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CHAPITRE TRENTIÈME

De Raccord affectueux opéré par la fusion des trois classes,

Noos passons des plaisirs des sens aux plaisirs de Fâme, aux impulsions de générosité qui en naîtront, et qui disposeront à un accord intentionnel en répartition.

Le premier acheminement est de faire disparaître les antipathieè de classe à classe : les Petites Hordes atteignent ce but en s'emparant des travaux méprisés : c'est lever le principal obstacle à la fusion des classes , et aux intentions conciliantes en partage des bénéfices.

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Pour faire entrevoir la facilité de cette fusion , partons de quelque point de fait. Nous voyons que les caractères les plus nobles, comme HsiiaT IV, sont ceux qui inclinent le plus à se familiariser avec leurs inférieurs , valets ou autres , pourvu qu*ils rencontrent des subalternes dignes de cette bienveillance. Louis XYI était aussi très -familier avec ses inférieurs , tels que les serruriers qui l'aidaient à sa forge. Il s*amusait à Jeter les coussins du lit à la tête de son valet de chambre Gléry qui lui ripos* tait de même.

Ces exemples dénotent que la classe opulente serait heureuse si elle était entourée de subaltemei assez probes , assez désintéressés pour qu*on pût sans inconvénient se rapprocher d'eux en quelques relations. Le contraire a lieu dans l'ordre civilisé, où les domestiques sont un cortège importun et suspect pour les grands, obligés de maintenir une polide très-sévère parmi ces dangereux serviteurs.

J'ai déjà décrit le charme que procure la domesticité passionnée ; insistons par quelques détails.

Damon est florimane : lorsqu'il habitait Paris , il dépensait beaucoup au soin de son parterre^ il était mal secondé , trompé par les vendeurs , et volé par les jardiniers ou valets : aussi avait-il fini par se dégoûter de la culture des fleurs sans cesser de les aimer.

Installé à la phalange d'essai, Damon se passionne de plus belle pour les fleursi parce qu'il est seconde

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par des adeptes ardens , qui loin d*exciter sa défiance vont au devant de tous ses désirs , et exercent avec intelligence tontes les branches de travail dont il ne veut pas se charger. Il n*a aucun dëmèlé «fintërêt avec eux , puisque tous les frais sont art compte de la phalange ; il est aimé et considéré d*eux par ses connaissances qui leur sont précieuses; il est festoyé d'eux comme appui de la corporation ; il affectionne chacun des sous - groupes , surtout les enfans empressés d'aller , aux appa-^ rences de grande pluie , placer les tentes sur les lignes de fleurs : cette réunion de flori mânes est pour lai une seconde famille ^ il y élit des adoptifs en industrie.

Par exemple : Aminte, jouvencelle pauvre, l'une des plus habiles sectaires , est enthousiasmée de Damon ; elle oublie qu'il a la soixantaine, elle voit en loi le soutien de ses cultures chéries ; elle veut s'en reconnaître ; et comme elle est membre du groupe des caméristes ou pagesses , elle se charge de la chambre de Damon , du soin de sa garde^robe.

(Les fonctions de balayage , etc. sont dévolues aux petites hordes ). Aminte est donc par passion la gouvernante de Damon ; ce n'est pas lui qui la paie, elle serait déshonorée par un salaire ; elle a comme d'autres son dividende au groupe des caméristes, car elle ne sert pas le seul Damon , mais il est celui dont elle affectionne particulièrement le service. Sa passion pour la culture des fleurs se réfléchit sur

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O^mon qui est par ses lumières et sa fortune, la ca- J^nne de cette industrie.

Daifion recueille ici double charme, deux services passionnés , lun au parterre avec Aminte et autres poopérateurs qui secondent si bien ses yi^ea, Tautre à son appartement dont la belle Aminte s^ adopté la surveillance et les soins domestiques.

Il ne s'ensuit pas qu'Aminte sera maîtresse de Damon .: son service est hors du cadre des amours ; il £^t bien probable que Damou convoitera Aminte i mais quelque épisode qui survienne a cet é^^rd , il aur.i le chsM^me de trouver en elle double service passionné , double sujet d'enthousiasme pour elle 9 au parterre et aux appartemens. Il trouvera donc son bonheur à être familier avec une personne qui fait pour lui fonction de deuof dotnesHques civilisés , d'un garçon jardinier et d'un valet de chamlnre ; et il ne manquera pas de la reconnaître pour adopUve i»du8trielk, titre qui lui assure une part quelconque dans la succession de Damon.

Observons qu'ici je n'ai mis enjeu que des Ueos d'amitié , de coopération industrielle , qui seraient bien plus forts chez l'enfance , car c'est chex les enfans que l>mitié peut prendre i|n bel essor ; elle n'y est contrariée ni par la cupidité, ni par l'amour, ni par les intérêts de famille. L'amitié dans le bas âge confondrait tous les rangs, si les pères n'int^* venaient pour habituer leurs fils à l'orgueil.

