‹ Le nouveau monde industrielChapitre 12 sur 53 · CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME

Db l'accord intentionnel par ksjomtsance^ matérieUes.

La l*"" voie d'accord en association , est Tenricbissement ; aussi voit-on , dans toute compagnie de commerce , les associés se brouiller , se séparer quand Tentreprise ne donne pas de bénéfice. L^accord intentionnel ne pourra donc régner dans la phalange, qu'autant que chacun y verra , dans sa fortune et ses jouissances , un accroissement colossal, un revenu quadruple et effectif, trentuple et .quarantuple en relatif. Démontrons. cette propriété du régime sociétaire, déjà expliquée. Prélace Article II. Je ne l'envisage ici qu*en parallèle de l'effectif au relatif.

Une famille vivant dans les bonnes provinces de France , Touraine , Anjou, est , quant à la vie animale , dix fois plus riche que si elle vivait à Londres. Elle aura dans les campagnes voisines de Tours et Saumur.des fruits et des vins au 10* de ce qu'elle les paierait dans Londres ; aussi voit-on beau-

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coup de familles anglaises habiter en Tooraiiie, pour y faire des épargnes tout en rivant splendidement. Il est donc des circonstances qui peuvent élever certaines branches de richesse au décuple relatif, sans qu'on ait rien ajouté à la fortune effective ; et si à ces moyens se joint un quadruplement du revenu effectif, il élèvera la richesse au quarantnpie rela« tif , puisqu'on aura quatre fois phis de facultés pécuniaires pour se procurer un bien-être décuple.

La richesse rétive en régime sociétaire, peut dans diverses branches s'élever à un degré incalculable , même au centuple , en la combinant avec lo quadruplement du revenu réel ; en voici deux exemples tirés des plus somptueux et des plus mini* mes objets de luxe.

Tbaivsport. Il en coûte à Paris 6000 fr. par an |i tout ménage qui veut ronlcr carrosse , avoir seulement S voitures, une de ville , une de campagne et an oabriolet , entretenir les valets , renouveler les chevaux et équipages. Cette famille pourra en harmonie moyennant 600 fr. par an, jouir de Tabonnefflent aux voitures de tous degrés, même de gala , «t aux chevaux de selle.

Cette richesse décuple quant aux frais du nmtérîel, devient vingtuple si Ton porte en compte les avantages d'option sur un assortiment de voitures nombreuses de toute espèce , la dispense de débattre avec des marchands et ouvriers trompeurs , la dispense de laquais , de leurs voleries et intrigoes ,

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de leur espionnage- et antres ennuis de surveillance qui font dire avec raison que la valetaille est le fléau des grands.

' £n fait de transport , les voitures et chevaux ne 9ont pas la seule voie sur laquelle il y ait des jouissances à désirer ; souvent les^ voitures ne sont qu*un pis-aller ennuyeux, comme dans Paris et Londres où la voiture n*est guères que plaisir négatif, moyeu d*échapper aux boues , aux intempéries* et aux longues courses , puis aux embarras de la campagne parisienne où la classe riche est emprisonnée dans ses châteaux , par les mauyaises routes et les pavés fatigans bordés de 2 baies de fange d^outante. Les routes des environs de Paris sont le supplice du promeneur et du chasseur ; cloaques de boue pendant sept mois d'hiver, océan de poussière pendant 5 mois de belle saison , quelquefois dès le mois d< Mars, comme en 1825.

Le contraire a lieu en association où Ton ménage au transport des chemins à variantes, ayant trottoirs à chariots, trottoirs à voitures légères, trottoirs à piétons , trottoirs à chevaux et zèbres , voies ombragées, sentiers arrosés , etc. Sur cette 3^ bnuiche de transport comme sur les deux précédentes, le bien-être sera au moins décuple du nôtre : nous voilà déjà au trentuple de jouissance comparative sur le transport.

Une quatrième branche de charme est celle des communications couvertes , dans tout Tintériéur des

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logemens , ëtables , magasins et ateliers ; le plaisir d*al]er aux séances de travail, à l'église, en visite, aux réunions de spectacle, bal , etc. , sans s'apercevoir s'il fait chaud ou froid, sans courir aucun risque de rhumes ni fluxions au sortir d*un'bal , d*où l'on s'en va chez soi par des couloirs chauffés. Si Ton s en retourne à une lieue de là, on monte en voiture dans un porche chauffé où les animaux partagent le bien-être des hommes. Je ne dirai pas qu'en ce genre de jouissance le bien-être des harmoniens 8oU décuple du nôtre , car il n'en existe point pour nous. Les déplacemens sont presque toujours génans, souvent dangereux même pour un roi ; car le roi de France n'a pas de porche couvert et chauffé, il fout pour monter en carrosse, qu'il reçoive la neige et la bise : on voit des femmes gagner une fluxion de poitrine au sortir du bal : un particulier dans une matinée employée aux visites , aux affaires , est obligé de monter en voiture vingt fois, monter et descendre sans cesse des escaliers. L'on n'appréciera les embarras de ce genre de vie, que lorsqu'on pourra faire le parallèle du charme des communications couvertes, et se convaincre qu'en édifices comme en toutes choses, la distribution civilisée est le mande à rebours.

