CHAPITRE QUARANTE-QUATRIÈMtJEL
Caracières du commerce , EN ESPÈCES.
Chacun des caractères de genre, comme agiotage, banqueroute , etc* , peut présenter une grande échelle d'espèces et de Tariétés qull câi fallu analyser et classer : au lieu de le (aire , on s*e5t amusé de quelques-unes de ces Tariélés assex riaibles « comme la banqueroute du saTctier qui ne rond qu'une botte sur deux qu'on lui a données à rae-
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commoder. C'est uno faillite de 50 00 qui sur 1e« théâtres deTient une banqueroute pour rire , mats n*est-il point de banqueroutes pour pleurer 7 quan4 un banquier enlève les dépôts confiés par vingt panvres domestiques dont chacun a supporté dee prÎTattons pendant vingt ans pour se ménager quelques épargnes, est-ce une chose risible^ oa un crime à punir?
Que de dépravation dans le monde philosophique! kl littérature est une prostituée qui ne 8*étudie qu'à noue familiariser avec le vice , le peindre sous des oooleurs plaisantes , pour attirer des recettes aux salles de comédie. La morale est une radoteuse dé* créditée,qui n'ose pas déclamer contrôles vices ini« punis, tels qne la banqueroute; elle flagorne toutea les classes de larrons , pour s'en faire des prônenrs et faciliter la vente de ses livres* Quant à Técono^ misme qui ne sait rien inventer, il ne cherche qu'à innocenter les vices de ses favoris les marchands. C'est ainsi qu'aucune des sciences ne songe à rem* plir sa tâche , l'analyse des vices de civilisation el la recherche du remède*
Contre la banqueroute, l'agiotage , les menéea mercantiles, il n'est qu'un remède, (hors de l'harmonie sociétaire,) c'est la solidahité r mais c'est une opération de longue haleine, elle emploierait 6 ans , et de plus il fallait en inventer le procédé qui n'est point l'engagement direct ; personne ne voudrait y souscrire , se rendre garant |)our les autres mar*
•hniidt ; tool; riehe nëgooilAl quitterait ; il Etui au aoiHraire o^péter de manîèee à ëlinniner toas ka pauTvea fol ne présentent pas de géFanties* lea reni> Toyer au tfarail productif , aux oohares , aux fitbriques* Ensuite il y aurait eneore des procédés neofa à employer pour amener kp riches à la 8(dîdarîté.
Mass ce nouyeau mode oomnieroial, garant de ré* rite et de solvabilité, exigeait des inventions; et dès qn*îl faut invienter, nos soiences phiknoplitques sont d'aecoid pour làcter pied sans combat. Il est bien plus eoflumode éC plus lucratif d'encenser lea vioea dosninans, tels que la Isanqoeroute , afin de. se di8-< penser d*en chercher Tantidote politique. « Noua ne renoensons pas , repAiquent-tfa , nous la flétrisaoM dans tous. nos. éents. « Eh 1 qu^iiiqiortent oes Terbiages impuissana I c'eal prAtot appui au vice que do ae bomev à le Oétrir , il se vit des ceitiques lalté* ranfca quand il tient la richesse et qa'il Toitlee iuf>* raliates mémea empressé»de figurer dans ses. aalona. 11 faut au iîeu de oivtique Ai mal , uqe ioTuntion de rantidoie*
Et pour remédier aux Tioes^ il: faut afunt tout les définrip el ks ckmev^ J'ai demie , dans la Traité de l^Assocîation domestiquetagaicole, aur la hiérarchie de la banqueroute, un tableau en trois ordres, 9 genres et 86 espèee». Oo pourrait aîsëmenil étendre oetta ii^ au triple et au quadruple, car- il en parait chaque jour de nouvelles espaces, i»i|t oette industrie se perfeeiioune , surtout en baiiqoeroules
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fiscales où 1a France Tient dlnnoyer , par le genre double dupet oniphidupe^ aidant elle-même à se faire spolier de diverses manières.