Dans riige d'adobfljçen^e, l'an^our yîent confondre

les rangs, et mettre nn monarque au niveau d*ane bergère qa'î! recherche. Nous avons donc , même dans Tordre actuel, des germes de fusion des classes inégales ; on en trouve jusque dans fambîtion ; elle habitae le supérieur à se familiariser avec Tinférieur en affaires de parti , en intrigues électorales ; on a TQ les Scipion et les Caton aller au devant d*un rostre et lui serrer la main pour obtenir son suffrage; que de bassesses commettent les lords anglais, pour capter un bourg-pourril tout en le payant chèrement.

Nous avons donc dans Tctat actuel beaucoup de germes tendant à ébaucher la fusion des classes ; mais par des voies d'abjection, de sordide cupidité. On voit déjà ces vils moyens opérer des rapprochemens entre gens de classes antipathiques ; ces rapprochemens seront vingt fois plus faciles quand on opérera par des moyens nobles, des liens de franche affection, comme ceux que je viens de décrire entre Damon et Arainte.

Outre ces liens formés par Damon sur la culture des fleurs, il en aura formé vingt autres sur djvers travaux dans chacun desquels il se sera lié avec la plupart des sectaires. 11 y aura contracté des affections corporatives , et ce lien est d'autant plus actif en harmonie que chacun recueille de ses compagnons un tribut de flatteries bien sincères , parce que Fexercîce parcellaire borné à une seule branche du travail, applique chaque sectaire à la branche où il peut exceller.

, La (laiterie perpétuelle ou récolte journalière d'eocens eat un des principaux charmes du riche harmonien ; elle dérive de deux sources^ de 3on hathîleté dans les travaux parcellaires, ( chacun excelle dans les parcelles attrayantes pour lui ) , et des ser«> yices qu'il rend à ses séries, à ses groupes, en munificence industrielle. Damon homme riche a pu faire ûes dépenses pour tirer de pays lointain des espèces de fleurs précieuses dont la régence n'aurait pas fait les frais ; à ce titre , il est considéré de tous les sectaires , ils le choisissent pour chef d apparat , colonel de la grande série des florimanes ; chacun d'eux est conservateur passionné de ces espèces rares que Damon a fait venir, et qui en civilisation seraient volées ou fripées par les valets. Damon est donc payé de son présent , par douhlç lien affectueux , par sa gratitude pour des coopérateurs zélés, intelligens, et par leur amitié, leur considération et celle des voisins rivaux : il recueille d'eux tous un trihut de flatteries , et il en recueille autant dans beaucoup d'autres séries où il est socié* taire de premier ordre par son habileté parcellaire : c'est ainsi quQ ce prétendu vice maudit par la morale

» DéteiUbka flatteurs préntDt le plus funeste « Qu'ait pu faire aux bumaios la colère céleste ,

devient comme tous nop soi-disant vices ua encou* ragement à l'industrie , une source d'harmoaie so* ciétaire : les pauvres même sont comblés de flatterie

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dans les groupes où ih excellent ; m^is en cmlisa-

lion il n'y a «Tcttcens que pour le riche , et on no

hii en donne fjue pour le duper ou l'fexcîtèr au ntfat.

Si tant de motifs affectionnent les riches aux pau-

Très, il en est bien davantage pour affectionner les

pauvres aux riches ; tels sont leé suivan:» :

Esprit de propriété sociëtaire , part au bénéfice ,

Service indirect du riche envers le pauvre,

Education de Tenfartt pauvre pat lès riches adop-

, tans,

Adoption industrielle et participation d'hoirie, Fruit recueilli des dépenses du riche pour la pha-^

lange.

Desserte des tables de 1*' degré, livrée à demi*

prix, Festins corporatifs payés par les riches , Ftatterie cabalistique distribuée par les riches,. Abandon de p^rt aux enfans pauvres (B* Section). Tant de liens nouveaux établiront bien vite Tunité entre ces deux classés dont les relations n'engendrent auj=Mirdliut -t^fiQ haines réclfi^oques , spoliations' et perfidies^

Ge qui eharmera wa homme riche dans Tétat taeiétaire , ce sera de pbuvèhf accorder pleine corw fiance a tout ce qui l'entoure , oublier toute» les astQCQs dont on- est obligé de se hérisser dans le» relations eivHiséc^ , san^ pouvoir éviter les duperies. Dans kl phalange , un riche s^abandonnant en pleine confiance , n'aura jamais aucun piège à re-

douter , aucune demande importune à essuyer ; les petites hordes pourvoient aux secours nécessaires ; ce cas est bien rare parce que les harmoniens pourvus d'un minimum suffisant , n*ont rien à demander à personne en affiiires d'intérêt , assurés qu'ils sont de recevoir en chaque branche d'industrie attrayante , une rétribution proportionnée à leur travail, à leur talent, et à leur capital s'ils en ont. C'est une jouissance pour eux que l'absence de protection, la certitude que tonte protection serait inutile a leurs rivaux comme â eux-mêmes , que la rétribution et l'avancement seront équitablement répartis en dépit de toute intrigue : l'on verra ce mécanisme dans les notices 9 et 10.