En ajoutant ce bien-être estimé vingtuple, au trentuple déjà énuméré , nous trouvons la somme de jouissance portée au cinquantnpie dans la partie des transports et déplacemens ; et comme on aura,

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pourvoir de ce bien-être , un qu«cbraple revenu ; la lomme d'amëlioiratioù , en multipliant le quadru-» pie effectif par le cinquantuple relatif, s'élèvera an deuiKCGniuple ; c'est dire que raccrotsseoient. de bîeaôire en harmonie est incalculable : continuons sur le matériel ^ je passe aux menus détails.

Les rois avec leur attirail d'officiers de bouche, ne peuvent pas se procurer une chère aussi délicate que sera celle du bas peuple barmonien. Ils ne peu* vent pas avoir option sur divers bouillons à parfum naturel ou légumineux ; on masque leurs bouillons par des jus et des coulis, leurs cuisiniers n'auraient ni le talent ni la patience de leur faire un assortiment en bouillons purs de viandes et légumes. Ces cuisinier» de cour sont encore plus inférieurs sur beaucoup de mets qu'ils croient aurdessous de leur dignité. Cependant l'estomac d'un prince comme d'un bourgeois a besoin de variété ; on se blase sur les meis recherchés comme sur les communs : dernièrement une grande princesse en voyage, placée à une table somptueusement garnie par les soins des préfets et des maires , leur disait : « Tout cela esi n bien beau, mais je préférerais des pommes de n terre. » Elle n'en trouvera pas aisément dans Paris où ce légume est si maladroitement cultivé ei recueilli. D*aiUeurs ses cuisiniers connaitront-ils la méthode qui conserve le parfum du végétal , c^est la cuisson sous la cendre, opération des plus difficiles et dédaignée d'un cuisinier royal. S'informe-

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t-il en quelle espèce de terrain et selon quelle méthode un légume a été cultivé ? Ces raffinemens de qualité qu^un roi civilisé ne peut pas se procurer, seront assurés au plus pauvre des harmoniens. Ne mangeât-il qu'une omelette, une salade, il pourra se dire je suis bien mieux servi que les rois civilisés. En effet on ne connaît pas chez nous les distinctions de saveur sur les œufs provenant de divers systèmes de nutrition des poules ; un roi est obligé de se con* tenter d'oeufs achetés au hasard, et dont quelquesuns sont de mauvais goût, avec une belle apparence. En calculs de mécanique des passions , la régularité exige qu'on établisse les preuves sur les 2 extrêmes de chaque série. J*ai cité en parallèle de jouissances, Tune des plus fastueuses, celle des équipages et voitures de gala ; je vais descendre i Tune des plus vulgaires, n'en déplaise aux beaux esprits qui ne peuvent pas se façonner à cette règle du contact des extrêmes , règle qui , disent-ils , n'est pas à la hauteur de la philosophie : elle va dédaigner un parallèle trivial, un sujet tiré du testament burlesque de Scarron qui lègue

« A Molière le cocuage ,

« Ao gros Saint-Amand , An fromage : »

Si le fromage est digne de la poésie, et même de la muse lyrique, ( voyez l'ode de Lebrun sur le triomphe de nos paysages, y compris le fromage de Yanvres sorti des mains de Galatée, ) ce mets champêtre pourra d'autant mieux figurer dans ma prose bour-

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geoise , où Ton va voir une croûte de fromage 8*ëlever à la hautear de la plus sublime philosophie , en nous dévoilant le néant des grandeurs civilisées*

