qu'à se divertir.
S« Qu'il s'enrichit par Texercice de ces nombreux plaisirs , qui aujourd'hui le ruineraient eu peu de temps.
C'est donc en sa farenr un double prodige , un charme composé et non pas simple en acquisition de richesse : passons à d^autr^s miracles composées
S** Double prodige en eanté. Une règle qui nous parait fort sage, est d*user modérément des plaisirs, afin de ménager le corps ; et Ton regarde comme prodige , Tavantage bien rare de conserver la santé en se Tautrant dans la débauche. L'antiquité s'é* tonna que Ncron conservât une pleine vigueur, après 18 ans d'excès habituels.
Si cet usage immodéré des plaisirs devenait voie de santé , si celui qui s'adonnerait le plus aux jouissances quelconques, devenait l'homme le plus robuste , un tel effet serait double prodige , trèsinconcevable dans les mœurs civilisées on chaque plaisir entraîne d'ordinaire à des excès qui compromettent la santé , tandis que dans les Séries pas* sionnées où il existe partout des contre-poids fondés sur la variété de jouissances, chacun gagne en vigueur , selon son activité à figurer dans les plaisirs de toute espèce.
Démontrons : l'homme qui aura parcouru dans le cours de la journée , trente sortes de jouissances, aura donné à chacune environ une demi- heure ; celui qui n'en aura goûté que quinte, y aura donné le double de temps , environ une heure par séance, ou deux heures s'il s'est borné A 8 plaisirs. Il est évident que le premier bornant chaque plaisir a une demi*heiire , aura beaucoup moins abusé , moins
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approché de Texcès , que le 8* qai aura donné deux heures à chaque séance. Quatre hommes se phii* gnent d'indigestion le lendemain d'nn grand et long fepas ; on peut assurer que trois d*entr*eux auraient échappe à l'indigestion, si le repas eût duré moitié moins. I^es généraux d'Alexandre firent une oiigie d'irrognerie et gloutonnerie , qui se prolongea pendant toute la nuit; quarante-deux d*entr*eux en moururent le lendemain: si l'orgie n*ent duré qoe âou S heures, il n'en serait pas mort un seul, car on aurait évité les excès qui d*ordinaire n'ont lien qu'à la fin du repas et dans les séances trop prolongées.
Selon ce principe , plus les plaisirs seront nom» brenx et fréquemment variés, moins on risquera d'en abuser; car les plaisirs comme les travaux deviennent gage de santé quand on en nae mode* rément. Un diné d'une heure , varié par de» conver« sations animées , qui préviennent la précipitation , la gloutonnerie , sera nécessairement modéré , servant à réparer les forces qu'userait un long re^s sujet aux excès , comme les grands dinés de civilisation, les réunions morales d'électeurs, francsmaçons , corporations , et autres qui passent une demi-journée à table , en Thonneur de la douce fraternité. Ces longues fiètes de civilisation; ces repas et bals interminables, ne sont que pauvreté, abaeoce de diversion et de moyens.
L'harmonie qui présentera, surtout anx gens riches , des options de plaisir d'heure en heure , et
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même de quart d*hettre en quart d'heure , préviendra tous les excès par multiplicité de jouissances ; leur succession fréquente sera un gage de modération et de santé. Dès -lors chacun aura gagné en ▼igaeur 9 en raison du grand nombrçde ses amusemens : effet opposé au mécanisme civilisé , où la classe la plus voluptueuse est partout la plus faible de corps. On ne doit pas en accuser les plaisirs , mais seulement la rareté de plaisirs d'où naît Texoès, qai semble autoriser les moralistes à condamner la vie épicurienne; ils prêchent la modération invene ou résistance à l'appât du plaisir ; ils ignorent le régime de modération directe, ou abandon à une grande variété de plaisirs conlre«balancés l'un par l'antre, et garantis d'excès pnr leur multiplicité, leur enchainement.
Ce n'est pas en civilisation que peut s'établir ce mécanisme , il est réservé aux Séries passionnée». Toute notre sagesse est d'ordre inverse, notamment en médecine où nous employons la sobriété, la priration spéculative , au lieu de la gastrosophie ou gourmandise équilibrée par la variété qui satisfait à la fois le goût , l'imagination et l'estomac , bien plus fort en facultés digestives quand on le soutient par une échelle de variétés adaptées au tempérament.