Les liaisons entre inégaux seront donc très-faciles en harmonie : les réunions y séduiront l'homme par la gaîté, le bien-être , la politesse et la probité des classes inférieures , par lappareil fastueux du travail, et le concert des sociétaires. Les plus pauvres seront fiers de leur nouvelle condition et des hautes destinées de leur phalange qui va changer la face du monde. Ils tiendront à se distinguer des civilisés par une probité , une équité qui seront Tunique voie de bénéfice. ( Voyez 5« Section, 9« notice). Ib auront adopté en peu de temps l'esprit et les manières de ceux qu'un coup de fortune fait passer subitement d'une chaumière dans un hôtel, et ce bon , ton s'établira fort aisément chez la classe panvrede la l'« phalange, si on la choisit dans les régions où

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le peuple est poli, comme aux environs de Tours et Paris.

Ce sera en partie par haine pour le peuple civilise, que les riches se passionneront d'emblée pour celui de la phalange : ils le considéreront comme une autre espèce d'hommes , et se familiariseront avec lui par redoublement d'horreur pour la fausseté et la grossièreté civilisée. Ils oublieront leur rang auprès du peuple harmonièn, aussi facilement qu'ils loublient aujourd'hui près des grisettes polies qui sont pourtant femmes du peuplé , mais préten^ dant aux belles maniè|:es.

J'estime donc que la fusion s'ébauchera dès le 2* mois, que la classe riche sera la V^ à s'indigner contre le principe de politique civilisée : // faut qu'il y ait beaucoup de pauvres pour qu'il y ait quelques riches, principe qui sera bien vfle remplacé par celui-ci : // faut que les pauvres jouissent d'une aisance graduée pour que les riches soient heureux.

Rappelons qu'un dès principaux moyens pour opérer cette fusion sera le progrès des enfans sur l'éducation naturelle bu entraînement à l'industrie et aux études par plaisir, sans aucune impulsion de pères ni de maîtres. C'est surtout ce prodige qui enthousiasmera les chefs de familles opulentes , et les disposera à la fusion.

L'accord de répartition n'échouerait pas, lors même qu'on ne parviendrait pas à opérer la fusion dè« la !'• année; on verra en 9« notice qu'il existe

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pour cet accord un moyen indëpendnnt de la ftuimi -des â classes ; elle ne pourrait pas s'opérer p^omp* tentent , si la phalange d'eîsai était composée d'une populace grossière.

Et en spéculant sur le choix d'un peuj>1e poU, cette fusion manquera encore de 2 ressorts, car h -peuple élei^é en cirilisation sera toujours en arrière de la haute éducation , et d'antre part les familles •riches passant à Fétat sociétaire, n'auront point contracté avec leur peuple des liaisons d'enfence.

Malgré ces deux obstacles la fusion sera déjà possible par suite de l'enthousiasme général, et bientèt ^les riches ne voudront connaître les distinctions de rang que dans les cérémonies publiques et les réunions d*étiquette. Partout ailleurs, Tamitié col* leetive l'emportera et donnera naissance à la- passion inconnue des civilisés , ronitëisme dont je donne quelques aperçus au 82® chap.

Si les relations sociales sont chez nous un sujet de discorde générale , c'est qu'elles vexent partout la majorité pour les plaisirs de la minorité. Cent per* sonnes s'amusent dans un bal, mais cent cochers et valets se gèlent en plein air, ainsi que les chevaux stationnant à la neige, à la bise; mémo ennui pour les cuisiniers et valets qui préparent la fête, sans aucun goût pour ce travail ; il deviendrait attrayant dans les Séries passionnées , soit par les intrigues de préparation^, soit par la distribution des édifices, mais stirtout par la domesticité indirecte qui , dans

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diverses fondions , tranaformo le riche en senriteur passioané du pauvre.

Ei oomme ces accords feront le charme du riche bien autant que celui du pauvre , on verra de part et d'autre égal empressement, concours d'intentionsgénéreuses pour faciliter la répartition d'où dépendra le maintien du> bel ordre sociétaire; mais quel sera l'étonnement des coc^rateurs , lorsqu'ils ap- .prendront que pour établir concorde et justice dans cette répartition, il n'est d'autre ressort à entremettre que la, cupidité ou amour de l'argent, désir d'obtenir les plus grosses parts. On verra en K^ sec* tion, l éclaircissement de cette étrangç énigme, qui sera géométriquement expliquée : n'en déplaise à la morale, on verra que l'amour de l'argent est la voie de justice et de vertu dans les Séries passionnées.

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