Puisque notre siècle exige que dans l'attaque du vice , on prenne le ton facétieux , coêUgai ridendo ; qu'on évite la teinte rébarbative des moralistes du siècle passé, il eût été bien aisé de le satisfaire, tout fn flétrissant le vice ; car dans le tableau de la banqueroute citée plus baut, j*ai présenté en sens plaisant , chacun des 0 genres et chacune des S6 espèces ; par exemple,
le 5* genre, celui des tacticikrs, comprenant 5 espèces de banqueroute , 17', en échelons; 18*, en feu de file; 19% en colonnes serrées ; âO«, en ordre profond ; âl", en tirailleurs.
Ces cinq espèces formant Tun des genres du cen(re de série, sont en analogie très-exacte, avec les manœuvres militaires ; aussi ai-je donné à ce genre et au précédent , les noms de tacHcien et tnanceuvrier»
Il est donc fort aisé de satisfaire au précepte oratoire de remontrance amusante , castigat ridendo , tout en se ralliant i la vérité et en donnant de franches analyses du vice. Je pourrais, selon la mé* thode des journalistes , donner ici une liste des espèces de banqueroutes , pour faire désirer les chapitres : chacun serait curieux de lire une définition des banqueroutes dont suit le nom :
Sentimentale, enfantine, cossue, cosmopolite;
Galante, béate, sans principes, à l'amiable ;
MB NOOTBAV MRbB
De boD ton , do faTour, an grand âol, en miniature;
En casse -cou, en tapinois, en attlla, en invalide;
En filou, en pendard, en oison, en Tisionnaire ;
£n posthume, en famille , en repicqué, en poussette.
Le détail de ces sortes de bantjueroutes fournirait des chapitres amusans , d'autant mieux que je suis enfant de la balle, né et élevé dans les ateliers mercantiles : j*ai vu de mes yeux les infamies du commerce , et je ne les décrirai pas sur des ouï-dire , comme le font nos moralistes qui ne voient le commerce que dans les salons des agioteurs, et n*envi* sagent dans une banqueroute que le côté admissible en bonne compagnie. Sous leur plume , toute banqueroute, (surtout celles d*agens de change et banquiers) devient un incident sentimental : où les créanciers même sont redevables au failli qui leur fait honneur en les colloquant dans ses nobles spéculations. Le notaire leur annonce Taffaire comme une fatalité, une catastrophe imprévue , causée par les malheurs des temps, les circonstances critiques, les revers déplorables , etc. ( début ordinaire des lettres qui notifient une faillite).
Au dire du notaire et des compères qui ont en secrBt une provision êur le tout, ces faillis sont si hono* rables, si dignes d'esthne!! f une mère tendre qui 8*immotc au soin de ses cnfans ! un vertueux père qui ne les élève qu'à Tamour de la charte! une fa-
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raille éplorée, digne d'un meiHear sort , animée de Tamour le plus sincère pour chacun de ses oréanr ciers ! vraiment ce serait un meurtre que de ne pas aider cette famille à se relever, c*est un devoir pour toute fime honnête.
Là-dessus interviennent quelques aigrefins moraux à qui on a graissé la patte, et qui font valoir les beaux sentimens ; la commisération due an malheur; ils sont appuyés par de jolies solliciteuses, fort utiles pour calmer les plus réoalcitrans^ Ebranlés par ces menées, les trois qufirts des créanciers arrivent à la séance tout émus et désorientés. Le notaire en leur proposant une perte de 70 0/0, leur dépeint ce rabais comme effort d'une famille vertueuse qui se dépouille, se saigne pour satisfaire aoit devoirs sacrés deThonneur.On représente aux créanciers, qu'en conscience ils devraient , au lieu de 70 0/0 en accorder 80 , pour rendre hommage aux nobles qualités d'une famille si digne d'estime , si aélée pour les intérêts de ses créanciers.