L'ordre sanitaire naîtra donc de Taffluence même des plaisirs^ aujourd'hui si pernicieux par l'excès que provoque leur rareté. Un tel résultat sera
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doaUe prodige, ou charme tompotéy relativement k la santé. 1** Il transformera en gage de vigueur cette vie ëpicarienne qaî , dans Tëtat actuel , est voie de perdition, tant de la santë que de la fortune* S^ En prodiguant aux riches ces alternats continuels de plaisirs , il transformera en voie de santé la richesse , qai aujourd'hui n'est que voie d'affaiblissement , car la classe la plus riche est toujours la plus sujette aux maladies : témoins les gouttes, rhumatismes et autres maux , qui s'acharnent sur le prélat et le ministre , et n'entrent pas dans la cabane du paysan , où d'autres maladies , commo les fièvres , ne pénètrent que par les excès de tra» vail et non de plaisir.
S<* Double prodige en éo&nomie. Je Fai déjà énoncé ; c'est la propriété qu'ont les séries passionnées d'élever les économies en raison de la multiplicité des caprices et raffinemens. Une phalange peut fabriquer vingt sortes de pain , à moins de frais qu'un seul pain qui , par sa eoUié d'espèoe , aurait le vioe de ne point exciter les rivalités cabalistiques, et qui par suite ne répandrait aucun charme sur les tra* vaux , ne mettrait pas en jeu le levier économique d'attraction industrielle.
Au premier moment on est choqué d'entendre dire qu'il en coûtera moins de servir cinquante sortes de salades qu'une seule , de fournir des voitures de cinquante espèces que d'une seule ; quel* ques lignes vont lover les doutes.
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La ]Aalaiige cultive pluaieun sorteB de salade » et en reçoit chaque jour d*autrea sortoa de set voi-* sines , s^on la règle exposée précédemment. Elle peut dc^nc , à un service de 1600 personnes (petits enfans déduits) , fournir sept sortes de salades qui , assaisonnées chacune de 7 a 8 manières pour satis* faire tons les goûts , forment une cinquantaine de salades différenciées en qualité et préparation. Qu^on Touille par illusion d'économie se réduire à trois au lieu de cinquante , tout le mécanisme d'attraction industrielle est renversé ; plus de débats eabalistiques sur les qualités, sur les variantes d*as^ saisonnement ; plus de ligues pour les subdivisions parcellaires , cidtivant selon diverses méthodes , et variant les saveurs du légume ; plus de rivalités actives avec les phalanges voisines; Témuiation tombe, la série de saladistes n*a plus de ressorts, ses prodoits dégénèrent, ses travaux sont dédaignés, on ne peut les soutenir que par entremise des cor* véistes , et il en coûtera plus cher pour avoir une mauvaise salade que pour une option sur KO sortes raiBnées en qualités et en assaisonnement. Même théorie s'applique aux voitures et à tout antre objet.
Nous regarderi(ms déjà comme un prodige économique Tart de mener un train de vie fastueux , sans dépenser plus que si l'on vivait dans la médiocrité ; que sera-ce de l'art de dépenser beaucoup m<^ns dans le grand faste, que si Ton végétait dans la vie porcimonieuse. Il y aura encore dans ce ré-
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sulUt mîraole redoublé ou composé; TiDfjftupler, centupler les jouissances , en réduisant la dépense au-dessous de celle d*ttne vie monotone, d*un régime de privations.
Les miracles de mécanique sociétaire que je borne ici au genre composé ou redoublé, s'élèreront dans diverses branches au $ur-composè ou triple , et an bi-oompoté on quadruple prodige (Traité de TAssociation domestique-agricole). Ces merTeilLes in* compréhensibles, et pourtant certifiées par ceux qui auront vu la phalange , causeront sur le globe une telle stupéfaction, que tous les gens aisés voudront faire le voyage et voir de leurs yeux des effets si inconcevables : c'est ce qui garantira à la phalange d'essai un bénéfice de quarante millions sur les curieux , admis a cent francs par jour, dans le cas où elle prendra ses mesures pour opérer en pleine échelle , et étaler l'harmonie des passions dans toutes les branches qu^elte peut comporter au débat.
A l'aspect de cette féerie sociétaire , de ces accords , de ces prodiges , de cet océan de délices produit par la seule attraction on impulsion divine, on verra naitre une frénésie d'enthousiasme pour Dieu auteur d'un si bel ordre, et l'infâme civilisation perfectible sera, couverte de malédictions univer* selles. SùB bibliothèques politiques et morales seront conspuées, déchirées dans le premier instant de colère , et livrées aux plus vils emplois , jusqu'à ce qu'on les ait réimprimées avec la glose critique ,