Humainement parlant : la thèse est , qu'un roi^ avec tous ses trésors , ne peut pas servir à sa table du fromage satisfaisant pour ses convives ; car il flaut en service harmonique de fromage, présenter trois séries, l^des espèces, 2° des variétés de chaque espèce , ^^ des âges de chaque variété. Cette distinction en 3 échelles , exigera environ cinquante morceaux de fromage fraîchement coupés , lors même quon ne tablerait que sur trois espèces, comme Gruyère, Gex et Brie, les plus employées à Paris où l'on voit, sur les meilleures tables, et sans doute chez le roi , servir à peine trois morceaux dô fromage, sans aucune échelle ni d'espèce, ni de qualités, ni d'âges. Les plus pauvres harmoniens jouiront de cette variété refusée à nos rois. Le fromage étant ou très^sain ou très-malsain, selon son affinité avec les facultés digestives de chaque sujet , douze convives auront besoin de douze qualités de fromage qu'ils ne peuvent rencontrer que sur une girandole contenant, sous diverses cloches, un assortiment d'une cinquantaine de variétés , en 3 séries d'espèces , quaUtés et âges ; variété dont jouira chaque jour le moindre des harmoniens , et qui n'est pas possible aujourd'hui , même à. un roi.

11 importe de remarquer, sur les plus minimes détails, conune cette minutie de fromage, que le bas

peaple harraonien «era en tons genres àe jornssame bien plus ayantagë que nos grands et nos scmye* rains. Un homme oser«ii-il dire a la table du roi, ces S fromages ne sont pas ce qu*îl me faut, je Tenx la sorte très-salée, yeux moyens , larmes abondmnles, chair compacte sans éîastidtè et rougeàtre vers la croûte ? Un tel homme serait traite de manant, on doit trouver tout bon à la table du roi , si mi veut, obtenir une sinécure. C'est ainsi que les ciTilisés sont à chaque pas harcelés parles convenances, obligés de modérer leurs passions» Le charme des harmoniens sera de ne les modérer en rien, et de pouvoir exiger telle qualité sur la croûte et la mie de fromage. Ils la trouveront sur l'assortiment en triple série et de même sur tout autre mets.

Concluons maintenant sur ce qui touche aux aecords intentionnels qu'auront fait naître les jouissances matérielles, graduées de manière à procurer a tous des charmes à chaque moment, car le charme de la vie matérielle est de pouvoir à tout instant satisfaire minutieusement ses plus petites fantaisies^ Les rois sont fort loin de ce genre de bonheur qn'on n'obtient que des Séries passionnées , et ce sera un dea motifs pour lesquels un roi, après avoir vu la phalange d'essai , ne reverra ses palais, sa cour, son étiquette qu^avee on profond dédain.

On voit que j'ai estimé an-^lessous de la réalité, ea disant qûadruplementde richesse effective et qua^ amplement de jouissances, car dans plusieurs bran-

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ches, ôonimè les cominiinioations et transports, oii excédera le eentu[^e. Les mots vingtaple, quarantuple que j'emploie, sont une expression modeste ponr adoucir une vérité éblouissante.

On voit aussi que le mécanisme sociétaire observe exactement les règles de contact des extrêmes et lien des parties : les jouissances qu'il procure s^étendent'à toutes les classes et aux plus minimes détails.

En combinant avec ces plaisirs sensuels, Tabsence de soins matériels dont les pères et mères seront délivrés , le contentement des pères dégagés des frais de ménage , éducation et dotation ; le contentement des femmes , délivrées de l'ennuyeux ménage sans argent, le contentement des en fans abandonnés à l'attraction, excités aux raifinemens de plaisirs , même en gourmandise ; enfin le contentement des riches , tant sur Taccroissement de la fortune que sur la disparition de tous les risques et pièges dont un civilisé opulent est entouré; il est aisé de pressentir que la phalange d'essai n'aura dès le l*^ mois d'autre sollicitude que de maintenir un si bel ordre; et sachant que son maintien va dépendre uniquement de l'accord en répartition, elle s'inquiétera des moyens d'opérer cet accord dont on doutera pendant le cours de la 1*^ campagne, parce qu^on ne l'aura pas encore vu ; la répartition ne pouvant se faire qu^en janvier ou février , après la clôture de l'inventaire.

On Terra donc les dërtes , lé« groupes , les individas, se ooocerter sur cet accord, prendre à l'envi les résolutions les plus gënëreuses, rengagement à des sacrifices p^uniaires qui ne seront point héceesairee i chacun luttera de dévoûment inteniiànnel et de résolutions désintéressées. Chacun , à Tidée de re«tomber en civilisation , sera effrayé comme i Tidée de tomber dans les brasiers de l'enfer, chacun proclamera qu'il souscrit d'avance à abandonner s'il faut , moitié de son bénéfice. Dès-lors le vœu d'unité, raccord intentionnel sur le maintien de Funitë , s'élèvera au plus haut degré. Nous allons remarquer le même résultat dans les relations autres que les matérielles.

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