Là-dessus quelques barbares veulent résister^ mais les affidés répandus dans la salle, prouvent eo a parle j que ces opposans sont des gens ikhoraux, que tel ne fréquente pas les offices de paroisse, que tel autre a une maîtresse entretenue , que celut-oi est connu pour un harpagon,un usurier; que celuilà a delà fait une faillite ; c*est an cœur de roohe sans indulgence pour ses compagnons d'infortnnei. Enfin la majorité des titulaires abonne et signe le
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contrat ; après qaoi le notaire déclare que c'est une affaire trè$ avantageuse pour les créanciers^ en ce qu'elle prévient Tintervention de la justice qui aurait tout consumé , et qu'elle fournit ^occasion de faire une bonne œuvre , en aidant une famille vertueuse. Chacun ( ou du moins chacun des sots qui forment la majorité,) s'en va rempli d'admiration pour la vertu et les beaux sentimensdont cette digne fiimille est le modèle.
Ainsi se conduit et se termine une banqueroute senHmenfale^ où on raffle au moins les deux tiers de la créance ; car la banqueroute ne serait qjuL honnête et non pas sentimentale, si elle se limitait à un escompte de KO 0/0, tarif si habituel, qu'un failli en se bornant à ce taux modéré, n'a pas besoin de mettre en jeu les ressorts de Tart ; k moins d*imbécillité du banqueroutier une affaire est sûre quand on ne veut gruger que 50 0/0.
Si l'on eût publié un ouvrage décrivant une centaine d'espèces de banqueroute, avec plus de détails que je n'en donne ici sur la senHmenta!e^ ce livre aurait fait connaître l'une des gentillesses du commerce, l'un de ses caractères. Quelques écrits sur d autres caractères, comme l'agiotage , l'accaparement, auraient fait ouvrir les yeux, et provoqué les acMipçons sur le mécanisme commercial nommé libre concurrence^ mode le plus anarchique et le plus pervers qui puisse exister.
Un scandale bien honteux pour notre siècle, est
que le monde savant, surtout les moralistes, niaient pas mis au coooours la recherche du correctif naturel de la banqueroute. C'est à leur silence officieux sur les dépravations les plus révoltantes, qu'on peut juger des vues secrètes de la science. Elle ne Teut que vendre des livres , les composer en rhonneurdu vice, parce que c'est un ton plus marchand que celui d*attaque du vice.
Un seul homme a bien jugé le tripot commercial, c est Bonaparte qui en a dit : On ne connaît rien oh commerce. 11 brûlait de s*cn emparer, et ne savait comment s*y prendre ; déjà il avait envahi indirectement une belle branche, celle des denrées coloniales qu^il tenait en monopole, au moyen des licences d'entrée; il méditait d'autres empiétemens, celui du roulage, etc.; ainsi l'esprit fiscal tend fortement à s'emparer du commerce; il ne lui reste qu'a connaître la méthode à suivre pour saisir la proie sans secousse et au grand contentement des peuples. En France le gouvernement gagnerait deux cent millions à la métamorphose du système nomtnercîal et l'agriculture un milliard.
L'un des caractères commerciaux qui intimidaient Bonaparte, était la répercusiion on, faculté qu'a le commerce de reporter sur la masse industrieuse toute lésion qu'il éprouve de la part du gouvernement. Dès que le commeroe est menacé, il resserre les capitaux, il sème la défiance, entrave la cirou- Jation; il est Timiigo du hérisson que lo chien ne
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peut saisir par aucan point; c*est oe qui désole en secret tous les gouverneinens , et les réduit a fléchir devant le veau d'or. Un jour le ministre Wallis voulut à Vienne regimber contre les menées de la bourse, y introduire une police contre l'agiotage; il fut déconfi, et obligé de céder honteusement. Il faut des inventions pour lutter contre l'hydre commerciale, c'est le sphinx qui dévore ceux qui ne de* vinent pas son énigme , du reste , il n*est rien de plus facile à attaquer que ce colosse de mensonge; quand on connaîtra les batteries à employer, il ne pourra pas même essayer de résistance.
Les manu factures qu'il faut se garder de confondre avec le commerce, y touchent en divers points, sui^ tout par la faculté de tromperie, accaparement, banqueroute, etc.; elles doivent subir une réorganisation , être as&ujéties a double solidarité, contre les fraudes et banqueroutes, et contre Tabandon des ou* vriers. Tel fabricant possède une fortune de vingt millions, quoiqu'ayant débuté sans le sou ; si les solidarités existaient, il n'aurait gagné que cinq millions; cinq autres auraient été affectés aux garanties soli* daires, et dix auraient passé au fisc. Tel est le régime distribu(ifd*où naîtrait le bon ordre; mais tant que les sciences aduleront cet état monstrueux qui fuit passer vingt millions dans les mains d'un seul fabricant, et tant que les gouvernemens ne suspecteront pas cette anarchie, ne provoqueront pas quelque invention de correctifs, peuples et gouvernemens
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seront les jouets de ce colosse mercanlite qui grandit chaque jour, et dont Tiiifluence croissante est un sujet d*alarnie secrète pour les castes supérieures.
On a créé en France SOO académies d'agriculture: quelle devait être leur première fonction? s'occu^ per des moyens de ramener les capitaux dans la campagne, ouvrir des concours sur ce sujet : aucune d'elles n'y a songé. Cependant quel essor peut prendre l'agriculture, tant qu^elle ne trouve pas le moyen d obtenir des capitaux au même cours que le commerce? les sociétés agricoles qui ne donnent aucune attention a ce problème , ne seraient-elles pas selon l'Évangile , troiê centê cohortes d'aveugles^ conduisant trente miliions d'aveughsl
11 règne sur ces questions de réforme coramer* ciale tant de cécité et de prévention, qu'on n'a pas même le pouvoir de dénoncer le vice. Un jour le fameux critique Geoffroy voulut hasarder dans son feuilleton quelques plaisanteries fort justes sur les vices du commerce ; il fut assailli , criblé par les autres journaux; il se rad(»ucit et se tint pour baltu; c'était lui qui avait raison et qui capitula; tant il est vrai, comme Ta dit un trop fameux défunt, qu'on ne cannaU rien au commerce.
La philosophie n'a pas voulu qu'on acquit sur ce point des notions exactes; elle connaissait fort bien la route à suivre; elle nous dit sans cesse qu'il faut procéder par analyse et synthèse pour atteindre aux lumières; elle devait donc en études commerciales.
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conaraencer» par l'anal/so des ordres , genres et espèces de caractères, selon le plan que je yteosdc tracer, et qae chacun eût pu tracer arant mou €e travail une fois fait, aurait fourni les moyens de passer à la synthèse du mode vëridique ou régime des garanties.
Mab sur le commerce, comme sur les aalres branches du système civilisé, la philosophie, tout en posant de bons principes d'études, n'en a jamais Toulu pratiquer aucun ; fnut-il s'étonner après cela que le génie moderne soit noueux et stérile, que le mouvement soit stationnaire et souvent rétrograde , en défut des jactances de vol sublime; et qu'on ne sache atteindre à aucune amélioration du sort des peuples, quand il reste a faire tant de découvertes faciles qui conduiraient au but ? (Voyes l'article des issues de civilisation.)
Le monde social est trahi par ses beaux esprits : telle sera ma conclusion quand j'aurai achevé cette analyse, qui les convainc de refus d'étude, et collusion d'obscurantisme. Toutefois si le monde est leur dupe, ils sont doublement dupes d>ux*mèmes, en cherchant la fortune par des spéculations abjectes, par l'apologie de cette civilisation qui est l'objet de leurs mépris secrets, et qui les accable de toutes les servitudes sans les enrichir. Quel rôle honteux que d'opter pour encenser une vieille furie qui les bâillonne, tandis qu'en la démasquant*, en la livrant à la risée,. ils deviendraient les. libérateur»
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dé rfairaïaiihë; ils s'ëlèreraienl tout à coup au faite de la fortune et de la gloire , et au libre essor de la pensée qu*ils n'obtiendront jamais en civilisation ! J'ai défini, en caractères civilisés, â ordres de base, les successifs et les pernianens, et â de lien ou négoce. Passons à 4 autres ordres qui complètent Fanalyse*